Des études démontreraient que les chats qui habitent avec un fumeur sont deux à quatre fois plus susceptibles de souffrir d’un carcinome épidermoïde buccal félin, une forme agressive de cancer de la bouche qui apparaît souvent sous la langue — là où les particules de fumée secondaire ont tendance à s’agglutiner après la toilette.

La fumée secondaire menace aussi Pitou et Minou

MONTRÉAL — La fumée secondaire peut avoir sur la santé des animaux de compagnie un effet comparable à celui qu’elle a sur la santé des humains, même si la durée de vie plus courte des animaux signifie qu’il est plus difficile de prouver un lien hors de tout doute, ont dit des experts interrogés par La Presse canadienne.

En revanche, ont prévenu les vétérinaires Marie-Odile Benoît-Biancamano et Louis-Philippe de Lorimier, les animaux seront également exposés à la fumée tertiaire — les résidus de fumée secondaire qui se déposent sur les surfaces — d’une manière à tout le moins improbable chez les humains.

«Il faut garder en tête que les animaux de compagnie vivent un peu moins longtemps que les humains, donc on n’aura pas d’exposition pendant 40 ans à des produits de ce type-là, a rappelé la docteure Benoît-Biancamano, qui est pathologiste vétérinaire. Ça se rapprocherait plus de ce qu’on peut voir chez des enfants.»

La Food and Drug Administration des États-Unis prévient sur son site Internet que la fumée secondaire peut aggraver les symptômes des chiens qui ont déjà des problèmes respiratoires. On noterait dans les voies respiratoires et les poumons des chiens des changements similaires à ceux constatés chez les humains.

Des études démontreraient, toujours selon la FDA, que les chats qui habitent avec un fumeur sont deux à quatre fois plus susceptibles de souffrir d’un carcinome épidermoïde buccal félin, une forme agressive de cancer de la bouche qui apparaît souvent sous la langue — là où les particules de fumée secondaire ont tendance à s’agglutiner après la toilette.

Ces chats tripleraient aussi leur risque de souffrir d’un lymphome, un cancer du système immunitaire qui ressemble au lymphome non hodgkinien chez l’humain. Un chat souffrant d’un lymphome ne survivra habituellement pas plus de six mois.

«On le sait qu’il y a des risques accrus, a dit le docteur de Lorimier, un oncologue vétérinaire. Si on fait plus d’études, peut-être qu’on va trouver des liens significatifs. On sait que la quantité de nicotine qu’on retrouve dans l’urine des chiens et des chats exposés à la fumée secondaire est suffisamment élevée pour croire qu’il y a un potentiel de risque et peut-être un risque accru. Et en bout de ligne, même si les études n’ont pas démontré de gros lien à part du chat pour le lymphome et le cancer de la bouche, il y a peut-être des liens qui n’ont pas encore été identifiés.»

La docteure Benoît-Biancamano dit qu’elle est parfois en mesure d’observer au microscope des particules noires accumulées dans les poumons des animaux de compagnie. Ces particules sont généralement associées à la pollution de l’air, soit la fumée secondaire, le smog ou autre.

«Bref, ces particules peuvent s’accumuler suffisamment pour qu’on arrive à les observer de visu», a-t-elle indiqué dans un courriel.

Longueur du museau

La race de chien, et donc la longueur de son museau, aura une grande influence sur l’impact de la fumée secondaire.

«Chez certaines races de chiens à museau plus long, il y avait peut-être un risque légèrement accru de cancer des voies nasales. On sait que les chiens ont des voies nasales beaucoup plus développées que les nôtres, avec des cornets nasaux très complexes», a dit le docteur de Lorimier.

La FDA explique que les races dont le museau est long, comme les bergers allemands et les dobermans, développeront davantage de cancers de la cavité nasale, puisque leur museau capture davantage de particules toxiques. Chez les chiens ayant un museau court ou moyen, comme les bouledogues et les pugs, davantage de particules ultrafines rejoignent les poumons, y causant des cancers.

Le docteur de Lorimier évoque toutefois «une étude très récente [qui] a essayé de voir s’il y avait un risque accru de cancer du poumon chez les chiens exposés à la fumée secondaire, et c’est sorti qu’il n’y avait pas de risque accru du cancer du poumon».

