Philippe Lépicier, propriétaire de la pharmacie

L'Isle-Verte: pharmacie de fortune pour les rescapés

Un couple de pharmaciens, Philippe Lépicier et Marie-Hélène Miousse, était propriétaire de la pharmacie portant la bannière Familiprix, située à l'intérieur de la Résidence du Havre de L'Isle-Verte. Le commerce, le laboratoire, les ordinateurs et les dossiers des clients, tout a été réduit en cendres.
En vertu de leur engagement professionnel, il était impensable, pour les deux pharmaciens, que leur clientèle âgée ne puisse prendre ses médicaments comme prescrit. «On pouvait pas se permettre qu'ils ne prennent pas leurs médicaments, surtout en situation de stress», précise Philippe Lépicier.
Le pharmacien, qui possède trois autres pharmacies rurales dans des localités avoisinantes, a appris la funeste nouvelle de quelqu'un vers 6h jeudi matin.
«Normalement, une alarme aurait dû m'en informer, signale-t-il. Mais on m'a dit que les fils auraient brûlé et que c'est pour ça qu'elle n'a pas sonné. Mon serveur contenant tous les dossiers de mes clients a aussi brûlé. Mais heureusement, une copie de sauvegarde avait été faite vers 21h. Avec le siège social de Familiprix à Québec, il a été possible de récupérer toutes nos données.»
Il faut aussi dire que l'homme a pu compter sur le dévouement de l'une de ses employées, la pharmacienne Catherine Côté. «Elle passait le plus clair de son temps avec les gens de la résidence, souligne M. Lépicier. Elle se souvenait même, de mémoire, des dossiers de plusieurs d'entre eux. Elle a été en mesure de leur fournir leurs médicaments très rapidement.»
Immédiatement, Philippe Lépicier a pu faire livrer les médicaments nécessaires aux bénéficiaires qui avaient été rescapés et transportés dans différentes municipalités.
Après avoir été informé de l'horreur, il ne s'écoulera qu'environ une heure et demie avant que le pharmacien-propriétaire décide de se relever les manches.
«Vers 7h30, j'ai réveillé le responsable du Club des 50 ans et plus pour lui demander s'il était possible de relocaliser la pharmacie dans le local de l'organisme, qui s'appelle le Pavillon de l'amitié, raconte-t-il. On a alors débuté la reconstruction. Les gens de Familiprix ont été d'un très bon support. On a travaillé en équipe avec eux. Avec les employés de Familiprix et les miens, en plus de deux bénévoles, on est 14 à travailler à la reconstruction. Il y a même des sections pour lesquelles Familiprix nous a envoyé plus de marchandises que ce qu'on avait. On était une petite pharmacie.»
Même si son commerce est fonctionnel, M. Lépicier a bon espoir que tout soit mis en place d'ici samedi soir. Le professionnel se prépare aussi à une augmentation de la médication pour certains bénéficiaires lorsqu'ils auront été traités.
Même si le pharmacien stipule qu'il est de son devoir de ne parler que de la dimension strictement professionnelle, il ne peut tout de même s'empêcher d'avoir une petite pensée personnelle pour ses clients disparus.
«On voyait surtout les gens qui pouvaient se déplacer, indique-t-il. On les aimait. Je les connaissais tous par leur nom. Après le choc, j'ai été atterré. C'est d'une grande tristesse. Ils vont me manquer.»