Lorsqu’il n’y a pas de médecin dans un CHSLD, l’établissement n’a d’autre choix que de transférer un patient à l’hôpital si sa condition est instable et requiert des soins de médicaux, explique la porte-parole du CIUSSS de la Capitale-Nationale Karine Primard.

Mourir à l’hôpital, faute de médecins dans les CHSLD

Faute de médecins dans les CHSLD, des patients en fin de vie doivent être transférés à l’hôpital pour y mourir, dénonce un omnipraticien de Québec.

Depuis vendredi, huit résidents de CHSLD auraient été transférés en ambulance à l’Hôpital du Saint-Sacrement pour y recevoir des soins médicaux. De ce nombre, trois étaient en fin de vie. Ils sont morts à l’hôpital.

«Pour ces trois patients-là, leur CHSLD n’avait pas de médecin pour traiter leurs douleurs, donner les soins de fin de vie. Ça fait pourtant partie de la mission des CHSLD de donner ces soins, mais on ne peut plus le faire parce qu’il manque de médecins. On se retrouve donc avec des patients à l’agonie qui doivent être transférés en ambulance à l’hôpital pour y mourir au lieu de décéder dans leur milieu de vie», s’indigne le Dr Étienne Durand, qui pratique en hébergement et en hôpital.

Travailleurs autonomes

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on rappelle que les médecins sont des travailleurs autonomes et qu’on ne peut leur imposer leur lieu de pratique. Lorsqu’il n’y a pas de médecin dans un CHSLD, l’établissement n’a d’autre choix que de transférer un patient à l’hôpital si sa condition est instable et requiert des soins de médicaux, explique la porte-parole Karine Primard. «Il faut pallier à l’absence de médecins et s’assurer que la personne reçoive les soins nécessaires», dit-elle. 

Un peu partout au Québec, et particulièrement dans les CHSLD de la Capitale-Nationale, le manque de médecins est criant, rappelle le Dr Étienne Durand, qui cite notamment les centres d’hébergement Christ-Roi, Sacré-Cœur, Louis Hébert et Saint-Antoine. 

Selon lui, sur les 3000 lits que comptent les CHSLD de la région de Québec, 350 seraient en découverture médicale. Autrement dit, un patient sur 10 ne serait pas suivi. 

«Et la découverture va aller en empirant parce que d’autres médecins veulent démissionner. Pourquoi? Parce qu’on les oblige à faire de la prise en charge en cabinet», dénonce le DDurand. 

Une pétition signée par plus de 1600 personnes a été envoyée la semaine dernière au ministre Gaétan Barrette afin que la prise en charge de patients en CHSLD soit comptabilisée par le ministère de la Santé. À l’heure actuelle, ceux-ci ne comptent pour rien dans l’objectif que doivent atteindre les médecins, qui doivent prendre en charge un certain nombre de patients, généralement 500, sans quoi ils s’exposent à des pénalités financières. 

Les patients qui demandent plus de temps valent un plus haut ratio. Ainsi, une femme enceinte équivaut à trois patients réguliers et une personne en perte d’autonomie nécessitant des soins à domicile compte pour 12. Le patient en CHSLD, lui, vaut zéro. 

Selon le Dr Étienne Durand, il faut absolument valoriser la pratique en hébergement. «Ça va nous coûter très cher si on ne le fait pas», avertit-il. 

«On a voulu améliorer l’accès en première ligne, ce qui est très bien, mais on a causé un problème [de découverture médicale] dans les CHSLD et créé un achalandage dans les hôpitaux», observe le Dr Durand, qui craint que la situation en hébergement et en hôpital dégénère avec la grippe qui a commencé à frapper.