Plus de 30% de ceux qui ont un poids santé aimeraient mieux divorcer qu'être obèses, 27% préféreraient être incapables d'avoir des enfants, 21% de vivre une dépression majeure et 18% de mourir 10 ans plus jeunes.

Obésité sévère: l'exercice physique n'y peut rien ou presque

L'obésité sévère, voire morbide, est irréversible. Faire de l'exercice, manger mieux ne peuvent qu'atténuer cette condition qui cause le diabète, l'hypertension, des problèmes cardiaques, mais sans plus.
C'est ce qu'a affirmé, lundi, le chef du département de la chirurgie bariatrique à l'Hôpital Laval, le Dr Simon Marceau, en marge d'une conférence de presse sur une nouvelle technique chirurgicale pour limiter la consommation d'aliments et réduire l'obésité.
«Les gens qui disent qu'on peut passer d'une obésité sévère à un poids normal avec de bonnes habitudes de vie sont ignares et malheureusement, ils sont nombreux. Les gens avec une obésité sévère qui réussissent à perdre du poids sont très rares. Or, les gens prennent l'exception pour la règle», a-t-il déploré.
Le chirurgien fait toutefois une distinction entre l'obésité sévère chronique et celle liée à un surplus de poids. «L'obésité simple, ça se traite par des changements d'habitudes de vie, de l'exercice. Je suis d'accord. On peut contrôler les choses. Mais une fois qu'on a atteint l'obésité sévère, c'est irréversible», a-t-il dit. L'obésité sévère est définie par un indice de masse corporelle de 40 et plus.
Selon le Dr Marceau, l'obésité sévère dépend avant tout d'un métabolisme ralenti. «Les mauvaises habitudes de vie contribuent à l'obésité sévère, mais ce n'est pas la cause première. Personnellement, je pense que ce sont plutôt des déterminismes biologiques, génétiques qui sont en cause, comme pour la couleur des yeux, la longueur du nez, l'âge où vous avez les cheveux gris», a-t-il expliqué.
Le médecin n'en demeure pas moins convaincu de l'utilité de faire de l'exercice et de surveiller son alimentation même chez les obèses sévères. «Il faut faire quelque chose parce que leur condition va empirer. Je les encourage à faire attention. Je leur dis : "Vous voyez, c'est dur. Si vous ne faites pas attention, ça va être plus dur", a-t-il fait part.
«Les gens font le raccourci de dire qu'on va juste arrêter le fast food. C'est une bonne chose qu'on arrête le fast food dans les écoles, mais ce n'est pas la solution pour la personne qui est prédisposée à une obésité sévère. Ça va l'aider. J'en conviens. Mais au lieu de finir avec 350 livres, elle en aura 300. C'est pas banal mais c'est pas une solution», a-t-il ajouté.
Le Dr Marceau voit dans l'obésité sévère un cercle vicieux qui fait en sorte qu'il est difficile de perdre du poids. «Avec une couche adipeuse de quelques centimètres, la capacité de dissiper la chaleur est altérée. Notre corps ne continuera pas à faire de la chaleur pour aller à 39, 40 degrés. Le mécanisme va faire en sorte qu'on va brûler moins et on va garder la même température», a-t-il indiqué.
À son avis, la solution à l'obésité sévère, mises à part les chirurgies bariatriques, passe par la recherche. «Un jour on va trouver les hormones précises au niveau du cerveau, de l'estomac, du système nerveux, qui indiquent qu'on a faim ou qu'on n'a pas faim», a-t-il avancé.
Nouvelle technique
Par ailleurs, les chirurgiens de l'Hôpital Laval (aujourd'hui l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec) expérimentent une nouvelle technique qui fait en sorte que les aliments ne transitent pas par l'estomac et vont directement dans l'intestin grêle. Sous anesthésie générale, un tube -flexible est inséré, par la bouche, dans l'estomac jusqu'à l'intestin. Avec cette déviation, les gens mangent moins et perdent graduellement du poids. Par rapport aux autres chirurgies bariatriques, celle développée par l'entreprise californienne ValenTx a l'avantage de ne pas nécessiter une incision sur le ventre pour faire une laparoscopie.
Jusqu'à maintenant, huit patients ont bénéficié du projet de recherche à l'Hôpital Laval dont Jacinthe Morency et Pascal Vézina. Ils se portent bien un mois après l'intervention chirurgicale. M. Vézina a perdu 24 livres depuis la chirurgie. Quatre autres patients déjà choisis auront droit à la nouvelle approche.
L'Hôpital Laval est le premier centre hospitalier au Canada à expérimenter la nouvelle technique.