Chez le chien, des études témoigneraient aussi d’une association entre la fumée secondaire, une dermatite atopique et des dommages à l’ADN des tissus oropharyngiens.

L’exposition des animaux de compagnie à la fumée tertiaire est par ailleurs radicalement différente de celle des humains.

«Puisque les animaux sont très près du sol, ils vont inhaler des particules tertiaires qui se retrouvent dans les tapis, et évidemment les humains ne se promènent pas à quatre pattes à respirer le tapis, donc ils ne seront pas exposés à ça, a dit la docteure Benoît-Biancamano. L’autre différence chez les animaux, particulièrement chez les chats, est qu’ils vont se lécher, donc en plus ils vont absorber par la bouche les particules qui vont se déposer sur le poil. Ils vont aussi les respirer sur leur poil, en plus de les absorber en se léchant. Particulièrement les chats, qui sont très diligents dans leur toilettage.»

La FDA précise que les animaux peuvent ingérer ces résidus en léchant leur propriétaire, qui devient une autre «surface» sur laquelle ils se déposent.

Le rôle des propriétaires

À défaut de preuves scientifiques aussi solides que chez l’humain, le docteur de Lorimier offre l’anecdote d’un boxer qui souffrait d’un «cancer pulmonaire fulgurant, très avancé et avec des métastases».

«Honnêtement à la radiographie, ça ressemblait plus à ce qu’on voit chez les humains qui sont des fumeurs chroniques», a-t-il dit.

Les deux propriétaires de la bête étaient clairement des fumeurs chroniques, des gens âgés aux doigts jaunis. L’homme confie alors au vétérinaire que le chien insiste pour que la cigarette soit devant son museau quand elle n’est pas dans sa bouche, sinon il devient «agressif».

«D’après moi ce chien-là était dépendant», a dit le docteur de Lorimier.

Cela étant dit, la majorité des propriétaires d’animaux de compagnie ont sa santé à coeur et plusieurs sont prêts à écraser s’il en va de son bien-être.

«Les propriétaires ne sont pas vraiment au courant des dangers, a affirmé la docteure Benoît-Biancamano. Une étude aux États-Unis a montré que quand les propriétaires étaient mis au courant de l’impact que ça pouvait avoir sur leur animal, plusieurs étaient plus motivés à arrêter de fumer.»

Pour certaines personnes, ajoute-t-elle, et souvent des fumeurs de longue date, leur animal de compagnie est leur principal compagnon de tous les jours. Quand ils réalisent que leur tabagisme pourrait leur coûter ce compagnon, ils vont y penser à deux fois.

Le docteur de Lorimier abonde dans le même sens.

«J’ai vu souvent des animaux qui avaient des problèmes qui étaient potentiellement causés par la fumée chronique, et là je pense surtout aux chats asthmatiques, a-t-il dit. Et quand je disais au propriétaire qu’un des facteurs de risque potentiel qui empire ça c’est le fait que vous êtes fumeur et que vous fumez dans la maison, le propriétaire me disait, «je vais arrêter de fumer. Pour moi je sais que je devrais arrêter depuis longtemps, mais là si vous me dites que je nuis à mon animal, je vais arrêter de fumer». On voyait qu’il se sentait coupable.»

Autres animaux aussi

La fumée secondaire ne menace pas uniquement les chiens et les chats, dit la FDA.

Les oiseaux peuvent ingérer des particules de fumée tertiaire en nettoyant leurs plumes. Ils sont à risque, notamment, de pneumonie, de cancer du poumon, de problèmes oculaires, de problèmes de peau et de problèmes cardiaques.

Des cochons d’Inde exposés à la fumée secondaire pendant plus de six mois ont développé des changements pulmonaires microscopiques similaires à ceux vus chez les fumeurs. Ils ont aussi souffert d’emphysème. D’autres ont perdu du poids en raison de l’impact de la fumée secondaire sur leur métabolisme.

Les poissons sont aussi vulnérables, puisque la nicotine se dissout facilement dans l’eau. Lors d’une expérience, un mégot a été jeté dans un aquarium. Quatre jours plus tard, la moitié des ménés âgés de deux semaines qu’il contenait étaient morts.

