Au lieu de recommander explicitement une taxe sur le sucre, l’OMS laisse ces décisions aux pays.

L’OMS recule face à la taxation des boissons sucrées

GENÈVE — Un panel indépendant de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) se distance de l’appel lancé il y a deux ans par l’agence onusienne en faveur d’une taxation des boissons sucrées, dans un nouveau rapport sur des maladies comme le cancer, l’obésité et le diabète que plusieurs experts estiment «ostensiblement mou».

Les experts internationaux de la santé ont déclaré que la décision était particulièrement déconcertante, compte tenu de la crise croissante de l’obésité dans le monde et des précédentes tentatives de l’OMS pour réduire la consommation de sucre.

En 2016, l’agence de santé des Nations unies a exhorté les pays à taxer les boissons sucrées comme les sodas et les boissons pour sportifs afin de lutter contre l’obésité et le diabète. À l’époque, elle déclarait qu’une augmentation de 20% du prix de ces boissons en réduirait considérablement la consommation.

Mais dans un rapport publié vendredi, bien que l’OMS recommande des taxes sur le tabac et l’alcool, on note que les experts abandonnent toute recommandation visant à taxer les boissons sucrées. Les experts ont plutôt écrit, au sujet de la taxation du sucre, que «certains points de vue étaient contradictoires et ne pouvaient être résolus».

La docteure Sania Nishtar, la coprésidente de la commission indépendante sur les maladies non transmissibles récemment créée, a déclaré que la plupart de 26 membres de l’OMS étaient en faveur d’une taxe sur les boissons sucrées. Mais un commissaire - qu’elle n’a pas identifié - a entravé la rédaction d’un libellé plus fort, principalement sur l’efficacité de la taxe sur le sucre qui a été introduite dans certains pays.

«L’introduction de la taxe [sur les boissons sucrées] est relativement récente et les données que nous avons concernent une baisse de la consommation», a déclaré Mme Nishtar aux journalistes au siège de l’OMS.

Elle a ajouté que «l’objection était que [...] nous ne devrions pas faire une recommandation audacieuse». Elle a dit que le commissaire ne croyait pas qu’il y avait suffisamment de données sur la santé à ce sujet - un point réfuté plus tard par le directeur général de l’OMS, Tedros Ghebreyesus.

Au lieu de recommander explicitement une taxe sur le sucre, l’OMS laisse ces décisions aux pays.

«Lorsque l’engagement avec le secteur privé ne contribue pas à l’atteinte des objectifs de santé publique, les gouvernements devraient utiliser leurs pouvoirs réglementaires et législatifs pour protéger leurs populations», indique le rapport.

Jack Winkler, un professeur émérite de politique de la nutrition à la London Metropolitan University, a déclaré qu’il existe maintenant des preuves convaincantes que la taxation des boissons sucrées fonctionne, citant, entre autres travaux, un article récent du journal médical The BMJ.

Il a dit que des politiques récemment adoptées au Royaume-Uni montrent que la taxation des boissons riches en sucre a non seulement incité les fabricants à reformuler leurs produits, mais que «cela a fait du choix santé le choix le moins cher».

Il a déclaré que la reconnaissance par l’OMS de la lenteur des progrès dans la lutte contre l’obésité rend particulièrement déplorable son refus d’appuyer purement et simplement les taxes sur le sucre.

«Quand l’OMS n’endosse pas une solution pratique qui amasse aussi de l’argent, c’est particulièrement absurde», a-t-il déclaré.

Dans son nouveau rapport, l’OMS recommande également que les gouvernements accordent la priorité aux mesures visant à restreindre la publicité sur la malbouffe.

«L’OMS devrait explorer la possibilité d’établir un code de conduite international sur cette question [...] tout en reconnaissant la nécessité de partenariats basés sur l’alignement des intérêts», ont écrit les experts.

Martin McKee, un professeur de santé publique européenne à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, a déclaré que l’incapacité de la commission de l’OMS à en arriver à un accord sur les taxes sur le sucre était «difficile à comprendre».

Il a noté qu’il s’agissait seulement du premier rapport de la commission d’experts de l’OMS, et que les versions ultérieures pourraient être différentes.

«Ce serait très décevant si cette question n’était pas résolue dans le prochain rapport», a estimé M. McKee.