À l'approche de la période estivale, les problèmes de découverture médicale dans les urgences préoccupe plusieurs associations de médecins.

Manque de médecins dans les urgences: plus de confusion que de solutions

Les problèmes de découverture médicale dans les urgences des hôpitaux ne sont toujours pas réglés à l'approche de la période estivale. Et les multiples directives du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) pour combler les trous amènent davantage de confusion que de solutions.
À la mi-avril, devant la pénurie de médecins dans les urgences, le ministère de la Santé avait assoupli ses règles en retirant l'obligation pour les médecins de famille ayant obtenu une formation additionnelle en médecine d'urgence de prendre en charge 250 patients pour avoir le droit de travailler à l'hôpital. En contrepartie du droit de pratiquer à temps complet à l'urgence, les MU3, comme on les désigne dans le milieu, doivent consacrer quelques heures par semaine dans une superclinique.
Or voilà, sur les 33 médecins qui ont gradué cette année en médecine d'urgence, seulement cinq auraient obtenu un poste dans une urgence, selon l'Association des médecins d'urgence du Québec (AMUQ). «La moitié des MU3 n'ont pas réussi à faire changer leur contrat à la suite de l'entente [convenue entre le MSSS et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ)]. Et il y en a qui se font encore dire de faire de la prise en charge», se désole le président de l'AMUQ, le Dr Bernard Mathieu. 
Le problème, selon lui, c'est que les départements régionaux de médecine générale (DRMG) interprètent différemment les nouvelles règles du MSSS. «Il y a des DRMG qui disent aux médecins : étant donné qu'on n'a pas de superclinique sur notre territoire, vous allez faire de la prise en charge...» rapporte le Dr Mathieu.
Bref, l'entente de la mi-avril ne fonctionne pas, et c'est à cause du MSSS et de sa manie de «tout contrôler», dénonce le président de l'AMUQ. «Quand on essaie de tout contrôler, ça met du sable dans l'engrenage, et les gens ne sont pas capables de s'ajuster aux réalités locales. Sur le terrain, on se heurte à toutes sortes d'interprétations des règles», résume le médecin, selon qui le réseau souffre d'une surabondance de règles.
Le Dr Mathieu estime qu'il manquerait toujours une centaine de médecins dans les urgences du Québec. Rien de rassurant avec l'été et les vacances qui s'en viennent, insiste-t-il. «Ce qui va arriver, c'est que les médecins sur place vont s'étirer et se brûler pour combler les quarts de travail. Et il y a des quarts de travail qui vont disparaître, faute de médecins, ce qui peut mettre à risque la population, qui attendra plus longtemps pour voir un médecin», avertit le président de l'AMUQ.
Encore de nouvelles règles
Devant les découvertures annoncées, le MSSS a récemment envoyé un courriel aux présidents-directeurs généraux des établissements pour leur demander d'accorder les activités médicales particulières (AMP) aux urgences de façon «exclusive».
Dans ce document daté du 26 mai, le sous-ministre associé Michel A. Bureau écrit que ces AMP doivent être octroyées «avec ou sans dérogation du MSSS», et ce, «tant et aussi longtemps qu'il existe des découvertures avérées ou des risques de découverture dans toute installation d'urgence de tout établissement».
Pour rappel, tous les médecins de famille ayant moins de 15 ans de pratique doivent consacrer 12 heures par semaine à des AMP, parmi lesquelles figure la prestation de services médicaux dans les urgences. 
«Au fond, on est revenu à l'entente qui gouverne les AMP et qui dit que ces AMP doivent se faire à l'urgence en priorité. Ça avait changé en janvier 2016, quand le MSSS a exigé des AMP de prise en charge» et obligé les établissements à obtenir une dérogation pour pourvoir un poste à l'urgence, explique le président de la FMOQ, le Dr Louis Godin.
Selon lui, cette nouvelle directive (ou retour en arrière) devrait faciliter le recrutement dans les salles d'urgence. «Mais je comprends que sur le terrain, ce changement de règles constant complique le travail. Je comprends qu'ils [les DRMG et les établissements] soient un peu mêlés», convient le Dr Godin.
À l'instar du Dr Godin, le co-porte-parole du Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée (ROME), le Dr Simon-Pierre Landry, attribue la fragilisation des salles d'urgence aux politiques du MSSS favorisant «la prise en charge à tout prix». «Là, le MSSS tente de régler un problème qu'il a lui-même causé», résume le Dr Landry, selon qui le Ministère «s'embourbe dans ses règles». 
La solution, réitère le coporte-parole du ROME, c'est de «laisser les centres hospitaliers gérer les ressources humaines».
La Grande Maison bleue en campagne de socio-financement
Il ne reste plus que 5 000$ à amasser pour permettre à La Grande Maison bleue de démarrer son projet d'hébergement complémentaire au Manoir Ronald McDonald.
La campagne de socio-financement La Ruche, qui se termine dimanche, a permis jusqu'ici de récolter près de 10 000$ des 15 000$ visés, précise en entrevue au Soleil une des instigatrices du projet, Mélanie Abdel-Malak. Le montant récolté servira de fonds de démarrage au projet, qui sera géré par un organisme sans but lucratif.
Si tout va bien, la Grande Maison bleue, qui compterait une dizaine de lits, pourrait voir le jour l'an prochain, idéalement à proximité du Centre mère-enfant du CHUL. «On espère que ce soit le plus tôt possible, mais c'est un long processus. Il faut trouver le lieu, déterminer si on s'installe dans une construction neuve ou dans un bâtiment existant, demander un permis pour l'hébergement, obtenir une autorisation pour le zonage... La Maison pourrait difficilement voir le jour avant un an», calcule Mme Abdel-Malak, précisant que les 15 000 $ amassés permettront de réaliser les études nécessaires en vue du choix du bâtiment. 
La Grande Maison bleue veut offrir une solution de répit et d'hébergement temporaire à prix modique à des familles éprouvées par l'hospitalisation d'un proche, un peu à l'image du Manoir Ronald McDonald. 
«Tout le monde n'a pas accès au Manoir. Les personnes qui demeurent à moins de 100 kilomètres n'y ont pas accès, pas plus que les femmes qui vivent des grossesses à risque et qui doivent être hospitalisées parce qu'elles habitent trop loin pour venir à leur rendez-vous de suivi. Ce qu'on veut, c'est offrir un deuxième chez-soi pour briser l'isolement de l'hospitalisation, réunir les familles éprouvées» et soulager en partie leur fardeau financier, résume Mme Abdel-Malak.
Les coûts d'opération de la Grande Maison bleue, qui pourrait soutenir plus de 700 familles par année, sont estimés à environ 250 000$. «La moitié serait autofinancée avec la location des chambres. Pour le reste, on fait actuellement des démarches pour développer des partenariats avec des fondations ou des entreprises», explique la porte-parole du projet.
La Grande Maison bleue serait dotée de chambres individuelles et familiales privées. Les familles auraient également accès à des espaces communs et à différents services (de repas préparés, par exemple).