Nouveau test diagnostic pour le syndrome de fatigue chronique

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne
MONTRÉAL - Un nouveau test mis au point par des chercheurs montréalais devrait permettre d’améliorer le diagnostic et le traitement des patients atteints d’encéphalomyélite myalgique (EM), une maladie mieux connue sous le nom de syndrome de fatigue chronique.

L’EM est actuellement essentiellement diagnostiquée par élimination, au fur et à mesure que les médecins mettent de côté les autres causes possibles des symptômes du patient.

Des chercheurs de l’Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine dirigés par le professeur Alain Moreau ont maintenant mis le doigt sur un biomarqueur sanguin qui permet d’identifier les patients atteints d’EM.

«On a basé notre test sur le symptôme cardinal de la maladie, qui est le malaise après effort, a dit M. Moreau. C’est vraiment ce qui est le plus spécifique à l’encéphalomyélite myalgique.»

Le test pourrait également permettre de rassembler les patients en sous-groupes, afin non seulement de mieux comprendre les mécanismes moléculaires impliqués dans certains symptômes, mais aussi de mieux sélectionner les patients qui pourraient profiter de certains traitements.

«Ça devient plus intéressant pour à la fois essayer de travailler avec des sous-groupes plus homogènes pour comprendre la maladie et voir ce qui explique la sévérité ou l’ensemble des symptômes, a dit M. Moreau. Ça risque d’accélérer la recherche pour mieux comprendre la maladie.»

Le test pourrait enfin permettre de détecter hâtivement les patients chez qui l’EM est en train de se développer, afin de pouvoir commencer à les traiter le plus rapidement possible.

Malaise simulé

Certains patients atteints d’encéphalomyélite myalgique seront confinés à leur lit pendant plusieurs jours simplement après avoir eu l’audace de marcher jusqu’au dépanneur du coin ou avoir rempli un questionnaire. Dans un tel contexte, il devenait problématique pour M. Moreau de reproduire chez ses volontaires le «malaise après effort» qu’ils ressentent, sans du même coup les mettre sur le carreau pendant une longue période.

Les chercheurs ont donc eu recours à un brassard gonflable, comme celui utilisé lors de massages thérapeutiques, pour induire ce malaise en toute sécurité.

«Cette stimulation mécanique crée un certain effort, une réponse, alors que le participant est tout simplement assis dans une chaise confortable, a expliqué M. Moreau. On fait cette stimulation-là pendant 90 minutes.»

Une prise de sang effectuée au début du test fournit la valeur de départ. Les différences mesurées à la fin du test fournissent une signature moléculaire précise.

Il devient alors possible de différencier «à l’aveugle», avec une précision de 90 %, les participants atteints d’EM des sujets normaux ou souffrant de maladies apparentées, comme la fibromyalgie.

Cette recherche prend une nouvelle importance dans le contexte de la pandémie actuelle, puisque l’EM survient dans 75 % des cas après une infection virale sévère; elle pourrait donc menacer les patients infectés par la COVID-19, surtout s’ils ressentent des symptômes de longue durée.

«On sait que certains d’entre eux vont malheureusement développer l’encéphalomyélite myalgique, au même titre que certaines formes chroniques de la maladie de Lyme», a dit M. Moreau.

L’encéphalomyélite myalgique touche 70 000 personnes au Québec, 600 000 au Canada et 2,5 millions aux États-Unis.

Les résultats des travaux du professeur Moreau et de son équipe ont été dévoilés jeudi par la revue Scientific Reports.