Cécile, élevée par Alain Jetté, fait déjà une grosse différence dans la vie d'Émilie Robichaud, victime d'une agression en octobre 2015.

Pitou contre le stress post-traumatique

Après avoir subi une agression en octobre 2015 à Québec, Émilie Robichaud voulait un chien de garde pour la protéger. Celle qui souffre d'un choc post-traumatique aura finalement trouvé le soutien dont elle avait besoin en Cécile, un bébé labrador qui la suivra tout au long de son processus de guérison, et qui deviendra sous peu son chien d'assistance.
Émilie vit encore quotidiennement avec les contrecoups de l'agression. Victime de flashbacks, d'angoisse et d'anxiété, elle est en arrêt de travail depuis les événements. «J'ai repris de l'autonomie un peu, mais après un certain temps, il y a des séquelles qui restent», explique la femme de 27 ans. «Avec le choc post-traumatique, mon cerveau est tout le temps en hypervigilance. Quand je vais à l'épicerie, mon cerveau analyse inconsciemment tous les risques. Je suis tout le temps en analyse des dangers potentiels. Et finalement, aller à l'épicerie demande une énergie épouvantable.»
Afin de réduire son sentiment d'insécurité, elle a récemment contacté l'éleveur canin Alain Jetté, dont l'entreprise est établie à Saint-Lambert. «Je ne connaissais pas ça, mais je voulais un chien qui m'apporte une protection», dit-elle. 
«Émilie m'appelle et me dit: "Je veux un chien de protection"», raconte M. Jetté. «Je lui ai répondu: "Si c'est ça que tu veux, je ne peux pas t'aider, et je ne te le conseille pas, parce qu'avoir un chien comme ça dans la maison, c'est comme avoir un pistolet chargé sur la table, et tu ne sais pas quand est-ce que ça peut tirer."»
Grâce à son expertise, «Alain a été capable d'identifier mon besoin, qui n'était pas nécessairement d'avoir un chien de défense, mais plutôt d'avoir un chien qui puisse m'aider dans mon quotidien et m'apporter une sécurité supplémentaire», ajoute Émilie. Un chien qui peut en quelque sorte calmer son hypervigilance. Car «mon cerveau, qui est en balayage constant de situations dangereuses, sait que le chien a des sens plus aiguisés lui permettant de détecter plus rapidement le danger. Rationnellement, mon cerveau peut donc déléguer sa tâche au chien. [...] Je peux complètement m'en remettre à lui.»
C'est ainsi que Cécile a mis les pattes dans la vie d'Émilie, il y a tout juste trois semaines. Déjà, l'empreinte du petit labrador de 16 livres est marquante. «Je suis tellement contente. Ça m'amène à aller un peu plus loin dans tout ce que j'ai perdu. Ça m'aide vraiment à ne pas anticiper, à être dans le moment présent», constate-t-elle. Par exemple, aller marcher devient une activité quotidienne obligatoire qu'elle aurait à tout prix cherché à éviter il n'y a pas si longtemps. 
Et avec tous les regards attendrissants portés sur Cécile - même Le Soleil s'est fait prendre au jeu -, «je pousse un peu plus loin ma convalescence», explique la nouvelle maîtresse, car «en attirant les gens au lieu de les repousser, je me challenge encore plus pour retrouver une autonomie en société», ce qu'elle n'aurait pas été en mesure de faire il y a un an, avoue-t-elle.
À ce moment, Émilie aurait alors pu choisir d'adopter un labrador adulte déjà dressé comme chien d'assistance pour les personnes en état de stress post-traumatique. Car l'entreprise d'Alain Jetté, nommée Labradar, offre les deux options. «On peut demander un chien tout dressé, ou encore devenir la famille d'accueil de son futur chien d'assistance», comme le fait Émilie présentement. «Dans ce cas, on est parrainé par un spécialiste canin», explique celui qui n'élève que des labradors pure race. 
Aide aux vétérans
Les données probantes portant sur les chiens d'assistance destinés aux personnes en état de stress post-traumatique sont trop rares à l'heure actuelle pour que des conclusions scientifiques puissent être tirées. Une étude sur la question, financée en partie par l'Institut canadien de recherche sur la santé des vétérans et des militaires, est actuellement pilotée par une professeure de l'Université Laval, Claude Vincent, mais ses résultats ne sont toujours pas connus.
Toutefois, même sans données scientifiques, la demande pour une telle ressource est grandissante, particulièrement aux États-Unis, soutient Alain Jetté. À terme, si l'efficacité du chien d'assistance est prouvée, celui-ci pourrait faire partie de la gamme de services offerts aux vétérans souffrant d'un choc post-traumatique.