Si le CIUSSS associe les difficultés de recrutement dans les CHSLD des quartiers centraux de Québec à un «concours de circonstances», l’AMOQ estime que les conditions de travail des médecins expliquent la pénurie.

Manque criant de médecins dans les CHSLD des quartiers centraux

Après 42 ans de pratique, le Dr Serge Bordeleau prendra sa retraite le 13 novembre, laissant sans médecin près de 200 patients hébergés en CHSLD dans les quartiers centraux de Québec. Avec son départ, 345 des 3305 lits en CHSLD du CIUSSS de la Capitale-Nationale seront en découverture médicale.

Outre Christ-Roi (Vanier), où il avait la charge d’une centaine de résidents, le Dr Bordeleau suivait des patients dans les CHSLD Saint-Antoine (Vanier), Sacré-Cœur (Saint-Sauveur) et Louis-Hébert (Limoilou). Tous se retrouveront sans médecin attitré à compter de la mi-novembre. 

Pour ce qui est du CHSLD Saint-Antoine, des démarches ont été effectuées auprès de tous les médecins du secteur pour assurer une garde médicale, précise le directeur adjoint des services professionnels du CIUSSS, Patrick Duchesne. Quatre médecins couvriront ensemble 24 heures de garde par semaine dans cet établissement, qui compte près de 300 lits.

Selon le CIUSSS, aucune garde médicale n’est prévue pour couvrir les CHSLD Sacré-Cœur, Christ-Roi et Louis-Hébert. Les patients de ces établissements devront se rendre dans une clinique sans rendez-vous ou encore à l’urgence pour voir un médecin, précise une porte-parole, Annie Ouellet. Pour le reste, le CIUSSS compte sur les équipes «interprofessionnelles».

«Faute de médecins, on revoit l’organisation du travail et on augmente la contribution des pharmaciens et des assistantes infirmières-chefs», explique Patrick Duchesne, précisant que le CIUSSS s’efforce de déployer ce modèle dans tous ses centres d’hébergement. 

Priorités de recrutement

Le Plan régional d’effectifs médicaux 2018, qui entre en vigueur le 1er décembre, fait état de 29 postes disponibles dans la Capitale-Nationale, dont trois pour le sous-territoire de Limoilou-Vanier et deux pour celui de Québec-Basse-Ville. Des priorités de recrutement ont été identifiées pour quatre établissements de longue durée, soit les CHSLD Louis-Hébert, Christ-Roi, Saint-Antoine et Saint-Augustin.

«Nous, on peut dire que nos besoins sont là, là et là, mais on ne peut pas empêcher un médecin de venir pratiquer dans la région s’il ne veut pas faire de l’hébergement, par exemple, parce que des besoins, il y en a partout [en urgence et en prise en charge, par exemple]. On essaie de trouver des compromis», dit M. Duchesne, qui rappelle par ailleurs que les médecins sont des travailleurs autonomes et qu’ils sont libres de choisir ou de modifier leur pratique. 

Le directeur des services professionnels du CIUSSS précise que quand un médecin part à la retraite, son poste n’est pas nécessairement rendu disponible. «Les médecins doivent faire des activités médicales particulières en fonction des priorités établies par le directeur régional de médecine générale», explique M. Duchesne

À ce sujet, la porte-parole du CIUSSS précise qu’un médecin soumis au régime des activités médicales particulières peut faire de l’urgence et de la prise en charge ou de la pratique en CHSLD et de la prise en charge. 

«Si le médecin veut faire de la pratique exclusive en CHLSD, on est ouvert, mais il faut une autorisation du ministère de la Santé», mentionne Annie Ouellette, précisant que les activités médicales particulières ne s’appliquent pas aux médecins de plus de 15 ans de pratique déjà établis sur le territoire. 

Conditions difficiles

Si le CIUSSS associe les difficultés de recrutement dans les CHSLD des quartiers centraux de Québec à un «concours de circonstances», l’Association des médecins omnipraticiens de Québec (AMOQ) explique que depuis deux ans, on en demande beaucoup aux médecins, qui doivent déjà faire de la garde à l’urgence et au sans-rendez-vous de leur clinique, en plus de prendre en charge des patients. 

«Faire en plus de la garde en CHSLD, ça devient moins vivable en termes de conditions humaines», observe le vice-président de l’AMOQ, le Dr Pierre Carrier.

«La pratique en CHSLD manque d’incitatifs sur le plan de la rémunération et des conditions d’exercice, ajoute-t-il. Quand tu es au CHSLD, tes frais de cabinet continuent de courir même si tu n’es pas là. Et c’est très difficile de combiner les deux, d’être souvent dérangé [par le CHSLD] pendant que tu vois des patients en cabinet. Les gardes dans les CHSLD sont extrêmement lourdes, et les conditions ne sont pas au rendez-vous parce qu’il manque d’infirmières.»

Le Dr Carrier souligne par ailleurs que la garde en CHSLD n’est pas «idéale» dans la mesure où les médecins ne connaissent pas bien les patients et qu’ils doivent intervenir «souvent à distance». 

Du reste, insiste-t-il, «il règne un climat d’incertitude depuis deux ans». Le gouvernement a priorisé la première ligne, et les médecins ont «délaissé certains secteurs pour se concentrer sur la prise en charge en cabinet», dit le Dr Carrier.