Véronik Sicard, doctorante en kinésiologie à l'Université de Montréal, a étudié le phénomène des commotions cérébrales chez les athlètes, comparant les effets de celles-ci sur les femmes et les hommes.

Les commotions pires pour les femmes?

Véronik Sicard était devant un beau petit problème. La doctorante en kinésiologie à l'Université de Montréal savait que les femmes qui subissent une commotion cérébrale rapportent plus de symptômes que les hommes. Mais elle savait aussi que les athlètes féminines rapportent plus de symptômes de toutes sortes avant que leur saison ne débute. Alors il pouvait s'agir d'un simple biais socioculturel...
En outre, s'inquiétait-elle lors d'une présentation cette semaine au congrès de l'ACFAS, «classiquement, les symptômes se résorbent dans les 7 à 10 jours suivant la commotion, mais plus en plus d'études montrent des effets à long terme, plus de six mois après l'impact, surtout dans les fonctions mentales de plus haut niveau». Or si quelques études avaient comparé les symptômes des hommes et des femmes au cours des premiers jours, aucune ne l'avait jamais fait à plus long terme.
Pour en avoir le coeur net, elle a recruté 196 athlètes universitaires - à parts égales des hommes et des femmes qui avaient subi (ou non) une commotion cérébrale dans les six mois à cinq ans précédents - pratiquant des sports où les deux sexes sont représentés, comme le rugby et le soccer, et à l'exclusion de disciplines comme le football. Et elle leur a fait passer une batterie de tests psychométriques pour mesurer leurs capacités cognitives.
Résultat : pour les tests les plus faciles, comme de présenter un paquet de cartes au participant et de lui demander de peser sur un bouton aussitôt qu'une carte se retournait, Mme Sicard n'a constaté aucune différence entre ses groupes. Mais pour la tâche la plus ardue du lot, dans laquelle les participants devaient dire si la carte qui venait de se retourner était identique à l'avant-dernière, les femmes qui avaient déjà subi une commotion ont mis en moyenne environ une seconde complète avant de répondre, contre 0,6 seconde pour les hommes «commotionnés».
En soi, ce n'était pas particulièrement étonnant puisque les hommes ont souvent tendance à répondre plus rapidement (en se trompant plus) que les femmes dans ce genre de tâche. Mais la différence mesurée par Mme Sicard était significativement plus forte que cette tendance générale.
Ajoutons que ceux, tous sexes confondus, qui avaient subi au moins une commotion dans le passé ont donné la mauvaise réponse un peu plus souvent que les autres dans l'étude de Mme Sicard, mais seulement par de faibles marges «de quelques pourcent, ce n'est pas suffisant pour avoir un impact dans leur vie de tous les jours».
Ces écarts peuvent être minces et ne sont pas, à eux seuls, une preuve formelle que les cerveaux masculins et féminins ne réagissent pas de la même manière aux chocs violents, il n'en reste pas moins qu'ils viennent s'ajouter à d'autres études qui ont trouvé que dans les jours suivant une commotion, le temps de réaction des femmes est plus ralenti que celui des hommes. En outre, on observe chez les athlètes féminines des problèmes (à court terme) de mémoire visuelle qu'on ne voit pas chez les hommes.
Plus d'athlètes féminines
La question se pose, donc, d'autant plus qu'«il y a eu une grande augmentation du nombre d'athlètes féminines de haut niveau ces dernières années. Mais malheureusement, la plupart des recherches sur les commotions sont faites sur des athlètes masculins. [...] Et présentement, en clinique, on traite les hommes et les femmes de la même façon», a indiqué Mme Sicard.
Notons que parmi les mécanismes qui pourraient expliquer une sensibilité accrue des femmes aux commotions, des différences hormonales pourraient entrer en ligne de compte, mais aussi le fait que les femmes ont moins de force dans le cou que les hommes, si bien qu'à impacts égaux, leur tête bougerait donc plus violemment. Mais ce ne sont là pour l'instant que des hypothèses.