Lien entre TCS et cancer à Shannon: possible, dit la Santé publique

L'Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) n'exclut pas la possibilité que l'eau contaminée par le trichloroéthylène (TCE) à Shannon soit la cause d'un nombre plus élevé de cas de cancer, sans toutefois être en mesure de le prouver.
Contrairement à la perception de plusieurs, le président et directeur général de l'Institut, le Dr Luc Boileau, a expliqué, hier, au cours d'une conférence de presse, que les études menées par l'INSPQ et la direction régionale de santé publique ne permettent pas de conclure qu'il n'y a pas un lien entre la présence de TCE et les cas de cancer dans la municipalité.
«Avec les informations qui étaient disponibles, tant sur le niveau d'exposition qu'on ne connaissait pas avant que sur le nombre de cas, la population, on n'est pas capable scientifiquement de démontrer ce lien-là dans cette population-là. Ça ne veut pas dire qu'il n'y en a pas», a-t-il affirmé.
«D'aucune manière, les avis de l'Institut et de la direction régionale de la santé publique ont cherché à démontrer qu'il n'y avait pas de problèmes. C'est plutôt de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour vérifier si on est capable de mesurer un problème et les limites méthodologiques sont là. Et c'est surtout pas pour dire aux citoyens, vous n'avez pas de problèmes. C'est pour dire qu'on n'est pas capable de le démontrer», a-t-il insisté.
Cette démonstration ne peut être faite sur une base scientifique en raison du nombre peu élevé de citoyens à Shannon et du manque d'information sur la durée de l'exposition de ces personnes à l'eau contaminée au TCE ainsi que sur l'importance de la contamination.
«Les nombres sont trop petits pour qu'on puisse dire oui, il y a une augmentation. Elle n'aurait pas été statistiquement significative et sur une base scientifique, ça compte beaucoup pour établir si c'est dû au hasard, ou si c'est dû à la situation qu'il y a là», a soutenu le Dr Boileau.
Pas à toute épreuve
De plus, le pdg de l'Institut a avancé qu'on ne pouvait tirer des conclusions à toute épreuve à partir du fichier des tumeurs cancéreuses. «C'est un instrument qui est imparfait», a-t-il reconnu, donnant en partie raison aux citoyens de Shannon qui ont fait valoir que des cas de cancer ont été rapportés chez des personnes qui ont déjà résidé dans la municipalité.
Or, le fichier indique le lieu de résidence d'une personne qui a une tumeur. Si elle est demeurée auparavant dans une autre municipalité, dont Shannon, le fichier n'en fait pas mention.
Par ailleurs, M. Boileau et le directeur régional de santé publique, le Dr François Desbiens, ont soutenu que les services de santé publique ont tout fait pour limiter le problème de contamination de l'eau à Shannon dès qu'il a été porté à leur connaissance en 1998, contrairement aux allégations véhiculées en début de semaine par le député Amir Khadir qui ont soulevé des doutes sur l'impartialité et la neutralité de ces services.
Pour les années antérieures à 1998, le Dr Desbiens a remis la responsabilité de possibles enquêtes à Santé Canada. «La base militaire [de Valcartier] nous a demandé une expertise en ce qui concerne leur gestion dans ce dossier. C'est un territoire fédéral qui n'est pas de la juridiction de la direction de la santé publique de par les lois provinciales», a-t-il répondu.