Chantal Bessette est en croisade pour l’élargissement des critères d’admissibilité de l’AMM depuis la mort de son père, Yves Bessette, qui s’est suicidé à défaut d’avoir droit à l’AMM.

Le suicide à défaut de l’aide médicale à mourir

Les souffrances causées par la dystrophie musculaire étaient devenues invivables et la détérioration de sa qualité de vie lui était insupportable. Après une première tentative de suicide en août 2018, Yves Bessette décide de faire une demande d’aide médicale à mourir (AMM). Les intervenants confirment que l’homme de 70 ans est lucide et pas dépressif. Accompagné de ses proches, M. Bessette détermine ses dernières volontés, planifie sereinement sa fin de vie. Mais en septembre, le médecin lui apprend qu’il n’est pas admissible à l’AMM puisqu’il n’est pas en fin de vie.

« À ce moment, mon père, très calme lui a annoncé que, de toute façon, il ne serait plus là à Noël, avec ou sans leur aide. Yves a mis un point final à ses souffrances le 11 décembre 2018, à son 4e essai et par un moyen beaucoup plus drastique, seul et dans des conditions intolérables, alors qu’il aurait pu partir dans le respect et la dignité et entouré de l’amour des siens. J’ai été privée, du même coup, de faire mes adieux à mon père dans un cadre humain », raconte Chantal Bessette, qui est en croisade pour l’élargissement des critères d’admissibilité de l’AMM depuis la mort de son père.

« Pour le médecin, l’évolution de la maladie de mon père n’était pas assez avancée pour l’amener à mourir de cause naturelle dans les 12 prochains mois. Bien que les intervenants médicaux ne contestaient pas sa souffrance, mon père n’était pas assez près d’une fin de vie naturelle pour que sa demande soit acceptée dans le contexte de la présente loi selon eux », ajoute Mme Bessette qui souhaiterait que la loi permette l’analyse, cas par cas, des demandes d’AMM.

Mme Bessette déplore que dans le contexte actuel, les médecins, qui soulageraient un patient en grandes souffrances en approuvant sa demande d’AMM, risquent d’enfreindre la loi et d’être poursuivis en justice. Comme le craignait le médecin de son père.

« Mon père était au bout du rouleau, physiquement, il n’en pouvait plus de souffrir. La forme de dystrophie musculaire, qui l’affligeait depuis ses 10 ans, gagnait du terrain et grugeait chaque jour le peu d’autonomie qui lui restait. Il refusait de devoir s’en remettre aux autres pour les petites choses du quotidien et surtout il n’était pas question de devenir un poids pour ses proches », mentionne Mme Bessette.

Une centaine de demandes rejetées

Depuis l’entrée en vigueur de la Loi, le nombre d’AMM administrées est en croissance. Entre le 10 décembre 2015 et le 31 mars 2018, 2462 demandes d’AMM ont été déposées au Québec et 1632 d’entre elles ont été administrées dont 107 par le CIUSSS de l’Estrie CHUS.

Des 1632 personnes au Québec qui ont reçu l’AMM, 87 % étaient âgées de 60 ans et plus, 78 % étaient atteintes de cancer et 90 % avaient un pronostic de six mois ou moins de vie.

Des 830 demandes d’AMM qui n’ont pas été administrées au Québec, 191 ont été refusées parce que la personne ne répondait pas aux conditions d’admissibilité, dont 32 qui étaient traitées par le CIUSSS de l’Estrie CHUS. Et dans 51 % des cas, ce qui représente 97 personnes au Québec, c’est le critère de fin de vie qui n’était pas respecté, comme dans le cas d’Yves Bessette.

La fille de M. Bessette invite la population à signer, avant le 15 juillet, la pétition en ligne sur le site de l’Assemblée nationale « Modification de la Loi concernant les soins de fin de vie relativement aux critères de fin de vie ». L’objectif est d’atteindre 10 000 signataires et au moment d’écrire ces lignes 7084 personnes avaient signé la pétition.


« Pour le médecin, l’évolution de la maladie de mon père n’était pas assez avancée pour l’amener à mourir de cause naturelle dans les 12 prochains mois. »
Chantal Bessette

« On est près de l’objectif en comptant aussi les signatures papier alors on veut mettre toutes les chances de notre côté pour que le gouvernement se penche sur notre demande d’élargissement du critère de fin de vie », insiste Mme Bessette.

Pour signer la pétition : www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-7767/index