Pas assez de préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD

Québec doit examiner la possibilité d'établir des ratios minimaux de personnel à respecter dans tous les centres d'hébergement, recommandent les membres de la Commission de la santé et des services sociaux chargés d'étudier les conditions de vie des adultes hébergés en centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).
Dans leur rapport déposé jeudi à l'Assemblée nationale, les députés ayant participé à cette commission rappellent que les résidents des CHLSD présentent des besoins grandissants et que leur profil semble de plus en plus hétérogène. «Certains résidents présentent des troubles du comportement et sont inaptes à prendre des décisions, d'autres sont lucides et ne souffrent que de limitations physiques», résume-t-on.
Le rapport souligne qu'il se dégage un grand consensus à travers les mémoires reçus sur la pertinence d'organiser les soins et les services selon les besoins particuliers de chaque personne hébergée.
Autre constat : les préposés aux bénéficiaires sont en trop petit nombre, certains font face à de l'épuisement professionnel et le taux de roulement est élevé. «Des préposés aux bénéficiaires disent, entre autres, ressentir un manque de valorisation professionnelle. De plus, ils déplorent l'obligation de performance à l'égard du nombre de soins donnés plutôt qu'à l'égard de la qualité de la relation établie avec les résidents», rapporte-t-on.
Les membres de la commission recommandent que les établissements développent des mesures de valorisation du métier de préposé aux bénéficiaires et qu'ils se préoccupent davantage de la stabilité des équipes soignantes. Aussi des campagnes d'information mettant l'accent sur les habiletés requises pour travailler en CHSLD devraient-elles être mises sur pied par le ministère de la Santé, estiment les parlementaires, qui insistent également sur l'importance de la formation pour l'ensemble du personnel.
Les députés recommandent en outre que le Ministère mette à jour les normes ministérielles concernant les ratios de personnel. Selon eux, ces ratios doivent être établis en fonction des spécificités de la clientèle et de l'environnement de chaque établissement. Le Ministère devrait même examiner la possibilité d'établir des ratios minimaux à respecter, estiment-ils.
Tenir compte des besoins
Les propos recueillis pendant les travaux parlementaires montrent par ailleurs que «certains critères d'évaluation proposés par le ministère de la Santé entravent l'implantation d'initiatives qui permettraient d'améliorer et de faciliter les soins des patients».
Afin de favoriser un meilleur équilibre entre milieu de vie et milieu de soins, les membres de la commission recommandent que la dispensation des soins d'hygiène corporelle, par exemple, tienne compte des besoins exprimés par la personne.
«Une attention particulière doit être portée à l'évaluation de ces nécessités individuelles. Sur le plan de l'alimentation, même si les députés ont constaté de très bonnes pratiques sur le terrain, il est toutefois inacceptable que la nourriture soit [dans certains cas] servie à une température inadéquate», peut-on lire dans le rapport.
Les parlementaires disent aussi avoir constaté des cas où une certaine rigidité dans l'application des critères d'admission en CHSLD impose des séparations déchirantes à des couples en fin de vie. «Pour éviter ces situations, le réseau doit faire en sorte que les liens conjugaux soient maintenus», préconisent-ils.
En conférence de presse, jeudi, la députée libérale Marie Montpetit, qui a participé aux travaux de la commission, a indiqué que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, accueillait «très favorablement» le rapport de la commission. «Il a déjà dit que des actions avaient été prises et que d'autres s'en venaient», a-t-elle rappelé.