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Nouvel espoir de thérapie contre l’accident vasculaire cérébral

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne
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MONTRÉAL — Une nouvelle molécule sur laquelle planchent des chercheurs de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) pourrait un jour permettre de réduire considérablement les séquelles d’un accident vasculaire cérébral ischémique, a appris La Presse Canadienne en primeur.

En temps normal, les neurones utilisent du glutamate pour communiquer entre eux. Ce neurotransmetteur est aussi crucial à l’apprentissage et à la mémorisation.

«Lors d’un AVC, les mécanismes de régulation et de maintien des niveaux de ce neurotransmetteur sont altérés, a expliqué Ahlem Zaghmi, une doctorante récemment diplômée de l’INRS. Les concentrations cérébrales extracellulaires de glutamate augmentent, et cette augmentation est ‘toxique’ pour le cerveau.»

La molécule que Mme Zaghmi et le professeur Marc A. Gauthier ont développée conjointement avec des chercheurs espagnols, la glutamate-oxaloacétate transaminase (GOT), combat ce problème en réduisant les concentrations sanguines de glutamate.

Le glutamate qui inonde le cerveau est alors siphonné ailleurs dans le corps, ce qui donne une chance aux neurones.

Cette stratégie offre l’avantage indéniable de contourner la barrière hématoencéphalique, le chien de garde qui empêche plusieurs molécules de rejoindre le cerveau: au lieu de devoir se rendre jusqu’au cerveau pour combattre les excédents de glutamate, la GOT les attire plutôt vers l’extérieur.

«La molécule thérapeutique (...) va permettre de dégrader le glutamate dans le sang, donc réduire ses concentrations sanguines, et cette réduction sanguine va entraîner le glutamate cérébral du cerveau vers le sang», a résumé Mme Zaghmi.

La molécule avait toutefois l’inconvénient majeur de ne survivre que quelques heures dans l’organisme.

Les chercheurs ont réussi à en prolonger la durée de vie en ajoutant un polymère, le polyéthylène glycol, à sa surface. Ce polymère aura entre autres comme effet de protéger la molécule du système immunitaire.

«Notre modification permet d’augmenter la durée de vie de circulation jusqu’à environ six jours, ce qui est amplement suffisant pour déplacer le pic de glutamate associé à l’ischémie cérébrale», a dit le professeur Gauthier.

La molécule n’a pour le moment été testée que sur des rats, mais les résultats semblent prometteurs, a-t-il ajouté: les chercheurs ont observé que la lésion était plus petite chez les animaux traités et que ceux-ci présentaient une rétention de leurs capacités sensorimotrices, ce qui suggère que la réduction des niveaux de glutamate est associée à un effet protecteur et possiblement à un mécanisme de guérison.

«Quatre-vingts pour cent des personnes qui subissent un AVC ne reçoivent aucun traitement, a dit le professeur Gauthier. Tout ce qu’on pourrait faire pour atteindre une certaine neuroprotection serait avantageux.»

Environ 20 000 personnes seraient terrassées par un AVC chaque année au Québec.

Des maladies neurodégénératives comme l’alzheimer et le parkinson sont elles aussi associées à des niveaux plus élevés de glutamate dans le cerveau. Il n’est pas donc pas impossible que cette nouvelle molécule se révèle utile un jour dans leur traitement. Il en irait de même pour des traumatismes crâniens comme la commotion cérébrale.

Les résultats de l’étude ont été publiés dans la revue Communications Biology de Nature Research.