Le nouveau président-directeur général du CHU de Québec, Martin Beaumont, veut un centre hospitalier performant, avec de moins longs délais d’attente et une meilleure rétention d’employés.

Les cinq «obsessions» du nouveau patron du CHU de Québec

À la tête du CHU de Québec depuis maintenant quatre mois, Martin Beaumont a rencontré les médias pour la première fois mercredi pour présenter sa vision d’avenir du plus important centre hospitalier universitaire de la province. Outre la poursuite du chantier du méga-hôpital, qui sera livré dans les délais et sans dépassement de coûts, promet-il, M. Beaumont a identifié quatre priorités, ou «zones d’obsession», pour reprendre son expression. Parmi elles : la qualité de vie du personnel, qui passe notamment par l’abolition du temps supplémentaire obligatoire (TSO).

«Aujourd’hui [mercredi], il y a quatre TSO. C’est encore quatre de trop», estime le nouveau président-directeur général du CHU de Québec, inhalothérapeute de profession, ambulancier de formation et doctorant en santé publique. 

Pour celui qui se décrit comme quelqu’un de «très transparent», il est clair que son organisation, qui regroupe cinq hôpitaux (CHUL, Saint-François d’Assise, Hôtel-Dieu de Québec, Saint-Sacrement et Enfant-Jésus), peut et doit faire mieux en termes de planification des horaires et d’organisation du travail. Voir des infirmières quitter la profession après cinq ans de pratique, ce n’est pas normal, dit-il.

Selon l’ancien pdg du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, qui a aussi travaillé sept ans pour l’organisme d’évaluation des services de santé Agrément Canada, l’amélioration de la qualité de vie du personnel passe moins par le recrutement de nouveaux employés que par la capacité de retenir ceux-ci. «On a un bilan positif de recrutement [environ 1500 entrées pour 1400 départs, surtout à la retraite], mais il faut se pencher sur la rétention. Cette année, on a déplacé notre énergie sur comment être un meilleur employeur», explique M. Beaumont.

Il n’empêche, «si j’ai 300 infirmières et 250 préposés aux bénéficiaires qui viennent cogner à ma porte demain matin, je les embaucherais», calcule le pdg du CHU de Québec.

Dans l’optique de devenir un meilleur employeur, le CHU de Québec a lancé il y a trois semaines le projet «Ensemble en mode solution», qui se veut une campagne de consultation du personnel, indique Martin Beaumont. Selon lui, «ce que veulent nos travailleurs, c’est de la stabilité et de la prévisibilité». 

Accès aux services

Autre priorité fixée par Martin Beaumont : améliorer l’accès en diminuant les délais d’attente. Le CHU de Québec s’affaire actuellement à épurer ses listes d’attentes, à éliminer les doublons, «pour que ce soit de vraies listes d’attente». «En scopie, par exemple, 21 % de nos listes d’attente étaient des doublons», illustre-t-il.

Une fois le ménage fait, les délais d’attente pour chaque service ou spécialité seront rendus publics «de façon à envoyer le patient au bon endroit pour qu’il passe le plus vite possible». Les listes d’attentes seront accessibles au public à partir de septembre prochain, précise M. Beaumont. Selon lui, «il y a encore des secteurs névralgiques», dont l’orthopédie et l’ophtalmologie (premier rendez-vous). 

Chirurgies

En chirurgie (autre qu’oncologique), il ne resterait que deux patients en attente depuis plus d’un an, mais «ce sont des cas où il y a des raisons personnelles ou médicales qui entrent en ligne de compte». «On a rehaussé la barre : on ne veut pas que les patients attendent plus de six mois pour une chirurgie», dit M. Beaumont. 

Pour ce qui est des chirurgies oncologiques, la règle veut que 90 % des patients soient opérés dans un délai de 28 jours, et que 95 % le soient dans un délai de 56 jours. Le CHU de Québec affiche actuellement des taux de 68 % et de 93 % respectivement. 


« Si j’ai 300 infirmières et 250 préposés aux bénéficiaires qui viennent cogner à ma porte demain matin, je les embaucherais »
Martin Beaumont, président-directeur général du CHU de Québec

Une bonne chose, le projet-pilote de chirurgies au privé de l’ancien ministre Gaétan Barrette, qui vise à comparer les coûts public-privé et à désengorger les listes d’attente? «J’ai hâte de voir les résultats. Il n’y a pas de chirurgies longues là-dedans [au privé], ce sont des petites chirurgies de niveau 1 et 2. J’ai hâte de voir ce que le rapport va dire en termes de coûts unitaires, de voir comment ça a été calculé, comment ils sont arrivés à dire que c’était performant ou pas. […] Si ces partenariats-là peuvent générer de l’efficacité, de l’efficience, tant mieux, mais il faut se rappeler que les ressources sont limitées partout. Il va falloir prêter une oreille attentive à l’allocation des ressources dans cette pratique-là», analyse Martin Beaumont.

La performance du CHU de Québec fait partie des «zones d’obsession» de M. Beaumont. «On est extrêmement performant au CHU de Québec», affirme le gestionnaire, qui a aussi identifié la pertinence des soins comme priorité.

Nouveaux médicaments 

Le nouveau pdg du CHU de Québec dit se soucier beaucoup des prix des nouvelles molécules «qui coûtent cher», comme le Spinraza, destiné aux personnes atteintes d’amyotrophie spinale. 

«Un traitement, c’est un million $. Ensuite, c’est 300 000 $ par année, à vie. Actuellement, on a 23 enfants et 25 adultes qui attendent le traitement. Ça coûte cher. On [la nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann] a accepté ce médicament, on a fait ce choix de société, mais moi, comme gestionnaire d’hôpitaux, j’ai des représentations à faire [au ministère]. Je ne veux pas affecter mon budget d’opération pour financer cette molécule-là», expose Martin Beaumont.

Recrutement à l’international

Certaines spécialités ou surspécialités manquent au CHU de Québec, note par ailleurs M. Beaumont : la physiatrie, la génétique, «une spécialité importante, notamment pour les maladies rares pédiatriques» et l’hémato-oncologie pédiatrique. «Il nous manque quatre ou cinq hémato-oncologues pédiatriques. C’est une surspécialité et c’est dur à recruter», explique Martin Beaumont, précisant que le CHU de Québec a dû faire appel à d’autres hôpitaux pour répondre aux besoins. 

Tant pour la génétique et la physiatrie que pour l’hémato-oncologie, le CHU de Québec est en mode «recrutement agressif». «Il faut aller à l’international, et l’immigration, c’est complexe», dit M. Beaumont. 

Tarif des stationnements

À propos de l’engagement du gouvernement caquiste de réduire le tarif des stationnements des hôpitaux, Martin Beaumont a eu cette réflexion : «Je suis conscient que c’est cher, mais il y a un équilibre d’offre et de demande qu’il va falloir respecter. Si on réduit le tarif pour se stationner à l’hôpital, et que ça a pour effet que le stationnement se remplit de voitures de gens qui ne sont pas des patients du CHU [parce que ça coûterait moins cher qu’à côté], le problème pourrait être pire.»