Le projet de loi légalisant la consommation de marijuana à des fins récréatives devrait permettre de posséder jusqu'à 30 g de cannabis et pourrait entrer en vigueur d'ici juillet 2018.

Les psychiatres inquiets de la légalisation du cannabis

La légalisation prochaine du cannabis soulève bien des inquiétudes chez les psychiatres de la région de Québec. Les ressources en santé mentale ne suffisent déjà pas à la tâche et la légalisation d'une substance connue pour déclencher des psychoses risque fort d'empirer encore les choses, dénoncent-ils.
Alors que la région compte au départ un peu plus de troubles mentaux que la moyenne québécoise, «on étire les cohortes : normalement, le Centre national d'excellence en santé mentale prévoit un ratio de 16 patients par intervenant [dans les programmes de traitement des premiers épisodes psychotiques], mais on est à peu près à 25 pour 1. Et ça, ça nous empêche aussi de faire du dépistage précoce. On voudrait aller dans les cégeps et les universités, à l'âge où les jeunes commencent à être malades, mais sont encore à l'école, et intervenir à ce stade-là pour éviter qu'ils se ''désinsèrent'', mais on n'arrive déjà pas à le faire», a déploré jeudi matin Dr Marc-André Roy, psychiatre à la clinique Notre-Dame-des-Victoires et chercheur à l'Université Laval, lors d'une conférence de presse.
Les liens entre le déclenchement de psychoses ont été abondamment démontrés en science, a-t-il rappelé. De manière générale, les consommateurs courent un risque accru de 40 % de développer un trouble psychotique - un surcroît qui atteint même 390 % chez les utilisateurs lourds. Il est également établi que les patients psychotiques qui fument de la mari développent leur maladie plus tôt, font plus de rechutes et sont plus judiciarisés que les autres. Et les programmes d'intervention précoce sont particulièrement importants parce que plus on attend avant de traiter une première psychose, et plus ses séquelles sont graves.
Dr Roy et sa collègue du CHU Édith Labonté craignent que la légalisation du cannabis, annoncée pour juillet 2018 par le gouvernement Trudeau, ne vienne banaliser l'usage de la marijuana, ce qui pèserait très lourd sur des ressources déjà débordées.
Au Colorado, où le pot est légal depuis janvier 2014, on rapporte de fortes augmentations des consultations liées au cannabis dans les urgences psychiatriques, rappelle Dre Labonté.
Pas avant 21 ans
Les deux psychiatres ont également profité de l'occasion pour rappeler les recommandations que l'Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ) a énoncées en juin dernier. Le regroupement professionnel recommande notamment que la vente de cannabis soit interdite aux moins de 21 ans - et encore, dit Dre Labonté, il s'agit d'un «compromis» parce que le cerveau se développe jusqu'à 25 ans et demeure plus vulnérable jusque là. Idéalement, il faudrait attendre jusqu'à la mi-vingtaine, ou même ne pas consommer de pot du tout.
Notons que le cannabis continue de faire des dommages au cerveau passé cet âge, mais de manière moindre.
L'AMPQ appelle également, entre autres, à interdire la culture du cannabis à la maison, à organiser un modèle de distribution qui ne chercherait pas le profit et à empêcher toute forme de publicité.
Malheureusement, déplore Dr Roy, cette préparation semble manquer. «On est un peu inquiet de l'attitude du monde politique à ce sujet. On a l'impression que cette loi-là va être adoptée sans que des mesures soient prises. [...] Il semble aussi y avoir une certaine insouciance du côté politique. On a entendu ce matin la ministre [de l'Éducation Hélène] David dire qu'elle n'était pas sûre qu'il fallait interdire le cannabis sur les campus universitaires. Moi, ça m'inquiète beaucoup.»