Dany Chrétien a passé une partie de sa vie à intimider les autres avant de réaliser qu'il avait besoin d'aide. 

Nouveau site Web pour les hommes en détresse

C'est tout un témoignage qu'a livré, jeudi, Dany Chrétien, 41 ans, lorsqu'il a raconté son passé d'un homme qui vivait depuis longtemps en intimidant les autres. Un rien pouvait le faire exploser. Tellement que cela l'a conduit à une rupture.
«J'ai fessé le fond en 2012 suite à un divorce et une nouvelle relation avec mes enfants. Il y avait des hauts et des bas. J'avais un caractère de chien, un caractère de cochon», a-t-il reconnu sans détour, lors d'une conférence de presse. L'événement voulait souligner le lancement d'un nouveau site Web (www.allume.org) sur les services aux hommes en détresse.
«Je prenais ma force dans le fait d'écraser les autres jusqu'au jour où j'ai réalisé que j'avais traumatisé ma conjointe et mes enfants pour une paire d'espadrilles de 20 $. Suite à ma réaction, mes enfants se sont retirés dans un coin en disant qu'il ne fallait pas qu'ils fassent de bruit parce que papa n'est pas en forme et qu'il va nous en péter une aujourd'hui», a-t-il poursuivi.
Aujourd'hui, Dany Chrétien est contremaître de mécaniciens de véhicules lourds. Il a été camionneur pendant 18 ans avant qu'un accident l'empêche de reprendre la route. «Dans mon camion, si j'étais en maudit, je pognais le téléphone pis je le garrochais dans le fond du truck. Je passais deux téléphones par année. J'étais seul. Ça ne paraissait pas», a-t-il dit. Il pouvait engueuler une serveuse si son café n'était pas assez chaud ou si son hamburger n'était pas à son goût.
Son comportement violent remonte loin dans son enfance. «L'expression "mon père est plus fort que le tien", moi, je peux le dire. Je l'ai vu aller mon père. J'ai appris à faire ma place avec mes poings. Pis si tu n'es pas assez fort avec tes poings, je trouvais un autre moyen pour être plus fort sinon tu vas te faire écraser. Je haussais le ton et le monde se tassait», a-t-il raconté.
Dany Chrétien a réalisé son état délinquant après avoir rempli un questionnaire en vue de faire une thérapie au groupe d'aide aux personnes impulsives (GAPI) de Québec. Au début, il ne croyait pas que ce service pouvait lui être utile.
«Lorsque j'ai rencontré le groupe d'intervention, j'allais là simplement pour me donner bonne conscience en me disant que j'avais pas de problème. C'est toute la société qui avait des problèmes parce qu'on ne me comprenait pas. J'étais un incompris de la société. Sur 20 questions, il y en avait 18 où j'avais un comportement violent, des comportements autodestructeurs autant pour moi que pour famille», a-t-il dit.
Il n'a pas pensé au suicide, du moins consciemment. «Suite à la thérapie, j'ai réalisé que j'ai eu des idées suicidaires sans y penser quand tu es rendu que tu calcules le montant des prestations d'assurance vie au décès. Pourtant, j'ai pas le goût de mourir, mais je le prépare pareil.»
Aujourd'hui, après sa thérapie, Dany Chrétien se sent beaucoup mieux dans sa peau. Il invite les hommes en détresse à faire comme lui. «Le Dany de 2006 et le Dany de 2014, c'est carrément pas le même. J'ai moins peur de ce que le monde va penser de moi», a-t-il confié.
Il sait que son comportement d'intimidateur l'a fait exclure de bien des groupes. On ne l'appelle pas pour des partys d'anciens élèves et il le comprend. Pourtant, il aimerait revoir ses chums d'école et «la petite fille qui avait 13 ans et que je trouvais cute et qui était assise à côté de moi dans ma classe».
«Laisse faire l'orgueil»
Un premier site Web sur les services d'aide aux hommes en difficultés au Québec (www.allume.org) a été lancé officiellement, jeudi, à l'initiative du Centre de prévention du suicide de Québec. «Plus de 7000 personnes ont déjà consulté le site jusqu'à maintenant. Ça démontre qu'il y a un réel besoin», a commenté, jeudi, la directrice générale du Centre, Lynda Poirier. Sur le site, le titre qui a été retenu est : «Laisse faire l'orgueil, il y a des limites à ce qu'un gars peut endurer.» On y retrouve les accès à 25 ressources d'aide, des pistes de solution et un questionnaire d'auto-évaluation. De tels sites existent ailleurs dans le monde. En Australie, le site www.mensline.org.au est consulté par 135 000 personnes par année.