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Le ministre de la Santé, Christian Dubé.
Le ministre de la Santé, Christian Dubé.

Le délestage de chirurgies causé par la COVID-19 effacé dans moins de deux ans

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
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Le gouvernement se donne un peu moins de deux ans, soit d’ici mars 2023, pour retrouver la liste d’attente pour les chirurgies qui prévalait au Québec avant la pandémie de COVID-19. Et un an de plus pour que plus aucun patient n’attende plus de six mois.

Gonflée de 30 000 noms au cours des 15 derniers mois, la liste d’attente pour toutes les chirurgies au Québec s’élève à 146 000. Tendance qui est en train de se stabiliser et qui devrait s’inverser à compter d’octobre prochain, quand elle aura atteint quelque 150 000 patients en attente d’être opérés.

Mais cela ne comprend pas la «liste invisible» comptant tous ceux et celles qui n’ont pas osé consulter leur médecin dans la dernière année. Comparativement à une année non pandémique, c’est près d’une nouvelle personne sur quatre en moins (24 %) sur la liste d’attente depuis un an. C’est environ 8000 personnes de moins par mois, surtout durant la première vague.

«On sait qu’il y a cette liste invisible là qui peut générer des milliers de chirurgies supplémentaires. Il faut être réaliste aujourd’hui lorsqu’on va préparer notre stratégie puis notre plan, d’être bien conscient de cette liste invisible là pour être capable d’avoir une opération de rattrapage. Je le dis, le mot, aujourd’hui, c’est d’être réaliste», a déclaré le ministre québécois de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, lors d’un point de presse tenu jeudi en fin de journée.

Pour parler de la reprise des chirurgies, le ministre était accompagné de la sous-ministre adjointe à la Direction générale des affaires universitaires, médicales, infirmières et pharmaceutiques, Dre Lucie Opatrny. Elle devient maintenant aussi «ce que j’appelle notre cheffe des reprises des chirurgies», a décrété M. Dubé.

Des pépins sur le chemin

La Dre Opatrny parle de reprendre le temps perdu à cause de la COVID-19. Mais de ne pas s’arrêter là. Le tiers des patients attendent en ce moment plus que six mois avant d’être opérés.

«Même en prépandémie, les listes n’étaient pas optimales. La vision, dans ma direction au ministère, c’était de réduire les listes d’attente pour avoir toutes les chirurgies en six mois ou moins. Ça veut dire qu’après qu’on ait fait le rattrapage, il faut continuer à s’améliorer et à diminuer les listes d’attente pour avoir un contexte où toutes les chirurgies sont faites à l’intérieur de six mois. C’est ça, la stratégie à moyen terme. [...] Mon espoir, c’est que ceux qui attendent, en ce moment, plus que six mois sont ceux qui vont être priorisés pour être faits dans les prochains mois», a-t-elle expliqué, disant viser pour cette étape mars 2024.

Cela ne se fera pas sans embûches. Comme d’une quatrième vague de COVID-19.

«On est en train de regarder le chemin à prendre. Mais comme sur tout chemin, on peut avoir la construction, on peut avoir des accidents, alors ce n’est jamais une ligne droite, sans des choses qui s’en viennent. On a fait différents modèles mathématiques, et c’est assez conservateur. Ce qui veut dire qu’on n’est pas à l’abri d’une quatrième vague. [...] Le plan fait en sorte que, oui, il y a probablement des pépins qui vont arriver, mais je crois que malgré ça, on va être capable d’arriver», a affirmé la convaincante sous-ministre adjointe.

Par contre, le ministre Dubé rappelle que tout plan de rattrapage de ce genre ne tient plus si tous les membres du réseau de la santé ne rament pas dans la même direction. L’enjeu du manque de personnel, ou pas, sera au cœur de l’effort. C’est pour cela que la campagne de rattrapage ne sera en réalité lancée qu’à l’automne, quand tout le monde aura pris des vacances bien méritées après plus d’une année plus intense que jamais.

Solutions innovantes et durables

On va ensuite «regarder les stratégies qui pourraient être innovantes, mais durables. Et durables, ça veut dire à l’extérieur des arrêtés ministériels et de l’état d’urgence», confirme par ailleurs la Dre Opatrny.

Ouvrir les blocs opératoires hors des heures normales fait partie des solutions examinées, tout comme l’idée d’utiliser davantage d’infirmières auxiliaires dans les salles de chirurgie. La moyenne québécoise est de 12 % d’infirmières auxiliaires aux blocs, contre 30 % au CHUM de Montréal, a souligné la Dre Opatrny.

Sur les conséquences réelles du délestage, comme des décès survenus au cours de la dernière année pour avoir trop attendu, elle se montre rassurante. Ou optimiste.

«Même en temps normal, ça arrive d’avoir des patients qui décèdent pendant qu’il attend une chirurgie. Ça peut être un décès relié aux conditions pour lesquelles il attend une chirurgie ou ça peut être un décès non relié. La question, donc, c’est : est-ce qu’il y a eu des décès supplémentaires qu’on ne voit pas en temps normal? Ce n’est pas une information que je peux donner précisément.

«Ce qu’on a toujours travaillé, c’était l’importance qu’il y a une communication continuelle entre le chirurgien puis le patient. [...] Et il n’y a pas eu un délestage égal pour toutes les spécialités. Il y en a eu beaucoup moins, par exemple, en chirurgie cardiaque, chirurgie vasculaire, qu’il y a eu pour la chirurgie plastique, ophtalmo, etc. Alors, je ne peux pas répondre et dire qu’il n’y a eu aucun décès. Mais à notre compréhension, il n’y a pas eu des décès directement reliés au délestage», a indiqué Dre Opatrny.