L’Association des anesthésiologistes du Québec estime que ses membres ont cumulé 4500 jours de remplacement en 2017.

Pénurie d’anesthésiologistes dans l’Est: un bras de fer avec le ministre Barrette

MATANE — La pénurie d’anesthésiologistes provoque une crise qui menace l’accès aux services d’anesthésiologie à plus de 360 000 Québécois. C’est le cri d’alarme lancé par l’Association des anesthésiologistes du Québec (AAQ), qui accuse le ministre de la Santé d’être en partie responsable de la situation.

«Je suis convaincu que les anesthésiologistes ne sont pas du même avis que leurs représentants, croit le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette. C’est une tentative délibérée d’alarmer la population. Je trouve ça malheureux. C’est quasiment un cri pour dire “On ne fera rien.” Sommes-nous devant un moyen de pression?»

Selon l’AAQ, la mauvaise gestion de Québec entraîne de plus en plus de ruptures de services dans les régions. «Le phénomène commence à prendre de l’ampleur», confirme le président de l’AAQ, le Dr Jean-François Courval. 

«Y avait-il autant de découvertures il y a six mois?» interroge Gaétan Barrette. «Non. En plus, on les annonce! Est-ce qu’il y a des anesthésistes qui sont morts ou qui ont été enlevés?» Le président de l’AAQ estime que la réforme du ministre lui a fait perdre des membres. De 771 qu’ils étaient en 2017, ils sont aujourd’hui 761. 

Un anesthésiologiste qui accepte de faire du remplacement doit le faire pendant ses vacances. «La plupart ne veut pas prendre ses vacances pour aller faire 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 de garde», soutient une anesthésiologiste qui désire garder l’anonymat. Quoi qu’il en soit, l’AAQ estime que ses membres ont cumulé 4500 jours de remplacement en 2017. 


« «Y avait-il autant de découvertures il y a six mois? «Non. En plus, on les annonce! Est-ce qu’il y a des anesthésistes qui sont morts ou qui ont été enlevés?» »
Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette

L’hôpital des Îles-de-la-Madeleine a perdu ses deux anesthésiologistes en septembre 2016. «Il n’y a pas eu une seule découverture», indique le Dr Courval. Or, pendant que les hôpitaux de La Pocatière, de Matane et de Sainte-Anne-des-Monts sont régulièrement en rupture de services, comment explique-t-on que celui de l’archipel n’est pas aux prises avec le même problème? «On va prioriser un milieu comme les Îles parce qu’ils sont vraiment isolés», répond le président de l’AAQ. Pour le ministre Barrette, cette logique est inacceptable. 

«Pour les anesthésistes, les patients ne sont pas tous égaux, dénonce-t-il. On est plus sensibles à un citoyen sur la base de son lieu géographique qu’à un autre. Pour moi, une personne à Matane a le droit au même type de services que celle aux Îles!»