François J. Coutu n'exclut pas des poursuites contre Gaétan Barrette, qui l'accuse d'être à l'origine d'un enregistrement sensible liés aux négos entre les pharmaciens et Québec.

Le torchon brûle entre François Coutu et Gaétan Barrette

Le président de Groupe Jean Coutu (GJC), François J. Coutu, contredit le ministre Gaétan Barrette et nie formellement être à l'origine d'un enregistrement sensible lié aux négociations entre les pharmaciens et Québec. «On regarde tous les recours», dit-il.
L'enjeu des allocations professionnelles des pharmaciens est au coeur d'un différend avec le ministère de la Santé. Le ministre Barrette estime à 23 % le niveau de ristournes que les pharmaciens ont besoin d'obtenir des compagnies pharmaceutiques pour obtenir satisfaction. Ce chiffre a été prononcé dans un enregistrement fait en douce lors d'une assemblée de l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), à l'été 2015. 
«Celui qui a enregistré ça, c'est Jean Coutu fils lui-même, a dit le ministre Barrette en entrevue au Soleil, la semaine dernière. C'est assez amusant. Il était dans la salle. Vingt-trois pour cent, il l'a enregistré.»
«Totalement faux»
Mais M. Coutu nie avec véhémence être l'auteur de l'enregistrement. «C'est totalement faux, assure la vice-présidente de GJC, Hélène Bisson. François Coutu n'a rien enregistré. On aimerait bien connaître la source de cette information-là du ministre Barrette parce que c'est faux.»
Le patron de GJC n'entend pas laisser l'affirmation du ministre lettre morte. Il est en train d'étudier «tous les recours possible». Une poursuite? «On regarde ce qu'on peut faire, affirme Mme Bisson. Il y a eu une déferlante sur les réseaux sociaux. Ce n'est pas passé inaperçu auprès des pharmaciens. On veut vraiment aller au fond des choses et comprendre d'où vient cette phrase-là.»
À l'Association des pharmaciens propriétaires, on confirme que l'histoire a piqué au vif plusieurs membres. Beaucoup n'ont pas apprécié que les conversations à huis clos soient enregistrées. D'autant plus que le chiffre de 23 % utilisé par le ministre a été sorti de son contexte et ne correspond pas au niveau de ristournes que nécessite l'industrie, affirme Julie Gauthier, de l'AQPP.
Possible durcissement de la loi 20: encore des menaces et de l'intimidation, disent les médecins
La réflexion de Gaétan Barrette sur un éventuel durcissement de sa loi 20 découle de son approche typique de menace et d'intimidation, estiment les fédérations de médecins. 
«Ce n'est pas une façon de gérer un système comme le réseau de la santé, a affirmé lundi le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ). C'est toujours sous-entendre que la très grande majorité des médecins ne font pas les tâches qu'ils ont besoin de faire et que l'on doit leur imposer.»
Un constat similaire à la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ). «Encore une fois, le ministre choisit l'attaque plutôt que la collaboration, a fait savoir par courriel la Dre Diane Francoeur, présidente. C'est son mode de fonctionnement depuis qu'il est en poste. Il a décidé de mettre le feu au système de santé, et ça, il le réussit un peu plus chaque jour. Tous les acteurs du réseau peuvent en témoigner.»
En entrevue au Soleil, le ministre de la Santé a indiqué qu'il envisage de donner davantage de muscle à sa loi 20 si elle n'améliore pas suffisamment la productivité des médecins. «Si je fais ça, ça va ruer dans les brancards, a-t-il affirmé. Ça va être le lèse-majesté total.»
Le ministre a notamment soutenu que les médecins prennent en moyenne 12 semaines de vacances par année. Une affirmation qui a fait bondir le président de la FMOQ. «On peut toujours me relever un cas ici et là, mais en général, les médecins de famille, ça ne prend pas 12 semaines de vacances, réplique le Dr Godin. [...] Mais ça fait encore partie des affirmations sensationnelles du ministre où on a l'impression que les médecins ne travaillent pas.» 
Il trouve paradoxal que le ministre se vante que le nombre de Québécois ayant un médecin de famille augmente mais qu'il continue à dénigrer leur productivité. «Je ne vous cacherai pas que j'ai de la misère à voir où va le ministre, poursuit le Dr Godin. J'ai signé une entente comme président de la fédération avec le ministre pour faire abroger la loi 20 si on atteignait des cibles. [...] J'ose croire qu'il est encore d'accord avec ce qu'il a signé.»