L'actuel ministre de la Santé et ancien président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le Dr Gaétan Barrette, et l'actuelle présidente de la FMSQ, la Dre Diane Francoeur, alors qu'ils lançaient un appel à la mobilisation en 2012 pour freiner le gouvernement fédéral dans l'adoption d'une motion visant à rouvrir la loi sur l'avortement. Aujourd'hui, les deux se retrouvent face à face à la table des négociations.

La réforme Barrette irrecevable, disent les médecins spécialistes

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) juge irrecevable la réforme des structures que veut mettre en place le ministre de la Santé, le Dr Gaétan Barrette. La présidente de la Fédération, la Dre Diane Francoeur, a fait part de la position de son groupe, lundi, en commission parlementaire sur l'étude du projet de loi 10.
«Un projet de loi, c'est sensé améliorer le réseau et non pas le mettre en péril. C'est pourquoi le projet est irrecevable», a-t-elle commenté, après avoir présenté l'opinion de la Fédération en commission parlementaire. À son avis, le projet de loi, s'il est adopté, pourrait créer des pénuries de médecins spécialistes en région. La Dre Francoeur a laissé entendre que les jeunes médecins seront moins tentés d'aller en région étant donné que le territoire de couverture sera encore plus grand avec la réforme proposée.
«On a travaillé très, très, très fort pour s'assurer que les jeunes médecins vont commencer leur pratique en région par choix et non pas par obligation en leur faisant faire des stages pendant leur rotation pour qu'ils puissent découvrir les lieux, pour qu'ils voient que la pratique peut y être très intéressante et stimulante», a-t-elle expliqué.
La Dre Francoeur est aussi inquiète du fait que le ministre de la Santé se donne «tous les droits» dont celui de choisir les hauts dirigeants du réseau de la santé, ouvrant ainsi la porte à des nominations partisanes. «Est-ce qu'on va couper toutes les têtes à chaque fois que le ministre de la Santé change et qu'on va couper tous les postes de pdg, toutes les nominations partisanes? Ce sont des coûts énormes. Ces nominations devraient rester apolitiques», a-t-elle soutenu.
Le mémoire de la Fédération soulève des questions sur l'absence de critères concernant la fusion ou non d'établissements universitaires. «Pourquoi certains centres universitaires sont-ils fusionnés, comme à Sherbrooke et à Québec [CHU et Hôpital Laval], alors d'autres seront autonomes à Montréal? Tous les instituts spécialisés ne devraient-ils pas être autonomes compte tenu de leur mission spécifique?»
Mauvaise cible
Par ailleurs, la présidente de la FMSQ s'est inscrite en faux contre les visées du ministre de créer des nouvelles structures régionales au détriment des hôpitaux. Elle estime que le Ministère devrait plutôt abolir les structures régionales et accroître l'autonomie des centres hospitaliers.
«Pour la Fédération, l'abolition des agences régionales signifiait l'octroi d'une plus grande autonomie à chacun des établissements du réseau, lesquels sont les plus à même de prendre les décisions visant à assurer l'organisation et la dispensation des soins à la population. Or, le projet de loi 10 s'attaque davantage à l'ensemble des établissements plutôt qu'aux agences», peut-on lire dans le mémoire de la Fédération.
La Fédération estime que la réforme Barrette sera néfaste pour les petits établissements. «Les plus petits établissements seront défavorisés et leur mission sera mise en péril par leur fusion avec des établissements plus importants», a-t-on écrit. «Les plus petits départements médicaux ne feront pas le poids dans des méga CMDP [Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens]», a-t-on ajouté.
D'autre part, la Fédération des médecins spécialistes qui regroupe 10 000 membres a dénoncé l'empressement du gouvernement à vouloir faire adopter le projet de loi rapidement. L'organisme a également déploré le manque de consultation ou de consensus préalables sur les mesures proposées par le Dr Barrette. Le projet de loi 10 a été déposé il y a moins d'un mois.