Une pétition circule, entre autres appuyée par le député péquiste Gilles Chapadeau, pour nationaliser les services ambulanciers d'urgence au Québec, comme c'est le cas au Nouveau-Brunswick.

Nationalisation des services ambulanciers: un médecin dit avoir été intimidé

Un médecin de famille a déposé une plainte à la Sûreté du Québec (SQ) pour intimidation à la suite de propos en faveur de la nationalisation des services préhospitaliers d'urgence (SPU).
«Le matin [17 mars] de la publication d'un article dans Le Soleil, j'ai reçu un téléphone d'intimidation à la maison. La personne ne s'est pas identifiée mais j'ai compris qu'elle travaillait dans le milieu ambulancier. J'ai porté plainte à la SQ. Les policiers essaient de retracer l'origine de l'appel», a indiqué le Dr Sylvain Trudel.
Le médecin est urgentologue à Chandler. Il a été directeur médical des services ambulanciers d'urgence en Gaspésie pendant une dizaine d'années. Dans une entrevue précédente au Soleil, il s'était dit en faveur de l'étatisation des SPU et proposait d'utiliser les profits versés aux entreprises privées pour améliorer les services.
«Il n'y a pas eu de menaces physiques mais c'est le ton qui a été utilisé. Ce fut très court. On m'a dit en résumé: "Toi, comme urgentologue, tu fais du cash. Pourquoi tu ne laisses pas les autres faire du cash, mon imbécile?"», a-t-il raconté.
Ce type de menace vient corroborer, à son point de vue, sa position sur la nécessité de nationaliser les services ambulanciers d'urgence au Québec pour mieux utiliser les fonds publics. «C'est un peu ça, la collusion. C'est comme ça que ça commence. Il y a de l'argent à faire. Il y a un plat de bonbons et on va tous se servir dedans mais je pense qu'à un moment donné, ce n'est pas comme ça que ça doit marcher», a-t-il soutenu.
Le Dr Trudel a hésité à faire part qu'il avait déposé une plainte. «La question était de savoir si je me taisais ou que je continuais à dénoncer ce qui se passe dans le préhospitalier. Par honnêteté intellectuelle, j'ai décidé de continuer. C'est pour ça que j'ai entrepris des démarches auprès de la Sûreté du Québec. On ne peut laisser ça impunément», a-t-il dit.
«Dans notre société, on doit avoir le droit de s'exprimer. Si on n'est pas d'accord, il faut mettre notre nom en bas de la feuille», a ajouté le médecin de famille.
Le Dr Trudel est l'un des 362 médecins au Québec à détenir le titre de fellow du Collège des médecins de famille du Canada. Ce titre honorifique est décerné aux médecins qui ont suivi une formation continue en médecine familiale.
Question de «confort»
Par ailleurs, un technicien ambulancier qui a communiqué avec Le Soleil n'a pas prisé les commentaires de la Corporation des services d'ambulances du Québec concernant les personnes qui proposent la nationalisation des services ambulanciers.
Dans un mémoire, l'organisme avait comparé les arguments pour l'étatisation à des «ragots colportés, soit par certains qui aspirent à un confort tranquille que procure l'État-employeur, ou soit par d'autres qui ne comprennent pas qu'une entreprise qui ne réalise pas de profits constitue un plus grand coût éventuel pour l'État».
Le technicien ambulancier a rétorqué que ce sont plutôt les propriétaires privés de services ambulanciers qui vivent dans le confort de l'État avec des contrats accordés sans appel d'offres et qui leur assurent des profits garantis. «Un ambulancier, qu'il soit employé de l'État ou d'un privé, fait le même travail. Il est couvert par la même convention collective et son quotidien ne change pas», a-t-il soutenu.
D'autre part, un des instigateurs de la pétition demandant la nationalisation des services ambulanciers d'urgence a invité les propriétaires privés à dévoiler leurs états financiers pour vérifier l'utilisation des fonds publics. «On nous dit que le taux de profit est d'environ 12 %. Comment peut-on le savoir si on n'a pas tous les chiffres?» a demandé Vincent Noël-Boivin.
Par ailleurs, il estime qu'on ne peut comparer les coûts des services publics d'Urgences-Santé à Montréal et ceux des propriétaires privés et des coopératives de services ambulanciers en région. «À Montréal, on offre en plus des services spécialisés qu'on n'a pas en région. Et il y a beaucoup plus d'appels à Montréal», a-t-il dit.
Sur la foi d'une étude comparative, les propriétaires privés ont avancé qu'il en coûterait 13 millions $ de moins par année si les services d'Urgences-Santé étaient offerts par le privé. Les services ambulanciers à Montréal et à Laval ont été nationalisés, il y a environ 25 ans, pour, entre autres, assurer une meilleure coordination des services ambulanciers.