Pour réduire l’exposition des animaux de compagnie à la fumée secondaire, la FDA recommande de fumer à l’extérieur, de laver régulièrement l’animal pour éliminer les résidus, et de nettoyer tapis, meubles et rideaux à la vapeur.

Santé

Des organismes de santé publique réclament plus de restrictions au vapotage

OTTAWA — Huit organismes qui luttent pour la santé des Canadiens demandent au gouvernement fédéral d'adopter d'ici la fin de l'année des mesures urgentes pour traiter le vapotage comme le tabagisme.

Ces organisations demandent l'adoption rapide d'un décret provisoire pour mettre un terme au marketing des produits de vapotage, limiter les arômes disponibles et règlementer la teneur en nicotine.

La coalition soutient qu'étant donné les délais encourus habituellement pendant et après un scrutin, «la seule façon de mettre en place des mesures de protection pendant l'année en cours est de prendre un arrêté d'urgence en vertu de la Loi sur le ministère de la Santé». Ces groupes affirment que tout délai augmentera les risques pour les Canadiens et ils demandent aux partis fédéraux de s'engager à adopter un décret provisoire dans les 60 jours suivant la formation du prochain gouvernement.

Cette coalition comprend notamment l'Association médicale canadienne, la Société canadienne du cancer, l'Association pulmonaire du Canada, Coeur et AVC, la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac et les Médecins pour un Canada sans fumée.

«Le vapotage chez les jeunes est devenu une crise de santé publique», a déclaré sans ombrage le président de l'Association médicale canadienne, le Dr Sandy Buchman.

Cet appel intervient au moment où l'on vient de signaler un cas de maladie grave liée au vapotage à London, en Ontario, et que des centaines de cas apparaissent aux États-Unis, qui ont fait sept morts.

«Même en faisant abstraction des récents rapports tragiques qui ont établi que des décès et des maladies respiratoires aigües ont été causés par le vapotage, il a été démontré que ces produits augmentent le risque de maladies cardiovasculaires, d'altération du développement cérébral chez les adolescents et d'issues défavorables de la grossesse», a rappelé Cynthia Callard, directrice générale de Médecins pour un Canada sans fumée.

Santé Canada a publié jeudi après-midi un rappel priant les Canadiens utilisant des produits de vapotage «de surveiller l'apparition chez eux de symptômes de maladie pulmonaire et de consulter un médecin sans tarder s'ils ont des préoccupations relatives à leur santé».

L'Agence de la santé publique du Canada et Santé Canada disent être au courant du rapport du Bureau de santé de Middlesex-London. Les deux agences mentionnent qu'elles ont «fourni aux provinces et aux territoires des directives nationales sur l'identification des cas possibles de maladie pulmonaire grave liée au vapotage ou à l'utilisation de la cigarette électronique au pays».

Un sondage réalisé pour Santé Canada, publié cette année, a révélé qu'un élève du secondaire sur cinq déclarait utiliser des produits de vapotage; chez les jeunes de 13 et 14 ans, ce taux était d'un sur sept.

«Cette crise est le résultat d'une règlementation inadéquate et d'un marketing irresponsable, estime Flory Doucas, codirectrice de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac. L'assouplissement des règles par le gouvernement l'an dernier a permis aux fabricants de tabac et de nicotine d'inonder le marché de ces appareils accessibles aux jeunes en les rendant attrayants, savoureux et bon marché, et en les promouvant dans les médias sociaux, à la télévision et par d'autres moyens qui rejoignent les jeunes.»

Santé

Alcool et drogues: 65 jeunes hospitalisés chaque jour au Canada

MONTRÉAL - Une hospitalisation sur 20, chez les jeunes de 10 à 24 ans, était attribuable aux problèmes liés à l’usage d’alcool ou de diverses drogues en 2017-2018, indique l’Institut canadien d’information sur la santé.

Dans sa plus récente étude, l’Institut révèle qu’il y a alors eu 23 580 séjours à l’hôpital chez les jeunes de 10 à 24 ans, soit un taux de 5 pour cent de tous les séjours à l’hôpital chez ces jeunes Canadiens.

