La FSSS représente quelque 3600 travailleurs du préhospitalier dans l'ensemble du Québec, notamment au sein d'Urgences-Santé à Montréal et Laval. Il s'agit de paramédics, répartiteurs et employés de soutien.

Nationaliser les services ambulanciers pourrait être «payant»

Si le gouvernement du Québec veut faire des économies ou faire plus avec le même argent, les services ambulanciers ou préhospitaliers d'urgence sont une avenue très prometteuse, selon un ex-directeur médical régional de ces services.
C'est le constat que fait le Dr Sylvain Trudel, médecin urgentologue et ex-directeur médical des services préhospitaliers d'urgence (SPU) en Gaspésie. Il a occupé ces fonctions pendant 10 ans. «C'est extrêmement payant. Il n'y a aucune façon d'arriver dans le trou avec une compagnie ambulancière», a-t-il commenté, au cours d'une entrevue téléphonique avec Le Soleil.
Des propriétaires privés font des profits jusqu'à 20 % de leurs revenus, des ristournes allant jusqu'à 18 % des revenus sont versées aux employés de coopératives de services ambulanciers, un permis pour une ambulance peut se vendre jusqu'à 500 000 $ alors que les temps de réponse aux personnes en danger sont déficients à bien des endroits, a souligné le médecin.
À son avis, ce sont plus de 40 millions $ par année qui s'en vont en profits et ristournes qui pourraient être plutôt investis dans l'amélioration des services et la réduction du temps de réponse des ambulanciers, et cela, sans parler d'autres économies possibles par le regroupement des services administratifs, des achats, l'élimination des casernes en trop sur un même territoire.
«Lors de la vente d'un permis, les négociations dans le privé partent autour de 300 000 $ par camion au permis. Si vous avez trois camions, c'est 900 000 $ comme base de négociation. La valeur des permis a décuplé depuis les 10 dernières années. Ce sont des monopoles. On repasse systématiquement un contrat avec toujours les mêmes firmes», a-t-il expliqué.
Le Dr Trudel a participé à la rédaction d'un mémoire d'un groupe qui recommande au gouvernement de nationaliser les SPU. Le document a été remis récemment au comité formé l'an dernier par le ministre de la Santé, le Dr Réjean Hébert, pour revoir les services ambulanciers. Les conclusions de ce comité sont attendues au cours des prochaines semaines.
Modèle d'organisation à revoir
Le Dr Trudel réfute l'argument voulant que le privé pourrait mieux gérer les services préhospitaliers d'urgence qu'un organisme public. «Le public peut très bien gérer des budgets. On a des gens compétents. Je ne dis pas que le privé gère mal. Leurs compagnies sont probablement très bien gérées puisqu'elles dégagent des marges bénéficiaires très excellentes. Personne ne va faire faillite là-dedans», a-t-il affirmé.
Selon l'urgentologue, le modèle d'organisation fragmenté par compagnies privées et coopératives au Québec doit être revu. Sa solution est de nationaliser les services préhospitaliers d'urgence et d'avoir une gestion régionale de ces services.
«Le modèle actuel est un archaïsme que l'on traîne. Les premières ambulances au Québec dans les années 70 étaient les corbillards des maisons funéraires. On cherchait des véhicules dans lesquels on était capable d'entrer une civière. C'est comme ça que ça s'est rattaché au privé», a-t-il dit.
«Le problème est qu'au Québec, on n'a pas évolué aussi vite que dans le reste de l'Amérique du Nord. Aux États-Unis, en Alberta, au Nouveau-Brunswick, les SPU sont des services publics. Au Québec, on est resté avec cette conception que l'ambulance est un véhicule de transport alors que c'est un véhicule de soins maintenant», a-t-il poursuivi.
La lecture que fait le Dr Trudel des services préhospitaliers d'urgence concerne toutes les régions du Québec à l'exception de celle de Montréal où les SPU sont assurés par Urgences-Santé qui est la propriété du gouvernement.
«C'est le même mode d'organisation partout. Ça dépend des compagnies. Je connais des compagnies dont les propriétaires sont extrêmement pro-services, qui vont réinvestir un maximum de leur argent dans la compagnie alors que d'autres vont demander plus d'argent au gouvernement pour des nouveaux services et maintenir leurs profits.»