Dans son rapport étoffé de 26 pages, le Protecteur du citoyen rapporte que certains soins aux résidents sont retardés ou carrément annulés en cas de manque de personnel.

Le CHSLD Argyll reçoit un rapport accablant du Protecteur du citoyen

Des aînés qui prennent un bain aux trois semaines, des patients incorrectement retournés dans leur lit pour éviter les plaies de pression, des résidents confinés dans leur chambre faute de personnel pour les déplacer, une surveillance parfois inadéquate, du personnel qu’il faut chercher pendant plusieurs minutes quand un incident survient sur un étage : le Protecteur du citoyen a produit vendredi un rapport accablant sur la situation au CHSLD Argyll, à Sherbrooke.

Dans son rapport étoffé de 26 pages, le Protecteur du citoyen rapporte que certains soins aux résidents sont retardés ou carrément annulés en cas de manque de personnel. On note également que les résidents sont souvent isolés dans leur chambre et que le personnel n’a le temps d’effectuer des interactions avec eux en dehors des épisodes de soins, même lorsque les résidents expliquent qu’ils s’ennuient ou qu’ils sont tristes.

Ce rapport soutient également que les équipes de travail sont incomplètes à une fréquence et avec une récurrence inquiétante.

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RÉSIDENTS CLOUÉS AU LIT

Une pratique installée au CHSLD Argyll, faute de personnel, est de ne pas lever certains résidents et de reporter des soins lorsque les équipes sont incomplètes.

D’ailleurs, un registre des usagers non levés a été mis en place sur une des unités régulières, à la suggestion du commissaire aux plaintes et à la qualité des services qui a accompagné dix citoyens de l’Estrie pour des plaintes similaires à l’automne 2016 et l’hiver 2017.

Outre 36 heures consécutives sans être levés, il arrive que des résidents soient levés tardivement en avant-midi ou après le dîner lorsqu’il manque de personnel de soins.

La consigne contenue dans le document « PAB (préposés aux bénéficiaires) manquants » est de prioriser la mobilisation des résidents non levés (repositionnement à intervalles réguliers pour éviter les plaies de pression). Or, les employés affirment ne pas être en mesure de mobiliser systématiquement les résidents confinés au lit, par manque de temps. Les mobilisations, lorsqu’elles sont effectuées, ne sont pas notées, les membres du personnel y allant de mémoire de telle sorte qu’il s’avère difficile, voire impossible, d’en faire le suivi pour l’équipe de soin du quart suivant.

Dans les jours qui suivent une période de 36 heures sans lever, des familles rapportent que leurs proches ont eu les jambes enflées, se plaignaient de douleurs, étaient somnolents, confus et mettaient deux ou trois jours à recouvrer leur état habituel.

Néanmoins, ces pratiques ne sont pas adéquates, ni sur le plan scientifique ni sur le plan humain, lit-on également dans le rapport. Elles sont contraires aux Orientations ministérielles du ministère de la Santé et des Services sociaux, car elles ne favorisent ni le maintien des capacités du résident ni sa stimulation, puisqu’en demeurant alité, il est par le fait même isolé dans sa chambre. Pire encore, elles constituent un « défaut d’action appropriée […] dans une relation où il devrait y avoir de la confiance et qui cause […] du tort ou de la détresse à une personne », ce qui correspond à la définition même de la maltraitance selon la Loi sur la maltraitance.

CONGÉ DE BAIN

La consigne en cas de manque de personnel est de suspendre ou de reporter les soins et services qui n’auront pas de répercussions significatives pour les résidents.

Selon l’information obtenue, la pertinence de donner les bains est systématiquement réévaluée pour les suspendre ou les reporter, alors que le rasage, les soins buccaux et les soins des ongles sont fréquemment omis lorsque les effectifs s’avèrent insuffisants. Si le report ponctuel d’un soin peut avoir un impact relativement limité, il en va autrement lorsque repoussé à maintes reprises sur une longue période.

En ce qui concerne les bains, la consigne écrite dans le document « PAB manquant » est de réévaluer leur exécution en les limitant à des bains au lit ou à des toilettes partielles (à la débarbouillette). Selon l’information obtenue, tous les résidents sont lavés quotidiennement même en cas de manque de personnel, cependant les bains hebdomadaires sont reportés. Considérant que les résidents n’ont droit qu’à un bain par semaine, la répercussion du report de ce soin est plus grande. Une famille a d’ailleurs fait part d’au moins une situation où le bain hebdomadaire d’un résident a été reporté deux fois de suite en raison du manque de personnel, laissant s’écouler trois semaines entre les bains.

SURVEILLANCE INADÉQUATE

La majorité des personnes interrogées par le Protecteur du citoyen expriment des inquiétudes quant au degré de surveillance en situation de manque d’effectif. À ces occasions, le personnel en nombre insuffisant est sollicité plus souvent dans les chambres pour la dispensation de services auprès des résidents non levés, par exemple pour l’aide à l’alimentation, et donc moins présents pour assurer la surveillance dans les aires communes.

Pour leur part, les membres de familles contactés affirment voir peu de personnel durant la journée et devoir les chercher en cas de besoin, parfois pendant une quinzaine de minutes.

SEULS DEVANT LA TÉLÉVISION

Lors des visites d’enquête sur les unités régulières, les délégués du Protecteur du citoyen ont observé des espaces communs vastes et éclairés par la lumière naturelle.

Cependant, au cours des trois journées passées sur les lieux, moins d’une dizaine de résidents ont été croisés dans les corridors ou les espaces communs. La plupart d’entre eux étant seuls dans leur chambre, au lit ou au fauteuil, devant le téléviseur allumé. Le Protecteur du citoyen n’a pas été témoin d’interaction entre le personnel et les résidents en dehors de la prestation de soins.

Les PAB déplorent d’ailleurs « ne pas avoir le temps de prendre le temps » et disent être affectés par le fait de ne pouvoir prendre quelques instants pour échanger avec un résident qui leur exprime de l’ennui ou de la tristesse.

En cas de manque de personnel, la participation des résidents aux activités sociales peut être suspendue. Les membres de l’équipe des loisirs disent noter une baisse de l’achalandage aux activités.

RECOMMANDATIONS

Par ailleurs, le Protecteur du citoyen évoque plusieurs lacunes dans les procédures mises en place par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS pour favoriser le maintien d’équipes stables.

Pour toutes ces raisons, le Protecteur du citoyen a formulé plusieurs recommandations au CIUSSS de l’Estrie-CHUS et au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Le CIUSSS a accepté de mettre en œuvre les recommandations, souligne le Protecteur dans son rapport.