Les tours de refroidissement du Complexe Jacques-Cartier, dans le quartier Saint-Roch, ont été identifiées comme responsables de l'épidémie de légionellose ayant fait 13 morts l'été dernier à Québec.

Légionellose à Québec: un an après, le risque persiste

C'était l'été dernier, il y a un an : la Santé publique, la Régie du bâtiment, la mairie, toutes les autorités se débattaient, à la recherche du système de ventilation responsable de l'épidémie de légionellose qui a tué 13 personnes à Québec. Personne ne savait où investiguer, encore moins combien il y avait de tours de refroidissement à l'eau pouvant projeter le mal dans l'air. Nous avons maintenant un portrait plus précis de la menace.
Seulement dans le périmètre meurtrier, au centre-ville, on dénombre plus de 130 tours; sur tout le territoire de la capitale, on en compte au moins 180, quelque 1700 au Québec, a constaté Le Soleil. Impossible toutefois de savoir si le tableau est complet ni si elles sont toutes bien entretenues.
La Régie du bâtiment du Québec (RBQ) n'est pas en mesure de certifier qu'elle détient la localisation de l'ensemble des installations. Elle ne peut pas plus révéler si certaines de ces tours sont mal nettoyées, voire contaminées : «Ce ne sont pas des informations qu'on a», répond le porte-parole, Sylvain Lamothe. «Nous, on ne fait pas une analyse ou une inspection. [...] Lorsqu'il y a une visite par les inspecteurs, il y a une vérification, mais c'est une vérification sommaire, c'est-à-dire visuelle, de l'équipement, mais ce n'est pas une analyse approfondie.»
L'organisme public peut cependant s'appuyer sur un règlement entré en vigueur il y a deux mois qui rejette toute la responsabilité sur les propriétaires des immeubles. Ceux-ci doivent maintenant déclarer les équipements et mettre en place un programme de conservation. Une fois les tours de refroidissement à l'eau dénoncées, il appartient cependant aux inspecteurs de la RBQ de se rendre sur place pour s'assurer que le gestionnaire a vraiment un plan d'entretien approuvé par un expert.
Voilà qui garantit qu'il n'y aura plus d'éclosion de légionellose? «Le règlement ne garantit rien. [...] Un règlement ne garantit jamais qu'il sera respecté», convient M. Lamothe. Des automobilistes roulent à 140 km/h sur les autoroutes, souligne-t-il. Les normes implantées viennent toutefois créer l'obligation pour le propriétaire de bichonner sa tour, un pas en avant.
Vrai que nous ne serons jamais totalement à l'abri d'une nouvelle propagation de la bactérie, admet Justine Duchesne, agente d'information pour l'Agence de la santé et des services sociaux de la Capitale-Nationale, qui chapeaute la Direction régionale de la santé publique. «Mais, si les propriétaires suivent les recommandations, normalement il n'y aura pas de légionelle envoyée dans l'air.»
Retardataires
Le 12 mai, date d'entrée en vigueur du nouveau règlement, seuls quelque 200 propriétaires s'y étaient conformés, révélait Le Soleil. Dans des documents reçus à la suite d'une requête logée en vertu de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, on constate que les retardataires se sont depuis précipités. Des centaines de systèmes de ventilation sont dénombrés. Au dernier décompte, près de 1700 tours ont été identifiées au Québec, confirme Sylvain Lamothe, de la RBQ.
Dans le rapport de la Direction régionale de la santé publique de la Capitale-Nationale sur l'éclosion de légionellose de l'été 2012, on expliquait que la légionelle est une bactérie proliférant dans les eaux stagnantes et chaudes, dont celles des chauffe-eau, des spas, des fontaines décoratives et des tours de refroidissement à l'eau. Elle peut infecter les humains lorsqu'elle est projetée dans de fines particules d'eau qui seront inhalées.
Éclosion de l'été dernier
Du 18 juillet 2012 au 13 septembre 2012, 181 cas de légionellose avaient été soumis à la Santé publique; 13 personnes ont succombé. Il s'agit d'une «des plus importantes éclosions de légionellose décrites à l'échelle internationale», selon le document.
Rappelons que l'édifice de la Centrale des syndicats du Québec avait été identifié comme source de la bactérie. En fait, les tours de refroidissement boulonnées au toit du Complexe Jacques-Cartier de la rue Saint-Joseph Est, siège de la CSQ, ont été jugées coupables par la Santé publique.
Souvenons-nous des propos du secrétaire-trésorier de l'organisation, Daniel B. Lafrenière, en marge de l'enquête du coroner sur les 13 morts de l'épidémie de l'été dernier : «On avait des programmes d'entretien. On suivait les recommandations du manufacturier.» Des tests pour détecter la présence de la bactérie responsable de la légionellose n'étaient toutefois pas réalisés par son sous-traitant, a plaidé le syndicat.
Dans la réglementation en vigueur aujourd'hui, il appartient encore au gestionnaire et à ses experts d'appliquer le plan d'entretien.