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Ce que les chercheurs appellent des «pratiques parentales coercitives» répétées (crier après l’enfant, le secouer, le frapper ou lui serrer le bras) semble notamment interférer avec le développement normal de l’amygdale et du cortex préfrontal.
Ce que les chercheurs appellent des «pratiques parentales coercitives» répétées (crier après l’enfant, le secouer, le frapper ou lui serrer le bras) semble notamment interférer avec le développement normal de l’amygdale et du cortex préfrontal.

Les pratiques parentales affectent le développement du cerveau des enfants

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne
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MONTRÉAL - Crier fréquemment après un enfant ou le brutaliser physiquement pourra avoir un impact à long terme sur le développement de son cerveau, démontre une nouvelle étude réalisée à l’Université de Montréal et au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, en collaboration avec une équipe de recherche de l’Université Stanford.

Ce que les chercheurs appellent des «pratiques parentales coercitives» répétées (crier après l’enfant, le secouer, le frapper ou lui serrer le bras) semble notamment interférer avec le développement normal de l’amygdale et du cortex préfrontal.

«C’est ce qui est le plus frappant, a dit la première auteure de l’étude, Sabrina Suffren. Ce sont deux structures qui sont associées avec le traitement et la régulation des émotions.»

Les adolescents étudiés dans le cadre de cette recherche avaient fait l’objet de pratiques parentales négatives de manière répétée durant l’enfance.

Ce serait la première fois que des pratiques parentales négatives, sans acte grave de maltraitance, sont associées à des différences dans la taille de structures cérébrales analogues à ce qui était observé en lien avec des actes graves de maltraitance sévère.

Cette étude s’appuie notamment sur le suivi des enfants dès la naissance qui a été mis en place au CHU Sainte-Justine au début des années 2000 par le Groupe de recherche sur l’inadaptation psychosociale chez l’enfant (GRIP) de l’Université de Montréal et par l’Institut de la statistique du Québec.

On a demandé aux parents et aux enfants de remplir, une fois par année, un questionnaire qui a permis de constituer différents groupes: les parents dont les pratiques coercitives étaient élevées ou faibles tout au long de l’enfance, et les enfants dont l’anxiété était élevée ou faible tout au long de l’enfance.

Les questions qui ont incité les parents à admettre adopter de tels comportements avaient été camouflées dans un questionnaire plus anodin.

Mme Suffren et ses collaborateurs ont ensuite utilisé l’imagerie par résonnance magnétique pour examiner le cerveau des enfants entre les âges de 12 et 16 ans.

Alarme constante

Chez les jeunes qui ressentent de l’anxiété, a-t-elle dit, l’amygdale sonne constamment l’alarme et ne revient jamais à son niveau de base.

«Les jeunes restent à un niveau de peur qui est plus élevé que les personnes qui n’ont pas d’anxiété», a-t-elle précisé.

L’étude n’avait pas été conçue pour examiner si les jeunes chez qui ces deux structures étaient sous-développées avaient, par exemple, plus de problèmes à l’école ou plus de problèmes dans leurs relations interpersonnelles.

Elle avait toutefois été conçue pour confirmer que le milieu socioéconomique dans lequel avait grandi le jeune n’était pas le responsable véritable du sous-développement de l’amygdale et du cortex préfrontal.

Mme Suffren croit que l’association entre les pratiques parentales coercitives répétées et ce sous-développement est claire.

«Il ne faut pas que ce soit un message culpabilisant, a-t-elle dit. Mais les parents, et la société en général, doivent être conscients que des comportements qui peuvent paraître anodins peuvent quand même avoir des conséquences.»

Cette étude a été publiée dans le journal Development and Psychopathology. Mme Suffren a réalisé sa thèse de doctorat au département de psychologie de l’Université de Montréal, sous la direction des professeurs Françoise Maheu et Franco Lepore.