Les ambulanciers se défendent de faire une campagne de peur

Les ambulanciers de la région de Québec se défendent d’affoler la population en dévoilant des cas de décès qui seraient liés à un manque d’effectifs sur les routes. Ils disent plutôt vouloir mobiliser les citoyens autour d’un enjeu de sécurité publique.

Les représentants de l’Association des travailleurs du préhospitalier (ATPH-CSN) ont été piqués au vif, vendredi, en lisant le communiqué de presse émis en fin d’après-midi par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette.

«Il est dommage que certaines situations soient rapportées de manière à discréditer l’organisation des services ou à inquiéter la population», déclarait notamment le ministre dans sa missive.

M. Barrette faisait référence aux sorties coup sur coup de l’ATPH-CSN et de la Fédération des employés du préhospitalier du Québec. Les syndicats ont dévoilé, jeudi et vendredi, deux cas de décès survenus à Québec pour lesquels le manque d’effectifs aurait joué un rôle.

«On ne veut pas que les gens paniquent. […] On veut qu’ils soient alertes et qu’eux aussi soient capables d’interpeler le ministre», a rétorqué samedi Frédéric Maheux, président de l’ATPH-CSN, qui représente 330 paramédics de la région. «Les deux cas récents de décès ne sont que la pointe de l’iceberg», a répété M. Maheux, qui qualifie la situation actuelle d’«inacceptable et dangereuse». 

Bataille de faits 

Les parties se livrent également une bataille de faits concernant un décès survenu dans la nuit de vendredi. Un appel est entré au 9-1-1 à 1h26, provenant de Val-Bélair, et a d’abord été classé comme priorité 3 (le moins urgent sur une échelle de 3 à 1). À 1h34, l’appel a été reclassé priorité 1 après un arrêt cardio-respiratoire du patient et une ambulance est arrivée sur les lieux cinq minutes plus tard. Le ministre Barrette affirme que le délai respectait les normes. 

Les ambulanciers répliquent que le compteur «ne retombe pas à zéro» lors d’un changement de priorité et que c’est le temps total dès l’entrée du premier appel qui doit primer. «On manipule les chiffres ici. S’il y avait eu assez de véhicules sur le terrain, nous serions arrivés avant que l’état du patient ne se détériore parce que le point stratégique [voir texte plus bas] le plus proche aurait été couvert, ce qui n’était pas le cas», a déploré M. Maheux.

Le ministre a aussi soulevé que quatre ambulances étaient disponibles au moment de l’appel. Le syndicat affirme pour sa part que seulement deux véhicules étaient prêts à agir et que deux autres étaient en «pause-repas». Ils ne pouvaient donc être inclus parmi les effectifs «de premier plan car il y a des délais pour les faire intervenir». «Soit le ministre est mal informé, soit il tord la vérité.»

Les syndicats rejettent également une «insinuation» du Dr. Barrette à savoir que leurs sorties se faisaient dans le cadre d’actuelles négociations de leurs conventions collectives. «C’est un enjeu qui revient de façon périodique depuis 2003!» a rétorqué M. Maheux. 

Ce dernier se défend d’instrumentaliser des décès. Le représentant syndical assure que tout est fait pour protéger l’identité des défunts et que des vérifications ont été faites avec des avocats.

Les ambulanciers de Québec réclament une dizaine de véhicules supplémentaires. Il y a présentement un total de 37 unités sur le territoire.  

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Six points stratégiques

Selon les explications de l’Association des travailleurs préhospitaliers, il existe six points stratégiques sur le territoire de la ville de Québec afin de desservir la population le plus rapidement possible. Le manque d’effectifs ferait en sorte que ces six points n’ont pas toujours une ambulance sur place prête à intervenir. Selon le syndicat, il est très rare que tous les points soient comblés et beaucoup moins rare qu’aucun ne soit couvert. Dès qu’une unité est libre, elle devrait normalement se rapporter au point stratégique le plus prioritaire, dont voici l’ordre: 

1. Vanier – Intersection Hamel/Soumande

2 ou 3 (même priorité). Beauport – Secteur de la rue Clémenceau et Ste-Foy – Robert-Bourassa/Chemin Ste-Foy

4. Loretteville – L’Ormière/Chauveau

5. Charlesbourg – 1ère Avenue/41e Rue

6. Haute-Ville – Carré D’Youville