Actuellement, au Québec, les gens doivent signer une carte ou le personnel médical doit consulter la famille après le décès pour qu’ils soient considérés comme donneurs.

Le consentement présumé au don d'organes: pas une panacée

Même s’il est réclamé à grands cris par certains groupes de pression, le consentement présumé en matière de don d’organes ne serait pas la panacée promise, selon le Dr Mathieu Weiss, directeur médical de Transplant Québec et pédiatre au Centre hospitalier universitaire de Québec.

Appliqué dans certains pays et régions du monde, le consentement présumé considère tous les citoyens comme des donneurs d’organes potentiels et ceux-ci doivent signer une carte pour ne pas que leurs organes soient prélevés à leur décès s’ils sont aptes à être greffés. Actuellement, au Québec, c’est la procédure inverse qui s’applique, soit que les gens doivent signer une carte ou alors que le personnel médical doive consulter la famille après le décès pour qu’ils soient considérés comme donneurs.

Transplant Québec n’a pas pris position sur cette question. «C’est un dossier plus complexe qu’il n’y paraît», indique le Dr Weiss. «Le consentement présumé, ce n’est pas une panacée», poursuit-il, citant l’exemple du Brésil, qui a adopté cette politique en 1997 sans vraiment consulter la population pour l’abolir un an plus tard parce qu’elle avait eu l’effet contraire à celui espéré dans un pays où les gens ont peut confiance dans le système médical. 

«Des gens se demandaient si le gouvernement allait prendre leurs organes, si on allait les laisser mourir pour prélever leurs organes. Ainsi, le nombre de dons d’organes a même chuté au Brésil après l’adoption du consentement présumé», poursuit le Dr Weiss, qui n’est toutefois pas contre le principe.

«Je souhaite étudier les endroits où le consentement présumé a été appliqué correctement pour voir comment il serait possible de l’intégrer au Québec et au Canada, pour éviter de répéter les mêmes erreurs qu’au Brésil. Présentement, on observe beaucoup le Pays de Galles, qui applique le consentement présumé depuis 18 mois ou deux ans et où ça semble bien fonctionner. C’est la seule région du Royaume-Uni où c’est en place, alors le pays en entier observe également», poursuit-il.

Pas de miracle

Les hausses miraculeuses du nombre de dons d’organes promises par certains militants ne seraient toutefois pas au rendez-vous. «Le directeur de la santé du Royaume-Uni a prononcé une conférence à Toronto et il a dit que la mesure du consentement présumé semblait avoir des effets positifs, mais que c’était un effet relativement subtil. Et il est prudent, il attend d’avoir les chiffres et les statistiques finales avant de prendre position», poursuit le directeur médical de Transplant Québec.

Le meilleur moyen de provoquer une hausse du don d’organes ne serait donc pas le consentement présumé, mais une meilleure éducation des professionnels de la santé et un financement adéquat du système de transplantation d’organes. «Il y a deux ans, j’ai voyagé en Espagne, qui est l’un des pays du monde où il y a le plus de dons d’organes. Oui, ils ont le consentement présumé, mais ce n’est pas ce qui fait la différence. Il faut éduquer les professionnels de la santé pour qu’ils ne manquent aucune opportunité de don d’organe. Par exemple, quand j’étais étudiant en médecine aux États-Unis et médecin résident à McGill, je ne sais même pas si j’ai eu un cours là-dessus!», relate-t-il.

Rare

Il rappelle aussi que le système de santé doit être prêt à assumer les coûts liés aux procédures, notamment le temps aux soins intensifs pour maintenir une personne en vie artificiellement et les dons de sang. «Il y a un coût, bien sûr, mais on calcule aussi par exemple que la greffe d’un rein permet à l’état d’économiser 50 000 $», souligne-t-il.

Le Dr Weiss rappelle d’ailleurs que l’opportunité de devenir donneur est relativement rare et que les organes de seulement 1% des personnes décédées sont considérés comme aptes à être transplantés. «Les organes ont besoin d’oxygène, alors une personne décédée à la maison sans qu’on ait pu la ranimer, les personnes qui décèdent hors de l’hôpital ne sont pas admissibles. Et même celles qui décèdent à l’hôpital, il faut prélever les organes immédiatement après avoir débranché le respirateur pour ne pas que les organes ne subissent pas les conséquences d’un manque d’oxygène», poursuit-il en répétant, en cette semaine nationale du don d’organes et de tissus, l’importance de signer sa carte de don d’organe.

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L'EFFET HUMBOLDT, MOINS FORT AU QUÉBEC

«L’effet Humboldt», qui a amené plusieurs citoyens de l’Ouest canadien à signer leur carte de don d’organes après la tragédie routière qui a emporté seize membres de l’équipe de hockey junior des Broncos de Humboldt, serait un peu moins fort au Québec. C’est du moins l’opinion du Dr Mathieu Weiss, directeur médical de Transplant Québec.

«Je lis les journaux du Québec et du Canada anglais et c’est vrai que l’effet est plus grand dans l’ouest, mais la couverture médiatique de la tragédie a aussi été plus importante dans l’ouest. Au Manitoba par exemple, des milliers de Manitobains se sont inscrits après la tragédie. Les grandes tragédies comme celle-là ou le décès de personnalités célèbres contribuent souvent à sensibiliser les gens au don d’organe», explique M. Weiss.

Le cas de Logan Boulet, jeune défenseur albertain des Broncos, avait d’ailleurs ému grandement. Lors des funérailles des jeunes hockeyeurs, il a été mentionné que la transplantation des organes prélevés sur le jeune homme de 21 ans avait permis de sauver la vie de six personnes. Plusieurs auraient ensuite décidé d’imiter celui qui a été qualifié de «héros» en signant leur carte de don d’organes.