Sur 288 médecins résidents qui ont dit avoir passé une entrevue au cours de la dernière année, 93 (32%) se sont fait demander s’ils avaient des enfants ou s’ils souhaitaient en avoir.

Médecins victimes de discrimination: Barrette se dit impuissant

Un deuxième sondage réalisé par la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) démontre que les établissements de santé maintiennent des pratiques discriminatoires à l’endroit de la relève médicale. Une situation «déplorable et inacceptable», selon le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui dit cependant ne pas avoir le pouvoir d’intervenir.

Pour une deuxième année consécutive, la FMRQ a réalisé un sondage auprès de 2543 médecins résidents afin de voir si les pratiques discriminatoires identifiées l’an dernier avaient changé.

«Les résultats démontrent que ceux qui ont passé une entrevue pour un poste au cours des 12 derniers mois se font encore demander s’ils souhaitent avoir des enfants ou s’ils en ont déjà, malgré les promesses du ministère [de la Santé] de régler la situation», dénonce la FMRQ dans un communiqué diffusé jeudi.

Ainsi, sur 288 répondants qui ont dit avoir passé une entrevue au cours de la dernière année, 93 (32 %) se sont fait demander s’ils avaient des enfants ou s’ils souhaitaient en avoir. «On note que les femmes sont deux fois plus victimes de ces pratiques», mentionne la FMRQ, qui remarque que le sondage de novembre 2016 avait révélé une proportion identique de médecins résidents victimes de telles questions discriminatoires lors de leurs entrevues. 

Pratique «inacceptable»

«Cette pratique est inacceptable. Et elle d’autant inquiétante que le nombre de postes pour les médecins terminant leur formation est restreint dans de plus en plus de spécialités», déplore le président de la Fédération, le Dr Christopher Lemieux.

La FMRQ avait interpellé le ministre Barrette à ce sujet l’an dernier, et son bureau avait invité le réseau à adopter une pratique non discriminatoire. «Manifestement, le message du ministre n’a pas passé, ou alors aucune mesure concrète n’a été prise pour faire cesser ces pratiques. Pourtant, le ministre est reconnu pour prendre les moyens nécessaires pour arriver aux changements qu’il propose au sein du système de santé», souligne le Dr Lemieux.

S’il juge lui aussi «tout à fait inacceptables» ces pratiques discriminatoires et qu’il appuie «moralement» les jeunes médecins qui en sont victimes, le ministre de la Santé affirme ne pas avoir le pouvoir d’intervenir. «Il y a des chartes et des lois qui s’appliquent et qui interdisent ce genre de discrimination», a rappelé le ministre en entrevue, laissant entendre que les personnes lésées doivent s’adresser aux bonnes instances.

«Cela dit, cette discrimination n’est pas systémique. Si c’était systémique, il n’y aurait pas 75 % de femmes dans les facultés de médecine» a par ailleurs souligné le ministre.