C’est l’équivalent de 65 jeunes hospitalisés chaque jour au Canada, a précisé en entrevue Christina Lawand, chercheure principale à l’Institut.

Les «substances» prises en compte sont l’alcool, le cannabis, les opioïdes, les benzodiazépines, la cocaïne, la méthamphétamine et les autres, comme les solvants, hallucinogènes et produits inconnus.

Par province

Les résultats varient considérablement par province. La situation est particulièrement problématique dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, qui ont «des taux qui sont près de cinq fois plus importants que la moyenne canadienne», a souligné Mme Lawand.

On parle ici d’un taux de 1755 par tranche de 100 000 habitants pour les Territoires du Nord-Ouest et de 1095 par 100 000 habitants pour le Nunavut. À titre de comparaison, on parle d’un taux de 364 par 100 000 habitants pour l’ensemble du Canada.

Le Québec se situe sous la moyenne canadienne, avec un taux de 354 par 100 000 habitants, le Nouveau-Brunswick à 392 et la Nouvelle-Écosse à 260.

«Les provinces de l’Ouest sont généralement plus affectées que les provinces de l’Est», a noté la chercheuse Lawand.

Elle l’explique par des tendances historiques et certains facteurs socio-économiques comme la pauvreté. Par exemple, dit-elle, il est connu que les jeunes en région rurale sont plus susceptibles d’avoir des problèmes liés à l’utilisation de ces substances que les jeunes en milieu urbain, puisqu’il y a plus de services d’aide et de programmes de prévention en milieu urbain.

Santé mentale

La chercheuse s’inquiète du lien entre l’hospitalisation chez ces jeunes qui ont eu des problèmes après avoir consommé drogues et-ou alcool et les problèmes de santé mentale. Il peut s’agir de schizophrénie, de troubles psychotiques, de troubles anxieux, de troubles de l’humeur ou affectifs, par exemple.

«On voit que 70 pour cent des jeunes qui sont hospitalisés suite à l’utilisation d’une drogue ou de l’alcool sont aussi traités pour un problème de santé mentale. Et c’est une proportion environ deux fois plus élevée que pour les adultes qui sont hospitalisés suite à l’utilisation d’une substance», a-t-elle relevé.

Elle rappelle que cette étude de 2017-2018 date d’avant la légalisation du cannabis au pays.

Fait à noter, c’est le cannabis, suivi de l’alcool, qui entraîne la majorité des hospitalisations en raison des problèmes causés par l’utilisation de ces «substances» étudiées.

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Santé

Un premier cas de maladie respiratoire liée au vapotage signalé en Ontario

TORONTO — Les autorités médicales de London, en Ontario, ont signalé mercredi le cas d’un adolescent qui a souffert d’une maladie pulmonaire grave après avoir vapoté sur une base quotidienne.

Il s’agirait du premier cas de maladie respiratoire sévère liée au vapotage à être confirmé au pays.

Le Bureau de santé de Middlesex-London précise que le jeune patient s’est retrouvé sous respirateur artificiel aux soins intensifs, mais qu’il a depuis obtenu son congé de l’hôpital.

Le médecin-hygiéniste de cette unité de soins intensifs, Christopher Mackie, affirme que toute autre cause potentielle de ce trouble respiratoire, comme un cancer ou une maladie affectant son système immunitaire, a été étudiée et écartée.

«Le seul problème identifié est que l’individu fumait des cigarettes électroniques», explique le docteur Mackie.

Santé Canada a récemment averti les vapoteurs de surveiller l’apparition de symptômes tels que la toux, l’essoufflement, la fatigue, la diarrhée, le vomissement et les douleurs à la poitrine. Le ministère fédéral a également demandé aux professionnels de la santé de poser des questions à leurs patients sur leur utilisation de cigarettes électroniques et de leur demander s’ils ont des problèmes respiratoires.

Les responsables de la santé des États-Unis enquêtent sur des centaines de cas de problèmes respiratoires graves chez les personnes utilisant des appareils de vapotage. Ils ont enregistré 380 cas pour le moins probables, dont six décès.

