Selon la demande publiée vendredi par le CISSS de Chaudière-Appalaches dans le système électronique d’appel d’offres, le contrat pour des services professionnels d’interprétation pathologique est d’une durée d’un an «pour une quantité estimée de 13 000 interprétations».

Pénurie de pathologistes: des contrats offerts au privé

En manque de pathologistes, au moins deux Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), ceux de Chaudière-Appalaches et de la Montérégie-Centre, ont lancé des appels d’offres pour faire interpréter des spécimens au privé, a appris Le Soleil.

Selon la demande publiée vendredi par le CISSS de Chaudière-Appalaches dans le système électronique d’appel d’offres, le contrat pour des services professionnels d’interprétation pathologique est d’une durée d’un an «pour une quantité estimée de 13 000 interprétations». 

La demande de services cible en priorité les cas produits par le laboratoire serveur de l’Hôtel-Dieu de Lévis et «au besoin» les cas en provenance des laboratoires associés (Thetford Mines, Montmagny-L’Islet et Saint-Georges de Beauce). 

L’entreprise sera responsable de la cueillette et du transport des échantillons, précise-t-on. «La cueillette devra être faite dans un délai maximum de 24 heures de la demande et de 48 heures si la demande est faite le vendredi», demande le CISSS. Les rapports d’interprétation pathologiques doivent être produits en français dans un délai de 5 à 10 jours suivant la réception des échantillons au laboratoire du soumissionnaire, détaille également l’établissement. 

«Le pathologiste faisant partie de l’entreprise qui prendra en charge ce travail ne peut avoir œuvré dans le système public en tant que pathologiste dans un centre hospitalier québécois lors des six derniers mois. Les pathologistes à l’exécution du contrat doivent être membres du Collège des médecins du Québec et aussi non affiliés au système public», peut-on encore lire dans l’appel d’offres. 

«Nous avons fait cet appel de services pour pallier le manque d’anatomopathologistes, qui sont une denrée rare. C’est une piste de solution temporaire pour soutenir les pathologistes en place», a expliqué au Soleil la porte-parole du CISSS de Chaudière-Appalaches, Mireille Gaudreau, qui n’était pas en mesure mardi de nous donner le montant estimé du contrat. 

Selon elle, il doit en principe y avoir 10 pathologistes dans Chaudière-Appalaches, mais la région n’en compte actuellement que sept. «Il y a un poste à combler, et il y a deux pathologistes en congé maladie. Des démarches ont été faites pour trouver des disponibilités ailleurs, sans succès. Le recours au privé est une mesure d’exception et temporaire en attendant» le retour des pathologistes en congé maladie et le pourvoi du poste vacant, a indiqué Mme Gaudreau, selon qui il n’y aurait pas de problématique de retard dans les interprétations des spécimens.

Poste pourvu en janvier 2019

Selon les informations recueillies par la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le poste vacant sera pourvu en janvier 2019 par un pathologiste diplômé hors du Canada. 

Plus tôt en mars, un autre CISSS, celui de la Montérégie-centre, qui représente la région de la Montérégie pour Optilab (initiative du gouvernement qui vise à centraliser la plupart des activités des laboratoires des hôpitaux de la province dans des laboratoires serveurs), a lancé un appel d’offres pour des services d’interprétation pathologique. Le contrat est là aussi d’une durée d’un an pour un maximum de 8500 cas à interpréter.

Ce n’est pas la première fois que des établissements font appel au privé pour des services d’interprétation pathologique. En 2012 et 2013, la pénurie de pathologistes, notamment dans la région de l’Outaouais, avait fait la fortune de laboratoires privés.

Plus récemment, l’absence de pathologiste sur la Côte-Nord a forcé le CISSS de la région à envoyer de nombreux tests dans d’autres centres ou au privé. «En pathologie, il y a une problématique de corridor de services qui existe depuis des années, ce n’est pas quelque chose qui est nouveau», avait commenté le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, en novembre 2016. 

Le ministre disait alors que les pathologistes étaient «en masse nombreux pour donner le service» et imputait la responsabilité de la situation aux directions régionales, à l’Association des pathologistes du Québec et à la FMSQ.

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LA PÉNURIE «EN VOIE DE S'ESTOMPER»

L’Association des pathologistes et la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) confirment un problème de «sous-effectifs» en pathologie au Québec, mais elles sont confiantes que «la pénurie va s’estomper avec l’arrivée des 90 résidents actuellement en formation». 

«Il y a encore du chemin à faire, mais on s’en va vers la lumière», a brièvement commenté la directrice de l’Association des pathologistes, Danielle Joncas.

Le président de l’Association, le Dr Christian Lussier, n’avait pas le temps cette semaine de nous accorder une entrevue, a indiqué Mme Joncas. 

Selon elle, il y a au Québec autour de 250 pathologistes, soit une quarantaine de plus qu’il y a quatre ou cinq ans, au plus fort de la pénurie. 

«Oui, ça s’est déjà vu [que des établissements fassent appel au privé], mais ce n’est pas fréquent», a mentionné Danielle Joncas. 

À la FMSQ, le porte-parole Richard-Pierre Caron explique qu’il y a des mécanismes prévus en cas de découverture, mais qu’il arrive que des établissements doivent quand même, de façon «ponctuelle», recourir au privé «lorsqu’il y a un overflow d’examens à faire et pour éviter des retards». 

Selon lui, l’arrivée de 90 résidents en formation permettra de résorber la situation, «mais c’est un processus qui prend du temps». 

«Il s’écoule environ sept ans entre le moment où un étudiant rentre en faculté et le moment où il termine sa résidence et entre en pratique active», rappelle M. Caron, qui calcule qu’une vingtaine de résidents passeront leurs examens terminaux en avril ou mai. «Les autres suivront par la suite.»

Cependant, nuance-t-il, «tout dépend du parcours qu’ils emprunteront par la suite», alors que «certains décideront peut-être d’aller faire un fellow de deux à l’extérieur» et que d’autres choisiront peut-être d’avoir un premier enfant. 

Chez Gamma Dynacare, un laboratoire privé situé en Ontario, on confirme travailler avec plusieurs centres hospitaliers du Québec depuis plus de cinq ans. «Nous sommes présents pour combler les périodes de vacances et pour rattraper les retards aux niveaux technique et professionnel. Notre équipe se mobilise pour prendre en charge du travail qui permet de traiter les patients plus rapidement», nous a expliqué par courriel le vice-président de la compagnie ontarienne, Scott Hickey.