Une fiole de remdesivir, une molécule fabriquée par le laboratoire Gilead
Une fiole de remdesivir, une molécule fabriquée par le laboratoire Gilead

Lueur d'espoir autour d'un médicament contre la COVID-19

WASHINGTON — Les Instituts de santé américains (NIH) ont annoncé mercredi que le médicament antiviral expérimental remdesivir du laboratoire Gilead aidait les malades de la COVID-19 hospitalisés à se rétablir plus vite, selon les résultats préliminaires d’un grand essai clinique contre placebo incluant un millier de patients.

«Les données montrent que le remdesivir a un effet clair, significatif et positif pour réduire le temps de rétablissement» des malades du nouveau coronavirus Sars-Cov-2, a déclaré Anthony Fauci, directeur de l’Institut des maladies infectieuses, dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche.

«C’est une preuve de concept très importante, car cela prouve que nous pouvons bloquer le virus», a dit le haut responsable scientifique, prudemment optimiste, mais qui affirme que le remdesivir peut désormais devenir un traitement standard contre les formes graves de la maladie.

Comparés aux malades ayant reçu un placebo, les patients traités avec le remdesivir, un médicament développé contre Ebola, mais qui n’a jamais été approuvé contre aucune maladie, se sont rétablis en 11 jours (temps médian) au lieu de 15 jours, a détaillé un communiqué des NIH. Le temps de rétablissement était raccourci de 31 % en moyenne, selon les instituts.

Le rétablissement est défini comme une sortie de l’hôpital ou un retour à des activités normales. La fiabilité statistique de ce résultat est très élevée.

En revanche, les résultats préliminaires ne montrent pas si le médicament permet de sauver des vies. La mortalité du groupe de patients traités par remdesivir était de 8 %, contre 11,6 % dans le groupe témoin; une différence trop faible pour exclure que ce soit le fruit du hasard.

L’essai a inclus 1063 patients avec une forme avancée de la COVID et des problèmes pulmonaires, sur 47 sites aux États-Unis et 21 autres en Europe et en Asie. C’est la plus grande étude sur le remdesivir pour laquelle des résultats sont disponibles.

En présence de Donald Trump, Anthony Fauci a expliqué que les premiers résultats étaient si nets que la décision a été prise de les rendre publics, afin que les malades traités par placebo puissent désormais avoir accès au remdesivir.

«Quand il y a des preuves nettes qu’un médicament fonctionne, nous avons une obligation éthique d’informer immédiatement les membres du groupe placebo», a-t-il dit.

«Je peux vous garantir qu’avec plus de gens, d’entreprises et de chercheurs, cela va encore s’améliorer», a-t-il dit.

«C’est très positif», a résumé Donald Trump.

Essai chinois non concluant 

Le laboratoire américain Gilead avait devancé cette annonce par un bref communiqué mercredi matin évoquant des «données positives».

Cet essai, lancé le 21 février, est de fait l’un des plus attendus, avec l’essai européen Discovery dont on attend encore les résultats.

Ni les patients, ni les médecins ne savaient si la solution injectée quotidiennement par intraveineuse pendant 10 jours était le remdesivir ou le placebo, qui ressemblait au médicament, mais ne contenait que des ingrédients inactifs.

L’annonce du gouvernement américain relativise l’importance de résultats non concluants d’une plus petite étude chinoise (237 patients), menée également en comparaison avec un placebo dans dix hôpitaux de Wuhan en Chine, et qui a été publiée mercredi par la revue médicale The Lancet.

Dans l’essai chinois, les malades traités avec le remdesivir n’ont pas fait mieux que ceux traités par placebo.

Mais la taille de l’essai, interrompu faute de malades, car l’épidémie s’est arrêtée à Wuhan, limite l’interprétation des résultats.

L’Américain Anthony Fauci a jugé l’étude chinoise «non adéquate».

Le remdesivir s’insère dans le matériel génétique du coronavirus et le court-circuite pour l’empêcher de se répliquer.

De multiples essais sont en cours dans le monde pour tester le remdesivir, d’autres antiviraux ou encore l’hydroxychloroquine, un ancien médicament contre le paludisme.

Les hôpitaux expérimentent depuis le début de la pandémie ces médicaments sur leurs patients, mais il est difficile d’en déterminer l’efficacité réelle en l’absence d’essais rigoureux, suivant des protocoles comparables, idéalement contre un placebo.

Pour trouver une thérapie efficace, il faut aussi s’intéresser au dosage.

Gilead a à ce sujet rendu publics mercredi des résultats d’un essai clinique appelé SIMPLE, qui montrent que cinq jours de traitement seraient aussi efficaces que dix jours.