Ouvert il y a 40 ans, le Centre médical de Beauport, sur l’avenue Royale, est menacé de fermeture, faute de médecins pour prendre la relève.

La médecine de quartier en danger?

Faute de relève, la survie du Centre médical de Beauport est menacée. Son directeur clinique, le Dr Nil Lefrançois, se désole de ce qu’il perçoit comme la mort annoncée de la médecine de quartier. Au cabinet du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, on se dit «sensible à cet enjeu».

Dans une longue lettre qu’il a fait parvenir au ministre Barrette à la fin janvier, le DNil Lefrançois s’inquiète pour l’avenir de son GMF, qui compte actuellement 14 000 patients. Au fil des ans, un seul médecin a pu intégrer la clinique, contre quatre qui ont pris leur retraite.

Aujourd’hui, le Centre médical de Beauport ne compte plus que sept médecins. L’une d’entre eux cessera sa pratique à la fin de l’année. Chaque membre de l’équipe joue un rôle actif auprès de 2000 patients, dont une forte proportion a plus de 65 ans, souligne le Dr Lefrançois. «Il leur faut donc un suivi constant et une proximité de services, car plusieurs connaissent des problèmes de mobilité», expose-t-il. 

Sans relève médicale, 2000 patients perdront leur médecin de famille à la fin de l’année. Ils s’ajouteront aux 5000 autres «qui ont été placés sur une liste d’attente et dispersés dans différentes cliniques, loin de leur milieu de vie», se désole le médecin de bientôt 72 ans.

Faute de médecins, le Centre médical de Beauport ne pourra plus non plus intégrer les membres d’une même famille à sa clientèle, comme il l’a toujours fait, ajoute le Dr Lefrançois.

Ouverte il y a 40 ans, la clinique située sur l’avenue Royale, dans le Vieux-Beauport, dessert non seulement la population de Beauport, mais aussi celle de l’île d’Orléans et de la Côte-de-Beaupré. Pour conserver son statut de GMF et assurer sa survie, le Centre médical de Beauport aurait besoin de trois nouveaux médecins, calcule le DNil Lefrançois.

Ses demandes d’aide «répétées» au ministère de la Santé étant restées sans suite, le Dr Lefrançois a rencontré il y a quelques jours les conseillers municipaux Jérémie Ernould et Stevens Melançon pour leur expliquer l’importance de maintenir le Centre médical de Beauport comme «service de proximité de première importance». Il aurait obtenu des deux élus «l’engagement d’étudier la problématique», rapporte le médecin.

Cliniques «de dernier ordre»

«Les règles d’attribution des effectifs médicaux ne sont vraiment pas adéquates. On concentre les effectifs au centre de la ville au détriment des quartiers. Toutes les cliniques qui sont dans la ceinture de l’ancienne ville de Québec ont des problèmes de recrutement. On devient des points de services de dernier ordre, alors que c’est nous qui assurons des services de proximité», déplore en entrevue le DLefrançois, selon qui «le gros bon sens ne prévaut plus». 

«Si notre clientèle n’a plus d’accès, elle va aller où? Dans Lebourg­neuf?» demande le médecin. Selon lui, les supercliniques sont venues «tout déstabiliser». «Tout ce qu’on a mis des années à construire est en train de s’effriter», dénonce-t-il.

Au cabinet du ministre Barrette, on indique que la lettre du Dr Lefrançois est «en cours de traitement». Deux postes pour des médecins déjà en pratique (ou «retours de région») sont disponibles dans ce territoire (Beauport), précise-t-on. «Nous sommes sensibles à cet enjeu et nous travaillons en collaboration avec le Directeur régional de médecine générale et la direction du CIUSSS de la Capitale-Nationale», assure l’attachée de presse du ministre, Catherine W. Audet.

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L’ASSOCIATION DES MÉDECINS OMNIPRATICIENS DE QUÉBEC «PRÉOCCUPÉE»

Le manque de relève médicale dans plusieurs secteurs de la ville préoccupe l’Association des médecins omnipraticiens de Québec (AMOQ). «Pour nous, il y a un intérêt à ce que le médecin de famille soit localement près de sa clientèle. On ne veut pas que le patient parte de Loretteville pour aller à la Cité médicale [dans Sainte-Foy], par exemple», dit le nouveau président de l’AMOQ, le Dr Pascal Renaud.

«Ça nous préoccupe. On a des membres qui cherchent de la relève. Souvent, la survie d’une clinique peut dépendre du départ d’un seul médecin. Il y a des cliniques qui songent à fermer. Et il y en a au moins une, le Centre médical Quatre-Bourgeois, qui a fermé ses portes» en 2014 à cause du manque de relève médicale, rappelle en entrevue le Dr Pascal Renaud. 

Selon le président de l’AMOQ, Québec est «la région la plus défavorisée en termes de nouveaux facturants parce que le ministère de la Santé jugeait qu’on était bien pourvu en médecins».

«Le nombre de nouveaux facturants autorisés a été vraiment trop faible au cours des 10 dernières années. Par contre, notre taux de prise en charge est à 84 %. Si on se compare à d’autres régions, on fait bonne figure», note-t-il.

Centralisation

De plus en plus, rappelle le Dr Renaud, c’est le Ministère qui gère les plans régionaux d’effectifs médicaux. «Il y a eu beaucoup de centralisation des pouvoirs» avec l’arrivée de Gaétan Barrette, glisse-t-il.

«Le Directeur régional de médecine générale [DRMG] ne gère que 30 % des retours de région […]. Pourtant, c’est le DRMG qui est sur le terrain et qui sait où sont les besoins. Le Ministère peut faire des choix politiques que le DRMG n’aurait pas faits», observe le Dr Renaud.

Le président de l’AMOQ cite l’exemple des nouveaux facturants autorisés par le ministre l’an dernier «pour que son projet de superclinique fonctionne». «Le ministre en a autorisé neuf de plus pour la région mais en les obligeant à faire des heures en superclinique», rappelle-t-il.

Le Dr Renaud attribue par ailleurs le manque de relève dans les GMF aux conditions imposées aux médecins de famille. «À cause de la mauvaise presse, beaucoup ont choisi d’aller en spécialité plutôt qu’en médecine de famille. On n’a pas atteint les chiffres qu’on avait prévus. Il y a aussi des médecins de famille spécialisés en médecine d’urgence qui sont partis pratiquer ailleurs parce qu’ils ne pouvaient pas avoir de poste ici. C’est une perte nette d’effectifs», expose le DPascal Renaud.