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Dr Pierre Renard
Dr Pierre Renard

Plaidoyer pour «redonner ses lettres de noblesse» à la médecine à domicile

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
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Depuis le début de la pandémie, la télémédecine connaît un essor fulgurant. Le principe fonctionne, mais il a ses limites. «Il est temps de redonner ses lettres de noblesse à la médecine à domicile», croit Dr Pierre Renard.

Dr Renard a lancé Docteur à Domicile en 2018, tout juste avant la pandémie qui bousculera le système de santé du monde entier.

«Il y a une augmentation importante du nombre de patients qui appellent. Ce n’était pas connu avant, mon service, et ça a fini par se faire connaître. La société grandit petit à petit», estime le médecin français, installé au Québec depuis 2010.

Il aura fallu une pandémie et un décret gouvernemental d’état d’urgence pour que la pratique de télémédecine s’implante rapidement au Québec. Avec elle, un peu de médecine à domicile.

Dr Renard est le seul qui offre ce service dans la région de Québec et Lévis. Il y en a d’autres à Montréal, qui sont sur la même longueur d’onde que Dr Renard : la médecine à domicile est un bon outil pour libérer les urgences et limiter la propagation d’un virus.

«Le service prend tout son sens. Pendant le premier confinement, on parlait déjà de se déplacer seulement pour les activités essentielles. On disait d’utiliser les soins à domicile le plus possible.... Le côté infirmière est là, mais on ne parle jamais du médecin. C’est évident que les patients que je vois, ce sont des consultations à l’urgence qui vont être évitées.»

Dr Renard est le seul qui offre ce service dans la région de Québec et Lévis.

Au retour de la période des Fêtes, les manchettes concernant les hôpitaux débordés se sont multipliées. Dr Renard juge que des médecins qui font des consultations à domicile peuvent d’une part désengorger quelque peu les hôpitaux, d’autre part soigner des personnes qui ont peur de se rendre à l’urgence.

«La téléconsultation, contrairement à ce qu’on en dit, elle est très limitée, c’est loin d’être complètement efficace. La consultation en vrai est nécessaire, pour écouter un cœur, regarder à l’intérieur d’une oreille, tâter les ganglions», met en garde le médecin.

«Il faut aller plus loin. La téléconsultation, c’est l’avenir, mais tant qu’on n’aura pas inventé un bras électrique ou quelque chose pour consulter à distance, ça ne marchera pas complètement. C’est bien pour faire des consultations relativement simples, un conseil pour un problème de santé ou un renouvellement de médicaments. L’examen en soi doit rester.»

Retour aux bases

Les nouveaux patients qui font appel aux services de Dr Renard ont souvent peur de se présenter à l’hôpital, bondé de malades. D’autres ont appris l’existence du docteur à domicile et préfèrent nettement mieux une visite à la maison que des heures d’attente à l’urgence.

«Je prends toutes les précautions nécessaires. J’arrive en combinaison de protection pour rendre ça sécuritaire au maximum. Quand j’ai des doutes, je demande au patient de faire un test de COVID-19 avant de le rencontrer.»

Dr Renard retourne aux bases. Il y a bien longtemps, les médecins se déplaçaient à domicile dans la province, surtout dans les régions éloignées.

«Je suis médecin pour soigner les gens, pas pour que les patients viennent à moi. La base du métier a toujours été de se déplacer au chevet du patient, et pas le contraire», exprime Dr Renard.

Il estime que la société québécoise perçoit mal la médecine à domicile. La situation pandémique devrait selon lui changer un peu les choses.

Actuellement, Dr Renard rencontre un peu moins de 20 personnes par semaine.

«Un patient ne devrait pas se déplacer voir son médecin quand il fait 102 de fièvre ou quand il a le dos barré. Et la pandémie devrait mettre ça au grand jour, le médecin à domicile devient le moyen le plus sécuritaire pour soigner un patient.»

Offrir le choix

Sans vouloir changer le système de santé au complet, Dr Renard croit que le gouvernement pourrait parler davantage de l’option de médecine à domicile, puisqu’elle existe. Peu de médecins sont volontaires pour lui prêter main-forte pour l’instant, mais Dr Renard se dit optimiste.

«Il y a un problème de reconnaissance au Québec, on a une mauvaise image de la médecine à domicile. Le service, on l’offre aux personnes âgées et aux personnes handicapées, mais n’importe qui, quand il est malade, devrait pouvoir avoir le choix de se faire traiter à la maison.»

Dr Renard ne veut pas créer un débat entre la France et le Québec. Mais lorsqu’il était installé de l’autre côté de l’océan, il travaillait pour une société nommée SOS Médecins. Plus de 1000 docteurs offrent leurs services à domicile. La Suisse, la Belgique ou l’Angleterre ont des organisations similaires.

«Pourquoi ne pas s’inspirer d’un système qui fonctionne? On peut l’adapter ici, trouver un juste milieu. Pour ça, il faut des médecins qui montrent de l’intérêt. Quand j’ai ouvert Docteur à Domicile, ça m’a permis de faire la médecine comme je l’aime et comme je l’entends. Mon but principal est d’offrir le choix aux habitants de Québec et Lévis.»

Actuellement, Dr Renard rencontre un peu moins de 20 personnes par semaine. Avec les déplacements et les heures administratives, sa semaine devient vite complète. Il offre ses services du lundi au vendredi.