Près de 70% des chefs des services d'urgence qui ont répondu à l'enquête réalisée par la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) ont dit avoir un déficit en effectifs estimé à deux équivalents temps plein.

Pénurie de médecins dans les urgences du Québec

Il manquerait pas moins d'une centaine de médecins dans les urgences au Québec, selon un sondage mené à l'automne auprès des chefs de ces départements. Une pénurie qui a un impact direct sur les temps d'attente et qui met les patients à risque, s'inquiète l'Association des médecins d'urgence du Québec (AMUQ).
Près de 70% des chefs des services d'urgence qui ont répondu à l'enquête réalisée par la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) ont dit avoir un déficit en effectifs estimé à deux équivalents temps plein.
À Québec
À l'hôpital du Saint-Sacrement, quatre membres ont quitté le service d'urgence au cours des trois dernières années et n'avaient pas été remplacés au moment du sondage. Pourtant, on notait alors une hausse de l'achalandage, avec un alourdissement de la clientèle et une augmentation des arrivées par ambulance. Il y manquerait l'équivalent de 2,4 médecins à temps plein.
À l'Hôtel-Dieu de Québec, on aurait besoin de près de trois médecins supplémentaires à temps complet. Le sondage fait état d'une réduction de la couverture à 26 gardes par semaine au lieu de 32 dans cet établissement.
Au CHUL, malgré une non-diminution de l'achalandage à l'urgence, deux départs de médecins omnipraticiens n'ont pas été remplacés. Idem à Saint-François-d'Assise, où deux postes n'ont pas été comblés à la suite de démissions remises en 2016.
Une démission a également eu lieu l'an dernier à l'urgence de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie du Québec (IUCPQ), où on se dit incapable de remplacer les congés de maternité, même de façon temporaire et malgré la présence de candidats.
L'urgence du Jeffery Hale connaît des découvertures en moyenne cinq fois par mois depuis un an. Celle de l'hôpital Chauveau vient de recevoir deux démissions, selon nos informations. À moins d'embauche rapide, elle pourrait devoir fermer durant les soirées d'été, comme elle a failli le faire l'an dernier.
Au Québec
Ailleurs au Québec, les urgences du CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de Montréal auraient besoin de six médecins supplémentaires à temps plein. Au Centre universitaire de santé Mc Gill, des départs n'ont pu être remplacés. À l'urgence de Rouyn-Noranda, il y aurait présentement seulement six médecins au lieu de 14.
Des besoins ont également été signalés dans les urgences de Sherbrooke, de Victoriaville, de Roberval, de Saint-Hyacinthe, de Cowanswille, de Granby, de Magog, de Saint-Jean-sur-Richelieu, de Chicoutimi, d'Alma, de Jonquière, de La Baie et de Dolbeau-Mistassini, entre autres.
Des risques pour les patients
L'AMUQ souligne que la situation n'a pas changé depuis l'automne et que la pénurie d'effectifs entraîne une augmentation du délai de prise en charge des patients, ce qui augmente le risque de morbidité et de mortalité.
«Si un patient se présente au triage avec des maux de ventre qui peuvent être symptomatiques d'une appendicite, par exemple, mais qu'il attend deux heures de plus pour voir un médecin, il y a un risque. Ça [l'appendice] peut perforer», illustre le président de l'association, le Dr Bernard Mathieu, en entrevue au Soleil.
Selon lui, la pénurie d'effectifs dans les urgences a tout à voir avec la directive du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui oblige les jeunes médecins de famille à prendre en charge 500 patients pour avoir le droit de travailler à l'hôpital (250 s'ils ont une formation complémentaire en médecine d'urgence).
Crise à prévoir
«La situation dans les urgences était pour ainsi dire réglée en 2015 parce qu'on avait le droit de recruter. Là, avec le gouvernement qui a décidé de prioriser la prise en charge en première ligne, il faut des permissions spéciales pour recruter, de sorte que les urgences commencent à être découvertes avec les départs à la retraite et les congés», déplore le Dr Mathieu, précisant qu'aucun omnipraticien n'a été recruté l'an dernier et que seulement quatre ont obtenu un poste cette année.
«On ne peut pas juste travailler un peu plus à l'urgence, on y travaille déjà beaucoup. Travailler plus, c'est se fatiguer plus, et ça comporte des risques pour les patients. On se sent assis sur une bombe à retardement», avertit-il.
Selon le président de l'AMUQ, les temps d'attente dans les urgences deviendront «absolument inacceptables» si rien n'est fait. Ce qu'il souhaite, c'est que les diplômés de cette année et de l'an dernier soient autorisés à travailler à l'urgence à temps complet. «Plusieurs de ceux à qui on a refusé de faire de l'urgence sont partis à l'extérieur, notamment en Ontario. C'est un gaspillage de nos ressources», dénonce le Dr Mathieu.
La FMOQ préoccupée
La pénurie d'effectifs dans les urgences inquiète aussi la FMOQ, qui a toujours défendu l'idée auprès du ministère de la Santé que les médecins de famille ayant suivi une formation spécialisée en médecine d'urgence puissent y travailler à temps plein lorsque le besoin est là et démontré.
«Au besoin, ces médecins pourraient toujours devoir donner un coup de pouce dans les super cliniques, mais les obliger à prendre en charge des centaines de patients lorsqu'il y a des besoins prioritaires dans les salles d'urgence nous paraît illogique. Nous avons espoir que le gouvernement se rendra à nos arguments et fera sienne notre position», dit le président de la FMOQ, le Dr Louis Godin.
Entente imminente
Juste avant de publier ce reportage, nous avons appris qu'une entente était sur le point d'être signée entre la FMOQ et le ministère de la Santé pour l'embauche de médecins à temps complet dans les urgences.
Débordements dans les urgences: de la mauvaise gestion, dit Barrette
Gaétan Barrette
«Quand on gère de façon adéquate, il n'y a pas de débordements dans les urgences.»
Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, est formel : si les lits ne se libèrent pas sur les étages des hôpitaux pour désengorger les urgences, «c'est que quelqu'un a choisi de ne pas le faire». «Je sais comment ça marche, j'ai travaillé assez longtemps à l'hôpital», a lancé le ministre au cours d'un bref entretien téléphonique avec Le Soleil, mercredi matin.
Le ministre de la Santé réagissait à un reportage du Journal de Québec, qui rapportait que les pdg­ des hôpitaux avaient été sommés jeudi dernier d'éliminer en une semaine les débordements dans les urgences, c'est-à-dire ramener les taux d'occupation à 100% ou moins, réduire les durées de séjour et proscrire les séjours de plus de 48 heures. 
Le ministre n'a pas voulu dire quelles mesures il entend prendre contre les hôpitaux qui ne livrent pas la marchandise. «On verra dans le temps», nous a-t-il dit, avant de rappeler que son gouvernement avait investi 100 M$ pour désengorger les urgences et qu'il s'attendait à des résultats. 
Il semble que la sortie de la députée fédérale de Brossard-Saint-Lambert, Alexandra Mendès, la semaine dernière, ne soit pas étrangère à cet ultimatum. Mme Mendès avait critiqué sur Twitter les débordements des urgences dans les hôpitaux de la Montérégie.