De 3327 patients du Nunavik traités à Montréal en 2013-2014, le total est passé à 6558 pour la période allant de décembre 2016 à janvier 2018. Ci-dessus, le petit village de Kangiqsualujjuaq, en hiver.

Le Nunavik mûr pour un hôpital régional

Alors que le nombre de patients du Nunavik qui doivent être traités à Montréal a presque doublé au cours des quatre dernières années, les intervenants du domaine de la santé de la région la plus septentrionale du Québec se préparent à déposer un projet d’hôpital régional au ministère de la Santé et des Services sociaux.

«Le Nunavik a besoin d’un hôpital régional. Le nombre de patients s’accroît chaque année et la tendance va se poursuivre», affirme au Soleil Maggie Putulik, directrice générale du centre d’hébergement Ullivik, qui accueille à Montréal les patients du Nunavik et leurs accompagnateurs.

De 3327 patients du Nunavik traités à Montréal et hébergés à Ullivik en 2013-2014, le total est en effet passé à 6558 pour la période allant de décembre 2016 à janvier 2018, un bond monumental. 

«Il y a un besoin pour un hôpital régional et nous travaillons présentement sur un projet en ce sens. Le projet est au stade de la planification et il faudra ensuite le présenter au ministre qui devra l’approuver pour qu’on puisse aller de l’avant», indique pour sa part Mme Lucy Carrier-Tukkiapik, présidente de la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik, qui mène le dossier de front.

Refusant d’estimer les coûts d’un tel projet, Mme Carrier-Tukkiapik a cependant indiqué qu’elle était consciente que la construction d’un hôpital régional au Nunavik représentait «beaucoup d’argent».

Deux centres de santé

Le Nunavik ne compte qu’une trentaine de médecins et deux «centres de santé», à Kuujjuaq et à Puvirnituq, qui ne regroupent qu’une vingtaine de lits chacun et n’assurent pas de soins spécialisés. «On n’y offre que des services de base, c’est un peu comme des dispensaires», explique Mme Putulik. 

Bref, tous les patients du Nunavik qui ont besoin d’examens en tomodensitométrie, de chirurgie, de chimiothérapie ou de soins d’obstétrique spécialisés doivent être redirigés vers Montréal où ils sont traités au centre universitaire de santé McGill.

«La population vieillit, elle s’accroît aussi très rapidement et il y a de meilleurs diagnostics posés par les médecins du Nunavik. Ce sont des hypothèses qui expliquent la hausse vertigineuse des patients traités à Montréal chaque année», indique Maggie Putulik, dont l’organisme fait aussi les frais de cette hausse du nombre de patients.


« La population vieillit, elle s’accroît aussi très rapidement et il y a de meilleurs diagnostics posés par les médecins du Nunavik. Ce sont des hypothèses qui expliquent la hausse vertigineuse des patients traités à Montréal chaque année »
Maggie Putulik, dg du centre d’hébergement Ullivik à Montréal

Surpopulation

C’est que les patients du Nunavik, qui ont le droit d’amener avec eux un accompagnateur, sont logés à Ullivik durant leur séjour. De décembre 2016 à janvier 2018, ce sont 10 334 personnes du Nunavik qu’Ullivik a ainsi dû loger. Le bâtiment neuf inauguré il y a un peu plus d’un an ne comptant que 90 chambres, Ullivik doit toujours se résoudre à louer des chambres d’hôtel pour remplir ses obligations. 

«Nous louons de 20 à 25 chambres d’hôtel par jour, alors c’est certain qu’un hôpital régional au Nunavik contribuerait aussi à régler le problème de la hausse du nombre de patients et d’accompagnateurs qui se rendent à Mont­réal», poursuit Maggie Putulik.

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Le centre d’hébergement Ullivik accueille les patients inuit et leurs accompagnateurs durant leur séjour à Montréal.

UN SYSTÈME D'ACCOMPAGNEMENT À REVOIR

Essentiel pour les Inuit du Nunavik qui doivent subir des traitements médicaux à Montréal, le système d’accompagnement qui leur permet d’amener une personne avec eux dans la métropole est présentement en révision en raison de nombreux dérapages survenus au cours des dernières années.

«Ce système est très important, notamment pour aider ceux qui ne parlent pas français ni anglais ou les patients plus jeunes ou âgés. Quand j’avais huit ans, je me souviens d’avoir été forcée à voyager seule à Québec, où étaient alors offerts les soins. Heureusement, ça a changé au début des années 90», note Maggie Putulik, directrice du centre d’hébergement Ullivik, qui accueille les patients inuit et leurs accompagnateurs durant leur séjour dans la métropole.

L’organisme fournit aux patients les services de transport, d’interprète, d’infirmière de liaison et de technicien en plus de les loger. Selon Mme Putulik, le problème du système d’accompagnement actuel, c’est que les accompagnateurs, choisis par les patients, ne travaillent pas toujours dans leur intérêt supérieur.

«Même si nous avons une politique de tolérance zéro pour l’alcool et l’intoxication, j’ai fait une présentation en novembre concernant les divers problèmes que nous vivons et qui vont de la négligence envers les patients à la violence en passant par la possession de drogue et d’autres comportements nécessitant une intervention policière. En fait, c’était trop alarmant pour continuer de cette façon», explique-t-elle.

Problème grandissant

Mme Putulik indique que l’impact de la problématique s’est amplifié avec la hausse du nombre de patients du Nunavik traités à Montréal. «Les accompagnateurs devraient au contraire agir comme de vrais accompagnateurs et aider les patients, mais certains font preuve de négligence, sortent pour consommer de l’alcool ou ont des problèmes avec la police. Et malheureusement, les patients ont aussi tendance à suivre leurs accompagnateurs dans ces activités...»

Un nouveau système sera donc mis en place où la plupart des accompagnateurs seront triés sur le volet par les CLSC ou carrément sélectionnés par ceux-ci. «Nous avons besoin de deux à cinq accompagnateurs pour chacune des 14 communautés inuit. Des gens qui seront fiables, ponctuels et qui respecteront les règles», poursuit Mme Putulik.

Ces gens de confiance, qualifiés de «navigateurs de patients», recevront un salaire en fonction du budget d’Ullivik. D’ici l’été, Ullivik préparera la description de tâche des futurs employés en plus de développer un programme de formation à leur intention.