Le ministère souligne que le réseau doit relever «des défis de taille» en matière d'invalidité au travail.

Le ministère de la Santé veut freiner les congés de maladie prolongés

Préoccupé par la hausse des congés maladie prolongés dans le réseau de la santé, le ministère de la Santé et des services sociaux (MSSS) demande à tous les établissements de mettre en place un programme de soutien et de réintégration au travail d'ici décembre 2018.
Cette directive figure dans un cadre de référence publié lundi sur le site internet du MSSS. Le programme de soutien et de réintégration au travail que devront mettre en place les établissements d'ici la fin de l'année prochaine devra être aligné sur les huit orientations de ce cadre de référence (voir plus bas). 
En préambule de ce document de plus de 70 pages, le MSSS souligne que le réseau doit relever «des défis de taille» en matière d'invalidité au travail. 
La taux d'indemnisation pour des lésions professionnelles dans le secteur des soins de santé et de l'assistance sociale est tel que la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) a fait de ce secteur une priorité dans sa planification pluriannuelle 2017-2019, mentionne le Ministère. 
«C'est dans ce secteur que l'on retrouve le plus grand nombre de lésions professionnelles, soit entre 15 000 et 16 000 annuellement pour la période de 2011 à 2015. Ce nombre représente environ 18 % des lésions de tous les secteurs. Les troubles musculo-squelettiques représentent 41 % du total des lésions de ce secteur. Les chutes au même niveau et les actes de violence y sont très fréquents, soit près de 1 000 cas par année pour chacun de ces risques. 
Compte tenu de ce portrait des lésions et des perspectives de croissance de la main-d'oeuvre, la Commission doit cibler ce secteur», écrit la CNESST dans sa dernière planification pluriannuelle en prévention-inspection. 
Comme le rapportait Le Soleil ce printemps, le ministère de la Santé note également dans son cadre de référence que le ratio d'heures en assurance-salaire a lui aussi augmenté de façon considérable dans le réseau au cours des dernières années, toutes catégories d'emploi confondues. 
Au total, ce sont respectivement 413 millions$, 423 millions$ et 455 millions$ qui ont été versés en assurance-salaire en 2013-2014, 2014-2015 et 2015-2016, d'après les documents des études des crédits consultés par Le Soleil ce printemps (le montant versé pour l'année 2016-2017 ne sera pas disponible avant l'automne, selon le MSSS). 
Une situation «normale et attendue» dans le contexte d'une réorganisation importante, nous disait une porte-parole du MSSS, Noémie Vanheuverzwijn, faisant référence à la loi 10 créant les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) et les centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS), en vigueur depuis trois ans.
Disparités dans et entre les établissements
Dans son cadre de référence, le MSSS ne fait aucune mention de la réforme et de ses effets sur le personnel du réseau, sinon pour indiquer que les changements structurels découlant de la loi 10 «ont mis en évidence les disparités des pratiques en matière de soutien et de réintégration au travail qui subsistent à l'intérieur même des établissements et entre les établissements». 
Le MSSS encourage notamment le supérieur et l'équipe de travail de l'employé en invalidité à rester en contact périodiquement avec lui. Le maintien de ce lien permettrait à l'employé de conserver son sentiment d'appartenance avec l'organisation et de se sentir soutenu, en plus de contribuer à diminuer son anxiété à l'égard de sa réintégration au travail, explique-t-il. 
Le Ministère recommande également de favoriser le maintien en emploi, «plusieurs études [ayant] démontré qu'en étant coupé de son lieu de travail et des interactions avec ses collègues, l'employé absent peut en venir à développer davantage de détresse psychologique». 
«Dans le même ordre d'idées, il a été reconnu scientifiquement que dans la majorité des cas d'invalidité en milieu de travail, lorsque le diagnostic et la situation le permettent, il est bénéfique pour l'employé de demeurer dans son milieu de travail avec des tâches modifiées ou, si cela est possible, de revenir dans son milieu de travail le plus tôt possible», écrit le MSSS.
Des programmes basés sur huit orientations
Les huit orientations identifiées par le MSSS et sur lesquelles les établissements devront se baser pour constituer leur programme de soutien et de réintégration au travail : 
• Assurer un leadership relativement au soutien et à la réintégration au travail
• Favoriser la participation active de l'employé à sa réintégration
• Maximiser le soutien de l'organisation, des supérieurs et des collègues
• Favoriser le maintien en emploi et la proactivité en matière de réintégration au travail
• Analyser chaque invalidité dans sa globalité
• Agir auprès de l'employé et sur son environnement de travail
• Adopter une approche interdisciplinaire basée sur la collaboration 
• Sensibiliser tous les acteurs et développer leurs compétences