Loi 20: la colère d'un chirurgien orthopédiste

À quelques semaines de l’application des sanctions prévues à la loi 20, le Dr Jean-François Bégin, chirurgien orthopédiste à l’Hôtel-Dieu de Lévis depuis 2003, a montré du doigt le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, refusant de laisser les spécialistes porter l’odieux des ratés du système de santé.

«Prolongez les heures de travail du personnel [...] Ouvrez-moi trois nouvelles salles d’opération [...] Ouvrez ma clinique externe plus tard que 15h30 quotidiennement [...] et je vais vous en opérer, du monde [...], je vais vous voir toutes les consultations», a-t-il écrit dans une longue diatribe sur le réseau social Facebook.

«Je ne demande pas mieux que de voir ou d’opérer plus de patients: je suis payé à l’acte!» illustre le Dr Bégin. «Nous ne sommes pas des machines. Pensez-y avant d’appliquer des mesures coercitives et les pénalités financières de votre loi 20 aux médecins spécialistes», ajoute-t-il, accusant le ministre d’avoir éteint la flamme qui l’animait dans son métier et probablement celle de plusieurs générations de médecins spécialistes à venir.

En entrevue avec Le Soleil mardi, le médecin a expliqué que c’est la sortie du ministère de la Santé et des Services sociaux dans La Presse et les entrevues données par le ministre Barrette à certaines stations de radio qui l’avaient incité à réagir. Le ministre y faisait l’état de la situation sur les cibles de performance qui ne seront pas atteintes d’ici le 31 décembre, amenant des coupes pouvant aller jusqu’à 30 % dans la rémunération des spécialistes.

«C’est assez!»

«C’est assez! On peut faire parler les chiffres comme on veut. On n’est pas des idiots assis sur notre derrière à ne rien faire. On travaille tous de façon acharnée pour faire traverser l’Atlantique à un bateau troué qui prend l’eau», illustre le médecin, qualifiant de «pseudo-critères» les cibles fixées par le ministre.

«Ce que le ministre nous demande, c’est d’atteindre des objectifs sans nous donner plus de temps opératoire, sans nous donner plus d’infirmières en bloc opératoire, sans nous donner plus de salles d’opération. C’est de la politique malsaine, ça. Il se fait du capital politique en faisant parler les chiffres comme il veut. Moi, je dis que je ne suis pas capable d’atteindre la cible parce que le ministre ne m’offre pas le plateau pour faire ma job

Numéros

Selon le Dr Bégin, ce serait une erreur de juger de la performance et de la qualité du système de santé uniquement par des chiffres. Il faudrait plutôt se pencher sur la qualité de l’acte. «M. Barrette ne mesure pas si on fait de la médecine de qualité, il parle de diminuer le temps d’attente! Ça donne de la médecine fast food: Vite, vite, vite! Go, go, go! On passe au prochain!» poursuit-il en signalant qu’il constate les effets de cette vision depuis quelques années.

«Ça fait 15 ans que je fais ça: les médecins à l’urgence se font pousser dans le derrière pour diminuer le temps d’attente. Les patients deviennent alors des numéros. Quand on veut rétablir un système de santé, il faut miser sur l’humain, pas numériser les patients. Si on me force à voir des patients sans me donner le temps pour le faire, je ne crois pas que le service sera de la même qualité», déplore-t-il.