Certains chercheurs américains pointent du doigt l’acétate de vitamine E, un agent épaississant utilisé dans les produits de vapotage qui peut causer des pneumonies lorsqu’il est inhalé.

Les autorités provinciales se mobilisent

Le cas de l’adolescent de London a été rapporté quelques heures seulement après que la ministre ontarienne de la Santé, Christine Elliott, eut ordonné à tous les hôpitaux publics de la province de signaler les cas de pneumopathie grave liée au vapotage.

La ministre s’est dite de plus en plus préoccupée par les conséquences possibles du vapotage sur la santé, en particulier chez les jeunes, mais les données disponibles dans la province sont insuffisantes pour comprendre le problème et consulter des experts sur des pistes de solution.

Une porte-parole de la ministre a déclaré que le cas de l’adolescent rapporté mercredi «souligne l’importance de collecter ce genre de données auprès des hôpitaux pour aller de l’avant et trouver des solutions fondées sur les preuves».

L’Alberta a également commencé à exiger que ses professionnels de la santé rapportent les cas suspects en vertu de la loi provinciale sur la santé publique.

Le ministère de la Santé de la Colombie-Britannique a pour sa part indiqué la semaine dernière qu’il se préparait à s’attaquer à cet enjeu, notamment par la sensibilisation, afin de réduire le nombre de jeunes qui se tournent vers le vapotage.

En Nouvelle-Écosse, le médecin-hygiéniste en chef dit qu’il a commencé à contacter informellement les unités de soins intensifs et les experts en troubles respiratoires à travers la province, à la recherche de cas similaires à ceux rapportés aux États-Unis.

Les six victimes américaines avaient toutes atteint l’âge adulte et certaines avaient des problèmes pulmonaires préexistants ou des conditions qui les rendaient plus fragiles. Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies aux États-Unis ignorent s’il s’agit d’un phénomène nouveau ou s’il vient à peine d’être mis en lumière.

Santé

Consommation d’alcool: les Gaspésiens plus sages, les citoyens de Québec... un peu moins

En matière de consommation d’alcool, les Gaspésiens et les Madelinots ont gagné en sagesse, ces dernières années, mais les citoyens de Québec, eux, sont beaucoup moins sages qu’avant.

Le palmarès 2019 d’Éduc’alcool révèle ainsi des changements dans les comportements des citoyens de plusieurs régions du Québec, qu’il s’agisse de consommation excessive, de conduite automobile après avoir consommé de l’alcool ou de consommation combinée d’alcool et de cannabis.

Consommation responsable

La consommation excessive est définie comme une consommation de cinq verres et plus lors d’une même occasion, durant la dernière année.

Ainsi, c’est maintenant la région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine qui remporte la palme de la consommation avec modération, elle qui était au 10e rang en 2017. Suivent l’Estrie au deuxième rang, puis au troisième rang ex aequo : Lanaudière, Laval et la Montérégie.

Et, à l’inverse, la région de Québec a subi la plus importante dégringolade en matière de consommation modérée d’alcool. La région de la Capitale-Nationale était première en 2015, cinquième en 2017, puis vient de tomber au 15e rang en 2019. Le Saguenay–Lac Saint-Jean occupe le 16e et dernier rang.

Le directeur général d’Éduc’alcool, Hubert Sacy, note que la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine démonte ainsi certains préjugés. «La Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine qui, selon une légende urbaine, était une région plutôt délinquante, et bien c’est complètement faux. C’est là qu’il y a le moins de conduite avec les facultés affaiblies; c’est là qu’il y a le moins de problèmes sociaux liés à la consommation d’alcool», a-t-il relevé.

Conduite automobile

La conduite automobile responsable est définie par Éduc’alcool comme ceux qui ne conduisent pas avec une alcoolémie supérieure à la limite légale.

Là encore, la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine est championne en 2019, tout comme elle l’était en 2017. Il s’agit là d’une grande amélioration par rapport à l’année 2015, alors qu’elle était au 13e rang sur 16.

L’Abitibi-Témiscamingue suit au deuxième rang, puis Chaudière-Appalaches, puis la Côte-Nord. C’est l’Outaouais qui arrive en queue de peloton.

