Le Dr Steven Carrier, optométriste mais surtout président de l'Association des optométristes du Québec (AOQ).

Les optométristes veulent invalider un arrêté ministériel

L'impasse persiste toujours entre l'État québécois et l'Association des optométristes du Québec (AOQ) sur le renouvellement de leur entente 2015-2020. Le regroupement professionnel entend maintenant poursuivre son pourvoi en contrôle judiciaire pour invalider l'arrêté ministériel «illégal» du ministre Gaétan Barrette, qui annulait l'entrée, en vigueur le 9 mars dernier, du retrait de 90% des optométristes québécois du régime public.

La Cour supérieure a toutefois accepté, lundi, de fixer l'audition de cette cause au 14 juin prochain, par préférence.

«Alors que le gouvernement a conclu plusieurs ententes dans le domaine de la santé dans les derniers mois, il s’entête depuis 15 ans à ignorer les demandes légitimes de rattrapage des optométristes face à l’augmentation de leurs coûts d’exploitation», estime le Dr Steven Carrier, optométriste mais surtout président de l’AOQ.

La signature d'une entente en bonne et due forme sur la tarification, dans les meilleurs délais, est une «condition essentielle» selon lui au succès du projet Tout pour nos enfants

Mise sur pied par le gouvernement du Québec, l'initiative vise surtout à offrir des examens oculovisuels gratuitement aux élèves du préscolaire. L'AOQ affirme appuyer l'idée, mais n'y participera pas sans une enveloppe budgétaire «couvrant les frais d'examen», indique Carrier.

Préjudices subis

Aux yeux de l'association, le préjudice que subissent les optométristes passe par le refus de leur droit de devenir non-participants, et celui-ci s'accentue avec «le passage du temps et l'inertie du gouvernement». 

Les plafonds trimestriels par optométristes pour actes couverts — qui sont assurés par la Régie de l'assurance-maladie du Québec (RAMQ) — font en sorte que plusieurs professionnels ne sont payés que 25% de leurs honoraires. Cela équivaut à 10$ l'examen de la vue, en moyenne, plaide l'AOQ. «On est déjà forcés à travailler à perte par et pour le gouvernement», tranche-t-on dans un communiqué.

Le groupe soutient plus loin, dans son pourvoi judiciaire, que le ministre Barrette n'a pas non plus «le pouvoir de suspendre le droit des optométristes» de ne pas participer au régime public. 

«L’article 30.1 de la Loi sur l’assurance maladie, en vertu duquel l’arrêté a été émis, accorde au ministre un pouvoir limité qui ne vise que les professionnels de la santé qui fournissent des services médicaux, soit les médecins. Les optométristes, pour leur part, ne sont pas médecins et fournissent des services optométristes», peut-on lire dans une missive envoyée lundi aux médias.

L’AOQ soutient que l’arrêté ministériel est purement et simplement invalide en plus de se révéler inopérant, dans l'optique où il a été émis «en l’absence de compétence».