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Loterie vidéo: la Santé publique demande le retrait de 70 appareils

La Santé publique revient à la charge pour limiter l'accès dans certains secteurs aux appareils de loterie vidéo (ALV) de Loto-Québec installés dans les bars et les restaurants.
<p>Le directeur régional de santé publique, le Dr François Desbiens</p>
L'organisme recommande que plus de 70 de ces appareils vidéo soient retirés dans 18 bars et restaurants dans des secteurs défavorisés de la ville de Québec. Six de ces bars et restaurants n'ont plus d'appareils, mais ont conservé leur permis. Les endroits visés sont les secteurs de Maizerets, Beauport, Vanier, Saint-Sauveur, Saint-Rodrigue et du boulevard Charest.
«On a fait des recommandations pour les personnes les plus à risque. C'est celles qui sont vraiment à faible revenu, avec une faible scolarité et pour qui une perte importante au jeu représente un stress selon les études scientifiques», a commenté, mercredi, le directeur régional de santé publique, le Dr François Desbiens.
Selon le Dr Desbiens, les appareils de loterie vidéo - qui sont la vache à lait de Loto-Québec - amènent les résidants des quartiers défavorisés à dépenser plus qu'ils devraient. «Si vous avez un revenu de 70 000 $ et que vous perdez 1000 $ au jeu, ça ne vous met pas dans la rue, dans des problèmes financiers. Par contre, pour les gens qui ont peu de revenus et qui perdent trop, cela a un impact. Ils ont des conséquences personnelles, familiales ou à leur travail», a-t-il soutenu.
La Santé publique ne prône pas pour autant la disparition complète des appareils de loterie vidéo propriété de Loto-Québec. «Dans les zones très défavorisées, c'est un risque plus important qu'ailleurs. La majorité des personnes qui s'adonnent aux jeux de hasard et d'argent n'ont pas de problèmes. C'est quand même 20 % des personnes qui ont des problèmes avec ces jeux», a affirmé le Dr Desbiens.
L'étude de la Santé publique recommande également de fermer les appareils de loterie à minuit au lieu de 3h dans la nuit. On estime que la période entre minuit et 3h est plus propice à des excès de la part des joueurs. On demande également une application plus serrée des lois et des règlements qui encadrent l'affichage et la présence d'un guichet automatique dans les bars, les brasseries et les tavernes où on trouve des ALV.
Les commerces visées :
Bar à la Source de la Martinière, rue de LanaudièreBar Chez Dédé, rue SoumandeBar La Babiche, rue Saint-Vallier OuestBar La Broussaille, boul. Pierre-BertrandBar Le Kirouac, rue KirouacBar Salon 447, 4e Avenue EstBistro Vegas, boul. Sainte-AnneCabaret Lady Mary-Ann, boul. Charest OuestCafé Vegas, boul. Sainte-AnneL'Autre Zone, 3e AvenueLe Centre de quilles Canardière, boul. Sainte-AnnePub Jos Dion, rue Saint-Joseph OuestPub Light, rue de La CanardièreRestaurant Normandin, boul. Charest OuestRestaurant Normandin, boul. Pie-XISalon de quilles Laval, rue KirouacSports Vegas, boul. Sainte-AnneStarzone, boul. Sainte-Anne
Réaction
Loto-Québec entend analyser le rapport de la Santé publique avant de prendre position sur les recommandations. Elle déplore toutefois que l'étude ne fasse pas mention des efforts de la société d'État au cours des dernières années pour réduire l'accessibilité aux appareils de loterie vidéo dans les secteurs fragiles. «Au Québec, on a réduit de 36 % le nombre d'endroits où il y a des appareils. Dans la région de la Capitale-Nationale, la diminution a été de 49 %», a souligné la porte-parole de la société d'État, Marie-Claude Rivet.
En outre, elle a rappelé que Loto-Québec n'installe pas des ALV dans les secteurs économiquement faibles. «Parmi les principaux critères pour implanter des appareils, il y a d'abord le revenu moyen des ménages du secteur qui doit être égal ou supérieur à celui observé au dernier recensement. Aussi, le pourcentage des faibles revenus du secteur qui doit être inférieur à celui observé lors du dernier recensement», a-t-elle précisé.
Concernant la fermeture des appareils à minuit, Mme Rivet a indiqué que l'on devra tenir compte de la possibilité de la réapparition d'appareils illégaux. «Il faudra voir ce qui est réaliste et ce qui ne l'est pas», a-t-elle dit.
Au cabinet du ministre des Finances, Nicolas Marceau, on entend analyser le rapport de la Santé publique avant de le commenter publiquement.
En 2012, on comptait 772 appareils de loto vidéo dans la région de la Capitale-Nationale et 335 au Salon de jeux de Québec ou le Ludoplex.
<p>Le Ludoplex</p>
Ludoplex dans un secteur touristique
La Direction régionale de la santé publique propose que le centre de jeu Ludoplex soit délocalisé dans un secteur touristique incluant le Vieux-Québec. Le Centre de jeux doit quitter Expo-Cité au cours des prochains mois. «
On privilégie les secteurs touristiques et non les zones résidentielles pour le futur emplacement du centre de jeu. On devra aussi éviter les secteurs de forte défavorisation et retirer les appareils de loterie vidéo dans un rayon de 2,5 km», a recommandé, mercredi, le directeur de la Santé publique, le Dr François Desbiens.
Jusqu'à maintenant, la Santé publique n'a pas été consultée par Loto-Québec sur le nouvel emplacement du Ludoplex. S'il déménagera assurément du site d'ExpoCité, aucune décision n'a encore été prise sur l'emplacement du site qui l'accueillera, confirme Marie-Claude Rivet, de Loto-Québec. L'an passé, le mois de mai avait été avancé comme période de fermeture des installations.
Propriétaires opposés
La Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec (CPBBTQ) s'oppose aux recommandations contenues dans le rapport de la Direction de la santé publique, notamment celle sur l'arrêt des appareils à minuit plutôt qu'à 3h.
«C'est juste une étude pour l'instant. On va regarder l'impact que ces mesures pourraient avoir sur le chiffre d'affaires de nos membres. Pour ce qu'on en sait, nous sommes contre», lance d'entrée de jeu Renaud Poulin, président de la CPBBTQ.
«Nous, on prétend qu'il y a une clientèle qui joue entre minuit et 3h qui ne jouerait pas en d'autre temps. Nous pensons que les appareils doivent fonctionner jusqu'à 3h», soutient-il.
Évidemment, la Corporation compte défendre les établissements ciblés dans l'étude comme des endroits où Loto-Québec devrait retirer les permis d'exploitation des appareils de loterie vidéo.
Regrettable
L'étude reçoit un accueil assez froid, aussi chez Loto-Québec. «Ce qui est regrettable, c'est que cette étude ne semble pas tenir compte du fait qu'on a déjà réduit l'offre de jeu d'appareils de loterie vidéo (ALV) considérablement ces dernières années», fait remarquer Marie-Claude Rivet, porte-parole à la société d'État.
Elle soutient que des AVL ont été retirés dans 36 % des établissements à travers la province. Un pourcentage qui grimpe à 49 % dans la capitale. «C'est un bar sur deux. Et le plan visait des zones davantage défavorisées», lance-t-elle. En date du 31 mars 2013, 128 établissements offraient des AVL.