Selon M. Sacy, la connaissance du fait que des barrages policiers ont été érigés dans la région ou le fait d’en avoir vu y est pour beaucoup dans le changement de comportement face à la conduite automobile après avoir consommé de l’alcool.

«En Gaspésie, c’est plus difficile, parce que tu as moins d’occasions de prendre des voies d’évitement. Ça pourrait être une explication», a-t-il lancé comme hypothèse.

De même, dans certaines régions, comme en Beauce, des accidents spectaculaires ont été hautement médiatisés. Cela a aussi pu influencer le comportement de gens qui avaient consommé de l’alcool et qui n’envisageront alors plus de conduire, a avancé M. Sacy.

Il a aussi cité comme facteur d’influence la formation donnée à des serveurs dans les bars, dans le cadre du cours «action service». Ces serveurs, mieux formés, apprennent à dissuader avec tact un conducteur trop éméché.

Des bars ont aussi des pratiques intéressantes, comme celle d’offrir des consommations sans alcool aux chauffeurs désignés, a-t-il rapporté.

Cannabis avec alcool

Pour ce qui est de la consommation combinée d’alcool et de cannabis, c’est Montréal qui arrive au premier rang, suivi de l’Outaouais, du Saguenay–Lac Saint-Jean, puis de Chaudière-Appalaches.

Éduc’alcool mène présentement une campagne contre la consommation combinée de ces deux substances, puisque l’effet s’en trouve alors amplifié. «Ça fait 300 ans qu’on étudie l’alcool», donc on en connaît mieux les effets, mais on ne peut en dire autant de la consommation du cannabis avec l’alcool, fait valoir M. Sacy.

Le palmarès est basé sur les déclarations de 6700 personnes interrogées par Crop pour le compte d’Éduc’alcool, à la fois par téléphone et par Internet.

Santé

Surplus budgétaires: les infirmières veulent leur part du gâteau

François Legault nuit au processus de négociation en vue du renouvellement des conventions collectives des employés du secteur public, du jamais vu, dénonce la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ).

Dans une sortie virulente à La Presse canadienne mardi, la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, accuse le premier ministre d’avoir «déjà dans sa tête la piste d’atterrissage» avant même le début des négociations.

«Les infirmières ne comprennent pas», a-t-elle laissé tomber au bout du fil. La Coalition avenir Québec (CAQ) avait promis de tout faire pour abolir le temps supplémentaire obligatoire, en plus d’évoquer un rattrapage salarial avec les infirmières ontariennes.

La semaine dernière, M. Legault a déclaré que le surplus budgétaire n’appartenait ni aux syndicats ni aux groupes de pression. Il a prévenu les employés du secteur public qu’ils ne devaient pas s’attendre à obtenir des augmentations salariales supérieures à l’inflation.

Il prévoit toutefois des exceptions pour les préposés aux bénéficiaires et les enseignants en début de carrière. «Pour l’instant, il n’y a pas d’autres groupes», a-t-il précisé, mardi.

«Comment peut-il dès lors nommer deux types d’emploi dans tout le réseau actuellement qu’il va privilégier? a réagi Mme Bédard. Ça ne se peut pas en début de négos, ça ne se peut pas quand il n’y a aucune représentation de faite, nos travaux ne sont pas là. On fait ça de façon rigoureuse, il faut regarder l’ensemble de l’œuvre avant de dire d’ores et déjà qu’avant une négociation, lui a déjà dans sa tête la piste d’atterrissage, c’est du jamais vu.

«Est-ce qu’on va pouvoir négocier? Est-ce que ça va être de bonne foi? Qu’est-ce qu’il est en train de dire comme message? Ça n’a aucun sens au Québec actuellement. Je ne peux pas croire que ça fait partie d’une stratégie. C’est assez particulier», a-t-elle fulminé.

Legault veut utiliser le surplus à sa guise

Plus tôt en point de presse, M. Legault a dit se sentir parfaitement en droit de consacrer le surplus budgétaire à la réalisation de certaines promesses électorales de son parti, la CAQ.

L’opposition officielle le prie plutôt de faire passer le bien commun avant ses intérêts partisans.

