Il semble que les efforts pour rendre cette spécialité plus attrayante, notamment l’augmentation de la rémunération des pathologistes, aient commencé à porter fruit.

Pénurie de pathologistes: une douzaine d’établissements vont au privé

La pénurie de pathologistes au Québec force une douzaine d’établissements à se tourner vers le laboratoire privé Dynacare, dont les services d’interprétation coûtent deux à trois fois plus cher que ce qu’on paierait dans le réseau public.

Le ministère de la Santé ne détient pas de données sur le recours aux services de laboratoire privés par les hôpitaux. «Ces données sont détenues par chacun des établissements […]. S’ils prennent la décision d’acheminer des échantillons au privé, cette dépense provient de leur budget global de fonctionnement», explique la porte-parole Noémie Vanheuverzwijn.

Le responsable des communications chez Dynacare, Scott Hickey, n’a pas voulu chiffrer la valeur des contrats que l’entreprise signe depuis 2013 avec les établissements québécois, indiquant simplement qu’elle faisait affaire avec 12 d’entre eux. 

Le CHU de Québec a payé entre 105 000 $ et 1 M$ par année depuis 2014-2015 pour faire analyser entre 7700 et 14 000 cas chez Dynacare. 

«Ça nous coûte énormément plus cher de faire appel au privé que si on faisait les analyses chez nous, c’est sûr. C’est pour ça qu’on ne le fait qu’en dernier recours. On n’a pas le choix si on veut respecter les délais de réponse en pathologie», dit la porte-parole Geneviève Dupuis, précisant que sur les 42 postes de pathologistes qu’il y a au CHU de Québec, seulement 34 et demi sont comblés actuellement. 

Mme Dupuis rappelle que le CHU de Québec dessert tout l’est du Québec. «C’est nous qui desservons le plus gros bassin, qui avons le plus gros volume de spécimens à analyser», souligne-t-elle, ajoutant que ce sont principalement des biopsies en gastro-entérologie, en endoscopie, en gynécologie et en dermatologie qui sont envoyées chez Dynacare.

Selon Scott Hickey, Dynacare fait moins de services «techniques» (préparation des spécimens) pour des hôpitaux québécois depuis la mise sur pied du projet Optilab, qui consiste à centraliser les activités de laboratoire dans 11 laboratoires serveurs. 

«Avec Optilab, les hôpitaux du Québec sont mieux outillés, donc on fait moins de travail technique pour eux. Mais pour les services d’interprétation pathologique, la demande est toujours là, même si elle a légèrement diminué» depuis 2013, précise le porte-parole de Dynacare.

Frais de transport

Si les analyses de spécimens coûtent plus cher chez Dynacare que si elles étaient faites dans notre réseau public, c’est notamment parce que ces services sont offerts en Ontario et qu’il faut tenir compte des frais de transport, explique Scott Hickey. «Il faut payer les pathologistes selon la rémunération qu’ils auraient au public en Ontario», ajoute–t-il.

«C’est sûr que ce serait plus simple d’utiliser des pathologistes du Québec. On a des espaces pour offrir des services d’interprétation pathologique au Québec [dans l’arrondissement Saint-Laurent, à Montréal]. On pourrait le faire, mais on évite ça. On ne veut pas encourager les pathologistes québécois à sortir du réseau public», dit Scott Hickey, tout en reconnaissant que les pathologistes de Dynacare qui interprètent des spécimens pour les hôpitaux du Québec ont déjà travaillé dans le réseau public québécois. 

En voie d'être résolue

Tant à l’Association des pathologistes qu’à la Fédération des médecins spécialistes du Québec, on se disait d’avis la semaine dernière que la pénurie était en voie de se résorber avec l’arrivée des 90 résidents en formation qui viendront prêter main forte aux 250 pathologistes actuellement en exercice. 

Il semble que les efforts pour rendre cette spécialité plus attrayante, notamment l’augmentation de la rémunération des pathologistes, dont le revenu moyen net s’élevait à un peu plus de 452 000 $ au 31 mars 2016, aient commencé à porter fruit.