Plaidoyer pour le droit de mourir en CHSLD

Transférer des personnes âgées à l’hôpital alors qu’elles sont à l’agonie ne respecte pas leur droit de mourir dans la dignité, plaide la Société québécoise des médecins en soins palliatifs.

La présidente de la Société, Christiane Martel, a été touchée par les reportages des derniers jours du Soleil sur le manque de médecins en CHSLD lorsque surviennent des décès. Selon elle, la découverture médicale dans les centres de soins de longue durée porte atteinte au droit des patients de recevoir des soins palliatifs respectueux de leur dignité. Ce droit est maintenant enchâssé dans la Loi concernant les soins de vie.

«C’est insensé d’être en fin de vie et de partir d’urgence en ambulance ou de souffrir parce qu’il n’y a pas de médecin disponible», exprime Mme Martel. 

La médecin croit que le gouvernement doit reconnaître ce droit à des soins de confort, qui ne peut être assuré seulement pas une infirmière ou un pharmacien, car ils ne peuvent ajuster la médication d’un patient jusqu’à son dernier souffle. 

La médecin craignait depuis plusieurs mois que ces problèmes ne surviennent. Ils sont causés selon elle par les orientations du ministre de la Santé Gaétan Barrette. La Loi 20 oblige les médecins à prendre en charge un certain quota de patients, mais ceux qui sont en CHSLD ne peuvent être inscrits sur leur liste. Comme ils ne comptent tout simplement pas dans le quota, les médecins sont moins présents qu’avant dans ces centres. 

Mme Martel explique que les médecins spécialisés en soins palliatifs ont obtenu le droit de poursuivre leur pratique, mais que les nouveaux médecins ne sont pas du tout incités à prodiguer exclusivement ce type de soins. «Il y a une expertise qu’on est en train de perdre», déplore-t-elle. 

Dilemmes éthiques

Georges Émile Bourgault, pharmacien en hébergement à Québec, raconte que les situations de découverture médicale mettent les pharmaciens et les infirmières «face à des dilemmes éthiques». 

Il a lui-même été au chevet d’un patient mourant dans la nuit de mercredi à jeudi. Heureusement, celui-ci revenait d’une visite à l’urgence et il avait les prescriptions de médicaments nécessaires pour assurer son confort, malgré l’absence d’un médecin sur place. 

«On sentait quand même qu’il manquait un chaînon. S’il y avait eu un nouveau problème, une hémorragie par exemple, on aurait été obligés d’appeler l’ambulance», raconte-t-il. Le patient a finalement pu mourir tranquille dans le lit de son milieu de vie, le CHSLD. 

Selon M. Bourgault, les transferts en ambulance de patients sur le point de mourir risquent de se répéter durant les Fêtes. «On peut pas accepter ça. Ils sont à risque de mourir dans l’ambulance. Ça n’a pas d’allure.»

Il n’a pas été possible d’obtenir la réaction du ministre de la Santé Gaétan Barrette à ce sujet jeudi, mais son attachée de presse Catherine Audet soutient que «des discussions sont en cours» entre le ministère et les médecins de famille afin «d’assurer une meilleure couverture des personnes résidant en CHSLD».