Lucien Bouchard

Les médecins spécialistes demandent à Lucien Bouchard de les représenter

Après les pharmaciens, c'est au tour des médecins spécialistes de retenir les services de l'ancien premier ministre Lucien Bouchard pour les représenter «dans le cadre d'éventuels recours juridiques qui pourraient être intentés» par la fédération qui les représente.
La Fédération des médecins spécialistes du Québec en a fait l'annonce jeudi en début de soirée. Selon sa présidente, la Dre Diane Francoeur, «le ras-le-bol des médecins spécialistes est généralisé devant l'approche, l'attitude, les décisions et les actions unilatérales du ministre de la Santé, Gaétan Barrette». 
À tel point que les délégués des spécialités médicales ont entériné jeudi soir «un plan qui sera orienté sur notre droit de défendre les conditions d'exercice de la médecine spécialisée dans les établissements», explique la Dre Francoeur. 
En conférence de presse plus tôt à Montréal, la présidente de la FMSQ a réclamé que les négociations entourant l'abolition des frais accessoires et la couverture publique des échographies faites en cabinet soient confiées au président du Conseil du trésor, Pierre Moreau.
La Dre Francoeur a dit ne plus faire confiance au ministre Barrette, à qui elle reproche d'avoir interdit les frais accessoires dans la précipitation, sans négocier. Elle demande au gouvernement de prendre quelques mois de plus pour mieux définir et mieux encadrer ces frais «afin que ce soit clair pour tout le monde». 
«De toute évidence, c'est un constat d'échec pour le ministre de la Santé. La bonne foi ne semble pas être au rendez-vous», a pour sa part déclaré la porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, Diane Lamarre, au cours d'un entretien avec Le Soleil, jeudi matin. 
L'abolition des frais accessoires est prévue pour le 26 janvier, a rappelé Mme Lamarre. «Depuis le temps que ça se discute, je pense qu'il [le ministre de la Santé] a fait la preuve qu'il n'est pas capable de régler le dossier», constate la députée de Taillon, qui déplore la «mauvaise préparation» du ministre. Une improvisation qui entraîne confusion et inquiétude, tant chez les patients que chez les professionnels de la santé, se désole-t-elle.
«Dans le dossier des échographies, il est manifeste qu'il y a des enjeux que le ministre n'avait pas envisagés. J'ai plein de cas de patients qui ont besoin d'une écho et qui n'arrivent pas à avoir de rendez-vous [...] Ce n'est pas une approche qui va favoriser l'offre dans les cliniques, donc il fallait prévoir une augmentation de l'offre dans les hôpitaux», évalue Mme Lamarre. 
Ministre et conjoint 
Selon elle, les patients sont en train de «payer le prix de la volonté de coercition» du ministre Barrette. «On a un ministre hyperactif qui est en train de devenir hyper négligent», fustige Mme Lamarre, qui croit par ailleurs que le ministre aurait dû s'abstenir d'intervenir publiquement au sujet de la présence de sa conjointe, la Dre Marie-Josée Berthiaume, à une rencontre de l'Association des radiologistes du Québec (ARQ), vendredi dernier. 
Lundi, Le Soleil rapportait que la radiologiste avait été mal reçue à l'assemblée de l'ARQ, qui portait sur les difficiles négociations avec le ministère de la Santé au sujet de la couverture des échographies faites en clinique privée. Le ministre Barrette s'était porté à la défense de sa femme en faisant valoir qu'elle était membre de l'association et qu'elle avait le droit de participer à la rencontre. Il en a remis plus tard en saluant son courage de s'y être présentée.
Pour Diane Lamarre, il ne fait pas de doute que la Dre Berthiaume était en conflit d'intérêts, même si elle paie ses cotisations à l'ARQ. «Le ministre aurait dû comprendre ça et lui suggérer de ne pas se présenter. Ça nous montre à quel point sa lecture est différente de celle des experts en gouvernance», juge Mme Lamarre, selon qui «sur le plan éthique, le ministre n'est pas capable de différencier ses différents rôles et fonctions». 
«On espère que le gouvernement va baliser ses interventions. [...] Les conflits d'intérêts peuvent être divisés en trois catégories : les réels, les potentiels et les apparents. Dans ce dossier-là, les trois sont présents», analyse Mme Lamarre.
Mauvaise gestion des effectifs médicaux
La diminution du nombre de médecins actifs dans la région de Québec, rapportée par le Collège des médecins dans son dernier bilan annuel sur les effectifs médiaux, dénote un «problème de gestion», selon la députée Diane Lamarre. «Comment on peut avoir une baisse du nombre de médecins de famille [16 depuis l'an dernier]? On sait que le nombre de personnes en attente d'un médecin à Québec est passé de 46 636 en novembre 2015 à 51 092 en septembre 2016. Comment on va gérer ça avec 16 médecins en moins?» se demande la porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé. Selon elle, même dans les régions où le nombre de médecins actifs a augmenté, «il y a encore un grand écart entre le nombre de personnes en attente d'un médecin et l'objectif de 85 % [de la population inscrite à un médecin de famille d'ici la fin de 2017]». Mme Lamarre rappelle qu'il y a toujours un demi-million de personnes qui attendent au Guichet d'accès à un médecin de famille. «S'ils ont pris la peine de s'inscrire, c'est parce qu'ils ont des besoins», souligne-t-elle.