Un CHSLD

Le manque de personnel en CHSLD pose problème, déplore encore la protectrice du citoyen

Le gouvernement a changé, mais les problèmes rencontrés par les personnes âgées vivant dans un centre hospitalier de longue durée (CHSLD) demeurent, quant à eux, inchangés.

Le manque de personnel demeure criant, ce qui entraîne des «conséquences majeures» en termes de qualité de services offerts aux résidents des CHSLD, déplore une fois de plus la protectrice du citoyen, dans son rapport annuel 2018-2019, déposé à l’Assemblée nationale jeudi.

Elle parle de l’urgence d’agir, pour mieux protéger les citoyens parmi les plus vulnérables de la société.

Du même souffle, elle lance un appel au gouvernement en vue d’alléger les exigences administratives (formulaires à remplir, documents à fournir), qui se transforment trop souvent en parcours à obstacles pour bien des gens malades, handicapés ou démunis.

«Les démarches sont trop lourdes», a tranché la protectrice, Marie Rinfret, en conférence de presse.

D’autant plus que souvent, les exigences gouvernementales ne sont ni réalistes ni nécessaires, et ne tiennent pas compte des capacités des gens, selon ce qu’elle a pu observer.

Année après année, le Protecteur du citoyen pointe du doigt d’importantes lacunes du réseau de la santé et des services sociaux, visant particulièrement les soins à prodiguer aux personnes âgées en perte d’autonomie, aux malades et aux personnes lourdement handicapées.

Faute de personnel suffisant, des soins requis doivent être annulés ou reportés, incluant les soins d’hygiène, observe Mme Rinfret, dans son rapport.

Pour ce qui est du réseau de la santé, les longs délais avant d’obtenir un soin ou un service, incluant une chirurgie, et la qualité des services reçus sont les principaux motifs de plaintes formulées au Protecteur.

Les CHSLD continuent d’accueillir des personnes lourdement handicapées, souvent jeunes, alors qu’elles ne font pas partie de la clientèle visée, et «sans qu’aucune ressource adaptée à leurs besoins ne soit disponible».

D’autres, des aînés fragiles, se retrouvent sur des listes d’attente pendant des années, jusqu’à ce que la situation devienne «intenable» et nécessite un placement d’urgence en centre d’hébergement.

Soins à domicile déficients

La pénurie de soins et de services d’aide à domicile est également dénoncée année après année, alors que la demande ne cesse d’augmenter avec le vieillissement de la population. «De trop nombreuses personnes démunies n’ont pas accès aux services auxquels elles devraient avoir droit et leurs proches s’épuisent en attendant du soutien qui ne vient pas», peut-on lire dans le document.

Des établissements en sont rendus à exclure des personnes admissibles de leur clientèle, faute de personnel suffisant, une pratique que dénonce la protectrice du citoyen.

Elle affirme avoir noté dans certains établissements des «écarts importants» entre la politique gouvernementale sur les soins à domicile et les services réellement fournis.

Par exemple, la protectrice du citoyen a dû intervenir pour qu’une personne lourdement handicapée puisse être accompagnée aux toilettes le temps nécessaire. Le temps qu’on lui accordait, en vertu d’une nouvelle norme, était passé de 30 à 10 minutes, une source de grand stress pour cette personne.

Par ailleurs, plus de 40 0000 prestataires de l’aide de dernier recours n’ont pas touché en 2018 le crédit d’impôt auquel ils avaient pourtant droit, parce qu’ils n’avaient pas fourni une déclaration de revenus, même s’il s’agit de «personnes démunies qui ne sont pas en mesure de satisfaire cette condition».

Enfants sans statut

Des enfants nés au Québec, donc citoyens canadiens, mais de parents immigrants au statut précaire, ne sont pas admissibles au régime public d’assurance maladie, une aberration selon la protectrice.

Ces enfants, qui résident au Québec, risquent ainsi d’être privés des soins dont ils ont besoin.

L’application de la loi faite par la Régie de l’assurance maladie (RAMQ) «est trop restrictive», a jugé Mme Rinfret, qui s’interroge à savoir si la RAMQ agit de manière à contrevenir aux conventions internationales.

Jeunes suicidaires

Les services offerts par ailleurs dans les centres de réadaptation pour jeunes en difficulté présentent, eux aussi, «des lacunes importantes». La façon de gérer le risque de suicide et la prise de médicaments pose problème.

Un exemple: un jeune homme a dû faire deux tentatives de suicide avant que le personnel de son centre de réadaptation contacte l’infirmière chargée d’évaluer le risque suicidaire chez cet adolescent, et ce, même si ses parents avaient sonné l’alarme.