Un recours collectif a été intenté contre la Direction de santé publique et la Centrale des syndicats du Québec, copropriétaire de Place Jacques-Cartier, dont les tours de refroidissement sont à l'origine de l'éclosion mortelle de l'été 2012.

Légionellose:  «On n'est pas 100 % à l'abri»

Plus de quatre ans après l'éclosion de légionellose ayant fait 14 morts à Québec, et malgré la réglementation mise en place depuis, le risque qu'une nouvelle épidémie éclate est toujours bien présent, selon l'expert Jean-Jacques Drieux.
«L'éclosion peut arriver à nouveau. On n'est pas 100 % à l'abri», laisse entendre le vice-président innovation et développement durable chez Magnus, une entreprise québécoise spécialisée dans le traitement des eaux. À ses yeux, le règlement imposé aux propriétaires d'immeubles munis d'une tour de refroidissement à l'eau depuis 2014 est tout simplement trop permissif. «Si vous prenez d'autres pays comme la France, la réglementation y est 10 fois plus sévère en termes de seuils.»
Le règlement québécois indique que des mesures de décontamination d'urgence doivent être mises en place lorsque la concentration en Legionella pneumophila dépasse le million d'unités formatrices de colonies par litre d'eau. En France, les mêmes mesures doivent être mises en place lorsqu'une analyse de l'eau indique 100 000 unités formatrices de colonies par litre d'eau.
M. Drieux considère que le règlement, élaboré dans la foulée des quelque 200 cas de légionellose répertoriés à Québec durant l'été 2012, n'est qu'un «premier pas». «Il fallait agir rapidement, donc une première réglementation a été développée», croit-il. Deux ans plus tard, la Régie du bâtiment devrait selon lui se faire plus sévère.
«On voit beaucoup de monde qui, même avec des manuels d'entretien [des tours de refroidissement], ne suivent pas les instructions sur le terrain. Les gens qui s'en occupent ne sont pas toujours formés», déplore Jean-Jacques Drieux. «Les choses ont changé, mais c'est pas encore la panacée.»
Le plus grand enjeu
Il laisse par ailleurs entendre que des propriétaires d'immeubles omettraient encore aujourd'hui d'inscrire leur tour de refroidissement au registre tenu depuis 2013 par la Régie du bâtiment. «Certains peuvent dire qu'ils n'étaient pas au courant [de la réglementation], mais j'ai de la misère à les croire», dit-il.
La Régie du bâtiment oblige les propriétaires à fournir chaque mois un échantillon d'eau provenant de leur tour de refroidissement. Chaque échantillon est testé par un laboratoire accrédité afin de déterminer la concentration en bactérie Legionella pneumophila, responsable de la légionellose.
D'après Patrick D. Paquette, président de l'Association des microbiologistes du Québec, les tours de refroidissement à l'eau constituent le plus grand enjeu de santé publique lié à la propagation de la bactérie Legionella pneumophila. «C'est à partir de ces tours-là que la bactérie va vraiment se répandre dans l'environnement.»
Tout près de 200 cas de légionelloses ont été répertoriés à l'été 2012 par la Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale. Quatorze personnes en sont mortes. Un recours collectif a d'ailleurs été intenté contre la Direction de santé publique et la Centrale des syndicats du Québec, copropriétaire de Place Jacques-Cartier, dont les tours de refroidissement sont à l'origine de l'éclosion mortelle.
Mentionnons qu'il existe une forme bénigne et une forme maligne de légionellose. La première, la fièvre de Pontiac, provoque des symptômes s'apparentant à ceux de la grippe, alors que la plus grave, la maladie du légionnaire, est une forme grave de pneumonie.
Il n'a pas été possible de joindre la Régie du bâtiment en fin de semaine.
Des spécialistes en tours de refroidissement sur les bancs d'école
Une toute nouvelle formation spécialisée portant sur les tours de refroidissement à l'eau a récemment fait ses huit premiers diplômés au Québec. Parmi eux, le chimiste Marc-André Huberdeau croit que le programme devrait être rendu obligatoire pour pouvoir effectuer l'entretien d'un tel équipement.
«Cette formation-là, ça devrait être un must», lance M. Huberdeau, chimiste et hygiéniste industriel chez MHV Services d'hygiène industrielle inc. Même son de cloche de la part de Jean-Jacques Drieux, vice-président innovation et développement durable chez Magnus. «Ça devrait être suivi par toutes les personnes qui, dans leur métier, touchent de près ou de loin aux tours de refroidissement. [...] C'est pas sur les bancs d'école que vous allez apprendre ça.»
Développé par l'Ordre des chimistes du Québec (OCQ) et l'Association des microbiologistes du Québec (AMQ), le cours intensif de deux journées et demie vise à «appuyer les microbiologistes et les chimistes impliqués, ou qui le seront éventuellement, dans le domaine des programmes d'entretien des tours de refroidissement à l'eau et dans l'application de la réglementation de la Régie du bâtiment sur ce sujet», indique Patrick D. Paquette, président de l'AMQ.
C'est qu'avec la mise sur pied, en 2014, d'un nouveau règlement sur les tours de refroidissement, la responsabilité de l'entretien desdites tours revient à un «professionnel compétent», explique M. Paquette. Mais rien ne précise ce que constitue un professionnel compétent, ajoute-t-il.
«Là où nos membres, autant microbiologistes que chimistes, exprimaient des réserves, c'est qu'ils se disaient: "Oui, la réglementation de la Régie du bâtiment est forte, mais nous, en tant que professionnels, on a besoin d'aide pour appliquer cette réglementation-là"», indique M. Paquette.
Le règlement émis par la Gazette officielle du Québec le 28 mai 2014 stipule que «le programme d'entretien doit être élaboré et signé par un ou plusieurs membres d'un ordre professionnel selon leur champ d'exercices et dont les activités sont reliées au domaine de l'installation de tour de refroidissement à l'eau».
Une «plus-value»
Malgré la «plus-value» que peut constituer sur le marché une certification de formation spécialisée sur les tours de refroidissement à l'eau, Marc-André Huberdeau ne pense pas charger plus cher à ses clients pour des services réalisés sur cet équipement. Il ne nie toutefois pas que d'autres pourraient le faire.
La formation, qui aborde les aspects structurels, microbiologiques et chimiques des tours de refroidissement, est réservée aux membres de l'AMQ et de l'OCQ, mais les ingénieurs civils et les technologues professionnels spécialisés dans le domaine peuvent également s'y inscrire.
Huit personnes ont obtenu le certificat de formation spécialisée jusqu'à maintenant. Deux autres cohortes de 20 personnes participeront à la formation au début de 2017.