L’organisateur communautaire Marc De Koninck a dévoilé l'emplacement du futur site d'injection supervisée jeudi.

Le site d’injection supervisée dévoilé

Le site retenu pour l’installation du service d’injection supervisée (SIS) de Québec est bel et bien celui à l’angle des rues Sainte-Marguerite et Monseigneur-Gauvreau, près des bretelles de l’autoroute Dufferin-­Montmorency, dans le quartier Saint-Roch, a confirmé jeudi le CIUSSS de la Capitale-Nationale.

L’établissement tiendra une assemblée publique le 3 juillet à 19h30 au Centre récréatif Saint-Roch. Ce sera l’occasion pour le CIUSSS de présenter le projet de SIS et d’entendre les préoccupations de la population, mais aussi de recevoir ses suggestions, a insisté en conférence de presse l’organisateur communautaire Marc De Koninck. 

Plus tard cet été, des assemblées de proximité ou de voisinage seront tenues, sur invitation, avec notamment les citoyens qui vivent près du futur SIS. Les gens d’affaires, les utilisateurs de drogue par injection (UDI), les élus, les organismes communautaires de même que «tout groupe qui en fera la demande» seront également rencontrés. Les citoyens et les organisations auront la possibilité de déposer un mémoire jusqu’au 7 septembre. 

Ce n’est qu’au terme de ce processus que les démarches auprès du ministère québécois de la Santé et de Santé Canada (demandes de financement au ministère de la Santé et demande d’exemption à Santé Canada) pourront être finalisées et que le projet pourra aller de l’avant. 

«Le plus tôt possible»

Une journée portes ouvertes au SIS est prévue, mais aucun détail sur la date de livraison du projet n’a été donné jeudi. Comme les besoins des UDI sont «urgents», l’établissement envisage d’installer en attendant une «formule intérimaire», vraisemblablement une roulotte, sur le site du futur SIS. Encore là, aucune date n’a été avancée. 

«On souhaite que ce soit le plus tôt possible», a simplement indiqué M. De Koninck. Les coûts du SIS sont également inconnus, le CIUSSS attendant la fin des démarches de consultation avant de se lancer dans cette évaluation, nous a-t-on expliqué. 

Le terrain où s’élèvera le futur SIS est désormais la propriété de la Ville de Québec. En avril, le maire Régis Labeaume avait expliqué que si le projet de SIS tardait à voir le jour, c’était notamment parce que la Ville négociait «un terrain et un bâtiment». 

Le SIS sera géré conjointement par le CIUSSS de la Capitale-Nationale et l’organisme Point de repères, connu des UDI depuis près de 30 ans, a-t-on aussi confirmé jeudi. L’immeuble à construire abritera également les locaux de la clinique de santé SPOT, destinée aux personnes marginalisées, en situation de vulnérabilité et non rejointes par l’offre de soins et services existante.

Problématique cachée

Pour le CIUSSS et Point de repères, la pertinence d’un SIS à Québec comme «réponse médicale et de santé publique à la dépendance aux drogues» ne fait aucun doute. Il est impossible de connaître le nombre exact d’UDI dans la capitale, mais on en comptait autour de 900 entre 2004 et 2010, selon un rapport du défunt Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Vieille-Capitale datant de décembre 2014. 

«C’est difficile pour nous de dire exactement combien il y en a. Les gens veulent garder l’anonymat, c’est quelque chose dont ils ne sont pas fiers. Ce n’est donc pas une problématique qu’on va voir beaucoup publiquement parce que les gens se cachent», a expliqué le directeur général de Point de repères, Mario Gagnon. Selon lui, si la problématique de l’utilisation de drogue par injection «ne déborde pas» à Québec, elle y est néanmoins bien présente. 

Pour la Dre Nathanaëlle Thériault, médecin-conseil à la Direction régionale de la santé publique du CIUSSS de la Capitale-Nationale, la preuve des bienfaits des SIS n’est plus à faire. Là où ils ont été implantés, on a noté une réduction des surdoses et des décès, une diminution des comportements à risque, des seringues à la traîne et de l’injection en public de même qu’une augmentation des références vers des services de traitement de la dépendance. Et non, les SIS n’entraînent pas une augmentation du trafic de drogue et de la criminalité, a assuré la Dre Thériault.

Labeaume satisfait

Le maire de Québec reconnaît que le sujet est sensible. Toutefois, il est satisfait du choix du lieu. «Il ne faut pas se tromper. Trois coins de rue plus loin et les clients n’iraient pas. C’est très sensible», a lancé Régis Labeaume.

Il prône maintenant pour une consultation étendue dans le temps pour rejoindre le plus de monde possible. «Je dis au CIUSSS : "Prenez votre temps. Rendez-vous à l’automne. Parlez à tout le monde. Il faut dédramatiser"», soutient-il.

Avant même les consultations, il lance une piste de réflexion à ceux qui pourraient s’opposer au projet. «Mieux vaut les avoir à la même place. Si j’étais commerçant, j’aimerais mieux que ceux qui s’injectent des drogues aillent au même endroit que de trouver des seringues un peu partout», conclut M. Labeaume.

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LA SDC RASSURÉE, MAIS...

Si elle juge qu’il n’y a pas d’endroit idéal pour installer un Service d’injection supervisée (SIS), la Société de développement commercial (SDC) du quartier Saint-Roch se réjouit que le site retenu ne soit pas sur une artère commerciale. 

«Mais c’est sûr que Saint-Roch, c’est petit, et que le SIS sera proche de nous. L’important, ça va être de mettre en place un véritable canal de communication entre le CIUSSS et nous de façon à ce qu’on puisse avoir facilement réponses à nos questions et préoccupations», dit le président de la SDC de Saint-Roch, Éric Courtemanche, tout en déplorant le manque de communication des deux dernières années. 

Celui qui a eu sa première «vraie rencontre» avec l’établissement mercredi trouve par ailleurs dommage que les consultations aient lieu en plein été, alors que beaucoup de gens sont en vacances ou en plein déménagement. «Le timing est un peu plate. Ça aurait pu avoir lieu un peu plus tard, à l’automne», estime-t-il. 

La SDC «prend acte» de la décision d’avoir un site fixe d’injection supervisée plutôt qu’une unité mobile, comme elle le souhaitait. L’expérience positive vécue à Mont­réal, notamment par les commerçants, est plutôt rassurante, selon M. Courtemanche. 

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EN CHIFFRES

La consommation de drogue par injection à Québec (données de 2014)

  • 900 utilisateurs de drogue identifiés
  • Une personne sur cinq a partagé son matériel d’injection et quatre personnes sur 10 se sont injectées dans des lieux publics dans les six mois précédant l’enquête.
  • Près des deux tiers des UDI sont infectées par l’hépatite C, et une personne sur 10 a le VIH.

Programme d’échange de seringues de Point de repères

  • Près de 400 000 seringues échangées annuellement 

Les surdoses à Québec

  • Une moyenne historique annuelle de 21 décès par surdose, dont environ la moitié sont causés par des opioïdes
  • 28 signalements de décès possiblement causés par des surdoses et 23 signalements de surdose non mortels dans la dernière année

Ailleurs

  • Plus de 100 SIS dans le monde (Europe, Canada et Australie)
  • 27 SIS au Canada
  • Quatre SIS à Montréal, dont une unité mobile