Le rapport préliminaire rédigé par la délégation du ministère de la Santé qui a rendu visite au CISSS des Îles fait notamment état de la tension entre les acteurs du réseau, qui vivent un sentiment de «dénigrement».

Les médecins des Îles sous haute tension

La méfiance, la crainte de représailles et la détresse contaminent le quotidien des médecins qui pratiquent aux Îles-de-la-Madeleine, confirme le rapport préliminaire rédigé par la délégation du ministère de la Santé qui a rendu visite au CISSS des Îles, la semaine dernière.
Signé par le comité réunissant le sous-ministre à la Santé Michel A. Bureau et des représentants de la Fédération des médecins spécialistes, de la Fédération des médecins omnipraticiens et du Collège des médecins du Québec, le document, dont nous avons obtenu copie, tient sur trois pages. 
Parmi les constats préliminaires dressés: la tension entre les acteurs du réseau, qui vivent un sentiment de «dénigrement», est «palpable». Le rapport fait état d'une «méfiance dans la gouvernance médicale» et d'une «appréhension malsaine de représailles» qui minent la pratique des médecins. On y parle de «détresse étendue» liée à l'atmosphère et au climat de pratique. 
Le comité note que «l'interface entre les médecins de famille et les médecins spécialistes vit des problèmes», notamment quant à la définition de leurs rôles respectifs. Les départs de médecins sont nombreux, entraînant des bris de service en spécialité, peut-on lire dans le rapport. 
Plus, la stratégie de recrutement est «déficiente», rapporte le comité, qui fait état d'un sentiment d'abandon et de manque d'appui du «continent» devant des problèmes complexes de santé, de «précarité» dans le recrutement de renforts médicaux en cas de besoin et de défaut de développer des corridors de services préétablis. 
Engagement
Malgré les difficultés, le comité note un engagement des médecins auprès de la communauté et une volonté de maintenir une pratique médicale de qualité. Les problèmes sont reconnus et il y a une volonté de les régler, observe-t-on.
Quelques recommandations préliminaires ont été formulées pour dénouer la crise au CISSS des Îles. On propose notamment un «accompagnement» et une «assistance dédiée» de même que le déploiement d'une campagne de sensibilisation contre le dénigrement au sein de l'établissement. 
Le rapport final, qui contiendra d'autres recommandations, est attendu pour la fin de la semaine. 
Dans une lettre envoyée le 2 juin au sous-ministre Michel A. Bureau, l'avocat spécialisé en santé Jean-Pierre Ménard a fait état de plusieurs situations préoccupantes concernant l'organisation médicale au CISSS des Îles: gestion déficiente du service de chimiothérapie obligeant des patients à subir des traitements à 1000 kilomètres de chez eux, médecins et infirmières qui outrepasseraient leurs compétences, non-respect des normes de sécurité des patients, notamment lors du funeste écrasement d'avion survenu le 29 mars 2016, alors que l'hôpital ne disposait pas de plaquettes sanguines pour assurer l'hémostase (qui permet d'arrêter un saignement) lorsqu'il a reçu le seul survivant de l'écrasement, intimidation et harcèlement de la part de certains administrateurs...
Au bout du fil, mercredi, la pdg du CISSS, Yvette Fortier, a refusé de commenter le contenu du rapport préliminaire du comité, préférant attendre le rapport final. Elle a cependant tenu à «recentrer la situation» et à rassurer la population à l'effet qu'«aucune situation soulevée ne met en péril la qualité des services».