Le Dr Stéphane Lemire (à gauche) estime qu’il faut offrir une alternative au réseau actuel pour les personnes âgées, qui ont beaucoup trop à perdre dans le milieu hospitalier actuellement.

La gériatrie sociale, l’autre façon de soigner les aînés

La fondation AGES tenait dimanche un premier rassemblement éphémère de gériatrie sociale au Sympathique parvis ouvert à tous (SPOT). La jeune discipline, portée par le Dr Stéphane Lemire dans la région de Québec, se distingue de plusieurs manières des services actuellement offerts en milieu hospitalier pour les aînés. Le Soleil en a profité pour faire le point avec le principal intéressé.

Comme sa pratique plus traditionnelle, la gériatrie sociale a pour but premier d’aider les personnes âgées à conserver ou à retrouver le plus d’autonomie possible. Elle poursuit donc essentiellement la même mission, sauf qu’elle ne s’exécute pas du tout de la même manière.

«On utilise tous les outils de la gériatrie, disons régulière, car l’esprit reste le même, mais ce qui est très différent, c’est que la dimension sociale est ancrée directement dans la communauté, avec l’apport des aînés aussi, explique M. Lemire en entrevue avec Le Soleil. On n’est pas juste dans le côté très médical où on ajuste des médicaments, on fait des diagnostics et on renvoie un peu les gens dans la brousse après.»

En 2016, son équipe a tenu un premier forum sur la gériatrie sociale dans la capitale. Attirant plus de 140 personnes, l’événement avait pour but de développer les assises d’une discipline encore relativement marginale, à partir de l’expérience des patients dans le milieu de la santé. «Ça a été un vif succès, et on sent un certain engouement depuis», convient le docteur.

Celui qui est également président du C.A. de la Fondation AGES estime que des rassemblements comme celui de dimanche font connaître la discipline et lui permettent de progresser. «Ça nous permet de rencontrer les aînés, de recueillir leurs préoccupations, leurs besoins, et de développer la gériatrie sociale d’un point de vue très local. Le tout bien sûr dans un contexte ludique et amusant.»

La physiothérapeute Danielle Caron, qui est également sur le conseil d’administration de la fondation, était aussi sur place dimanche pour donner un atelier sur la préservation de la mobilité en vieillissant. «Le plus important, c’est de prévenir les chutes, et de leur apprendre à se relever surtout», explique-t-elle en marge de l’activité.

Une approche en pleine construction

Peu répandu jusqu’ici à travers la province, le concept de gériatrie sociale demeure en plein développement. Il existe, ici et là au Québec, certaines formes communautaires de gériatrie comme des médecins de famille à domicile. Sauf que ceux-ci n’ont pas l’expertise ni les outils pour intervenir adéquatement, croit le Dr Lemire.

«Ces gens-là font un excellent travail avec leurs ressources, mais ils n’ont souvent pas la formation spécialisée pour intervenir ou encore les acquis pour mettre en place ce que l’expertise recommanderait au fond», explique-t-il à ce sujet.

D’où l’importance, selon lui, de faire grandir la gériatrie sociale, qui a justement pour but de multiplier les liens entre les intervenants dans le milieu du patient. «Notre but, c’est aussi de ramener toutes les ressources dans l’écosystème de l’aîné. Donc on parle de l’entourage, des organismes communautaires, des services du CIUSS, des CLSC, bref d’aller chercher tout ce dont la personne a besoin et de la connecter aux bons endroits», poursuit le professionnel.

Ailleurs, dans le milieu de la santé, de beaux exemples viennent soutenir la cause de Stéphane Lemire. En pédiatrie sociale, auprès des jeunes, le DJulien est devenu très connu pour son implication dans le milieu. «Il a commencé graduellement comme ça en faisant des activités, en faisant du repérage dans sa communauté, et l’approche est très lucide, c’est un bel exemple», illustre le principal intéressé là-dessus.

L’essentiel, selon M. Lemire, est d’offrir une alternative au réseau actuel pour les personnes âgées, qui ont beaucoup trop à perdre dans le milieu hospitalier actuellement. 

«Il y a tellement de barrières à franchir actuellement pour avoir un service, dit-il. Ça fait en sorte, et je le vois dans mon travail, que plusieurs patients sortent plus amochés ou moribonds de l’hôpital qu’ils ne l’étaient avant. On les tire de leur milieu, on enlève leurs repères, donc nécessairement, c’est déboussolant pour eux et elles.»

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OUTILLER LES AIDANTS

Le Dr Stéphane Lemire demeure l'un des seuls professionnels à préconiser la gériatrie sociale dans la région de Québec pour l'instant.

«Les aidants, on le voit, ils sont limités dans leurs interventions, ils se sentent démunis, pas à l’aise, bref ils ne sont pas outillés», déplore Danielle Caron, en marge du rassemblement éphémère dimanche.

Sur ce point, la gériatrie sociale entend également proposer des solutions concrètes, en fournissant la connaissance et la compréhension de certains enjeux aux proches des patients notamment. 

«On constate encore aujourd’hui que les gens ne comprennent pas les notions de base pour communiquer avec des personnes souffrant de l’Alzheimer par exemple. Ça amène l’épuisement, le stress, et éventuellement l’abandon», déplore Stéphane Lemire.

Sa jeune discipline propose notamment de procéder par évaluations conjointes, une nouvelle manière de faire auprès des personnes âgées qui commence à faire ses preuves, ajoute-t-il. «C’est simple : on arrive au domicile à plusieurs professionnels et même parfois une travailleuse sociale, donc ça nous permet d’identifier le problème de manière beaucoup plus globale. Au bout du compte, ça fait une grosse différence.»

Sans exclure la pratique de la gériatrie en milieu hospitalier, «une pratique tout autant nécessaire», le Dr Lemire espère voir la gériatrie sociale gagner en influence un peu partout au Québec d’ici les prochaines années.