Les directeurs de la santé publique trouvent que déjà suffisamment de Québécois ont des problèmes associés au jeu sans qu'on y ajoute les jeux en ligne.

Les  jeux en ligne inquiètent la santé publique

Les autorités de la santé publique et Loto-Québec se sont lancées jeudi dans une guerre de chiffres au sujet des dangers liés au poker sur Internet. La société d'État ne retardera pas d'un an la mise en ligne de ses jeux d'argent comme l'ont demandé jeudi les directeurs de santé publique des 18 régions du Québec.
Se basant notamment sur une étude de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), les autorités de la santé publique affirment que le poker en ligne que s'apprête à lancer Loto-Québec créera 100 000 Québécois aux prises avec des problèmes associés aux jeux d'argent.
Selon la chercheuse Élisabeth Papineau, les sites de poker en ligne lancés par les gouvernements créent de nouveaux joueurs rassurés par la légalité, et qui se sentent protégés quant à la possibilité de toucher leurs gains.
Ainsi, 52 % des joueurs de poker sur le site du gouvernement de la Suède sont de nouveaux joueurs qui ne s'étaient jamais adonnés aux jeux d'argent en ligne auparavant, d'écrire Mme Papineau. La légalisation du jeu ne freine pas la participation, au contraire, elle génère un grand nombre de nouveaux clients, lit-on dans l'étude.
Inexact, prétend Loto-Québec, selon qui l'étude sur laquelle se base Mme Papineau ne permet pas de tirer des conclusions sur le pourcentage de nouveaux joueurs attirés par le site du gouvernement suédois. L'auteur de la recherche sur la situation en Suède avertit qu'on ne peut utiliser les résultats de son étude pour tirer des conclusions sur le pourcentage de nouveaux joueurs, affirme Marie-Claude Rivest.
Guerre de chiffres
La porte-parole de Loto-Québec dit que la société d'État a consulté des études selon lesquelles le nombre de joueurs en ligne n'a pas augmenté en Suède depuis la mise en ligne du site gouvernemental. Ils étaient 200 000 à fréquenter les sites illégaux, et le pays compte toujours le même nombre d'adeptes du poker en ligne.
Loto-Québec va plus loin en affirmant que le taux de prévalence du nombre de joueurs pathologiques est demeuré le même en Suède, malgré la création du site gouvernemental, soit 0,6 %. Pour sa part, la chercheuse de l'INSPQ affirme que l'analyse de 20 études de prévalence permet d'affirmer que les joueurs en ligne ont trois ou quatre fois plus de risques de développer un problème avec le jeu, comparativement à ceux qui jouent en salle.
Malgré la contestation, Mme Papineau maintient ses données basées sur un article scientifique, affirme-t-elle. «Quand le jeu en ligne devient légal, le nombre de joueurs augmente.»
Les autorités de la santé publique souhaitent un moratoire d'un an afin d'avoir le temps de créer un comité d'experts indépendants pour étudier les impacts potentiels, lancer des campagnes de prévention, et mener des études pour trouver les moyens efficaces pour empêcher la participation des mineurs.
Les directeurs de santé publique citent une étude américaine selon laquelle chaque bénéfice de 1 $ coûte 6 $ à la société. Selon la Canada Tax Foundation, chaque joueur pathologique entraîne annuellement des coûts sociaux de 56 000 $.