Incapable de répondre aux exigences du programme de superclinique, le Centre médical de Charlesbourg a dû fermer sa portion réseau le 1er novembre dernier.

Les cliniques-réseau perdent leur financement

Les cliniques-réseau qui ne se sont pas transformées en supercliniques ne reçoivent plus de financement depuis le 31 mars, a confirmé au Soleil le ministère de la Santé, qui avait donné deux ans à ces cliniques pour adhérer au programme.

Sur les 53 cliniques-réseau qu’il y avait au Québec en 2016, seulement 27 sont devenues des supercliniques, et 14 sont en processus de le devenir (mais ne reçoivent plus de financement comme cliniques-réseau), a indiqué une porte-parole du ministère de la Santé, Noémie Vanheuverzwijn. Les 12 autres ne sont plus cliniques-réseau, c’est-à-dire qu’elles n’offrent plus de sans rendez-vous à la clientèle orpheline.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a promis d’ici la fin de l’année la création de 50 supercliniques, qui doivent notamment offrir des heures d’ouverture étendues à toute la population, avec ou sans médecin de famille (ouverture sept jours, sept soirs, pour un total de 84 heures par semaine). Au 9 avril, 33 supercliniques avaient été annoncées. 

Dans la région de Québec, la Clinique médicale Val-Bélair offre encore un service de sans rendez-vous à la clientèle orpheline, mais elle ne reçoit plus de financement depuis le 31 mars. Aux dernières nouvelles, la clinique tentait toujours d’obtenir l’arrivée de nouveaux médecins pour pouvoir répondre à l’exigence des heures étendues du programme de superclinique.

Toujours à Québec, trois cliniques-réseau ont dû fermer leur sans rendez-vous à la clientèle non inscrite au cours des derniers mois. Incapables de répondre aux exigences du programme de superclinique, la Clinique médicale Pierre-Bertrand et le Centre médical de Charlesbourg ont dû fermer leur portion réseau le 1er avril 2017 et le 1er novembre dernier respectivement. 

Dans le secteur de Beauport, la transformation de la Clinique médicale des Promenades en superclinique en novembre dernier a mené à la fermeture d’un autre sans rendez-vous aux patients orphelins, celui de la Clinique médicale Giffard, située elle aussi dans le centre commercial des Promenades Beauport. 

Un autre service de sans rendez-vous, celui du CLSC Haute-Ville, a également fermé ses portes à la clientèle orpheline en mars 2017. 

Aucune dérogation

À Laval, seulement deux des six supercliniques sont ouvertes 84 heures par semaine, les quatre autres n’étant ouvertes que 76 heures. Le genre de dérogation qu’aurait bien voulu avoir le Centre médical de Charlesbourg.

«On a tenté à Charlesbourg d’avoir une entente particulière, de diminuer nos heures d’ouverture ou de faire des partenariats avec d’autres cliniques le temps de recruter des médecins, mais cela ne nous a pas été autorisé», a signalé au Soleil le président-directeur général du Centre médical de Charlesbourg, Éric Caron. 

Au ministère de la Santé, on assure que toutes les supercliniques de toutes les régions sont traitées de façon équitable. «La région de Laval est la seule dérogation autorisée, dans le contexte du déploiement d’un nouveau système en rodage [le projet-pilote Rendez-vous santé Québec]. Il est prévu que ces supercliniques atteignent une prestation de service conforme au programme», assure Noémie Vanheuverzwijn. 

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MACLINIQUE LEBOURGNEUF VICTIME DE SON SUCCÈS

Victime de son succès, la superclinique de MAclinique Lebourgneuf, qui a drainé plusieurs ressources médicales de la région au détriment d’autres cliniques en manque de médecins, continue de fermer temporairement les portes de son urgence mineure en plein jour, parfois aussi tôt qu’en matinée. 

Alors qu’elle doit en principe être ouverte de 8h à 22h sept jours sur sept, il n’est pas rare que la superclinique du boulevard Lebourgneuf, annoncée en grande pompe par le ministre Gaétan Barrette en mai 2017, ferme temporairement les portes de son sans rendez-vous lorsque le délai d’attente pour voir l’infirmière est trop long en raison d’une trop grande affluence. 

Vendredi matin, un patient a dû rebrousser chemin vers 10h15 après avoir vu un écriteau annonçant un délai de deux heures d’attente pour voir une infirmière et invitant les gens à ne pas entrer. Il a dû se rendre à l’urgence de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, où on lui a diagnostiqué une phlébite superficielle.

René et Martin Parent ont également dû se rabattre sur l’urgence d’un hôpital le 22 mars après s’être butés eux aussi contre une porte barrée aussi tôt qu’à 9h le matin. «Fermé temporairement. Délai d’attente important. Ne pas entrer!» disait l’affiche. «On nous avait recommandé d’aller à MAclinique plutôt que d’aller engorger l’urgence», soupire René Parent, qui a écrit à son député, le libéral Patrick Huot, pour dénoncer la situation.

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on affirme ne pas avoir d’indications à l’effet que la superclinique ne respecterait pas ses engagements. «Ses chiffres de fréquentation sont très élevés. Elle voir un très grand nombre de patients», a assuré la porte-parole Karine Primard, qui croit que la superclinique est tout simplement «victime de son succès». 

Selon elle, il est possible que la population ne connaisse pas suffisamment l’offre de sans rendez-vous à Québec. Elle rappelle qu’il y a d’autres supercliniques accessibles aux patients avec ou sans médecin de famille (La Cité médicale, la Clinique Saint-Louis, Proactive Santé, des Promenades et le Centre médical Le Mesnil). 

Au cabinet du ministre Gaétan Barrette on a réitéré au Soleil lundi que «si les supercliniques débordent, c’est la preuve qu’elles fonctionnent». «Nous nous assurerons que MAclinique respecte le cadre auquel elle est soumise», a déclaré l’attaché de presse du ministre, Catherine W. Audet.