M. Legault s’est défendu en affirmant que les Québécois qui ont voté pour la CAQ s’attendent à ce qu’il respecte ses engagements, notamment ceux visant à réduire la taxe scolaire et les tarifs de garderie.

«Je tiens pour acquis que les Québécois qui ont voté pour la CAQ s’attendent à ce que les promesses faites par la CAQ soient respectées, a-t-il déclaré. Une fois qu’on a un gouvernement majoritaire, oui, moi je me sens lié par ce que j’ai promis.»

Au dernier scrutin, la CAQ a obtenu 37,5 % des votes exprimés. Le Parti libéral du Québec (PLQ) a formé l’opposition officielle avec 25 % des voix, le Parti québécois (PQ) en a récolté 17 % et Québec solidaire (QS), 16 %.

Le surplus budgétaire devrait atteindre cette année 4,3 milliards $, selon l’Institut du Québec, après le versement au Fonds des générations de quelque 3,1 milliards $. Il pourrait même dépasser les 5 milliards $, selon certaines estimations.

Le premier ministre a demandé d’être «prudent» en évoquant un surplus budgétaire de 4,3 milliards $. Selon lui, «on ne peut pas parler d’une marge de manœuvre de 4 milliards $» parce que des sommes ont déjà été affectées et parce qu’une partie du surplus est circonstancielle et non structurelle.

Conflit de travail ABI, prise deux?

Les déclarations de M. Legault ont fait bondir le chef intérimaire du PLQ, Pierre Arcand, qui estime que le surplus budgétaire appartient «à l’ensemble des Québécois».

Selon lui, le Québec est en train de revivre le conflit de travail à l’aluminerie ABI. Rappelons que ce lock-out a duré des mois et que M. Legault s’est publiquement prononcé en faveur de la partie patronale.

Le dossier ABI «a probablement traîné quelques mois de plus à cause de l’intervention du premier ministre qui a fait en sorte que les parties ne se sont pas parlé pendant plusieurs semaines», analyse M. Arcand.

«J’ai l’impression de revivre ça, ça n’augure rien de bon, a-t-il déclaré en mêlée de presse mardi, jour de rentrée parlementaire à Québec. Il faut absolument [...] amener des politiques qui sont d’intérêt public.»

Nancy Bédard partage le même avis. «Pour moi, [le dossier ABI] c’est la même chose. Très mauvais message», a-t-elle lancé.

Les libéraux ont plaidé pour que les employés de l’État soient rémunérés «de façon convenable». «Avant de commercer une négociation, la première chose, c’est qu’il faut créer un climat de confiance. Je ne crois pas que par ses déclarations, le premier ministre va créer ce climat de confiance à la table de négociations», a renchéri Pierre Arcand.

Santé

Prendre la pilule contraceptive à l'adolescence augmenterait les risques de dépression

La pilule contraceptive représente l’un des plus grands succès de la médecine moderne. Quand elle est devenue accessible dans les années 60, elle a contribué à révolutionner le rôle des femmes dans la société, leur assurant un contrôle sans précédent sur leur fertilité.

Aujourd’hui, plus de 100 millions de femmes partout dans le monde prennent ces pilules d’hormones contraceptives, particulièrement populaires auprès des adolescentes.

De toute évidence, la pilule est une façon hautement efficace de prévenir les grossesses non désirées. Même des femmes qui ne sont pas actives sexuellement y ont recours pour d’autres raisons, notamment pour réduire les douleurs menstruelles ou soigner l’acné.Toutefois, à l’origine, on destinait ce médicament à des patientes adultes et il y a beaucoup de choses que l’on ne sait pas sur les effets secondaires que la pilule peut avoir sur des usagères plus jeunes.

Une période délicate

La puberté est une étape critique de la vie marquée par une croissance rapide et des changements dans le corps et le cerveau. On sait que, chez les animaux, les hormones sexuelles comme l’oestrogène et la progestérone affectent le développement du cerveau durant la puberté. S’il en est de même pour les humains, la prise de ces hormones – qui sont les substances de base de la pilule contraceptive – durant cette période délicate, pourrait affecter le développement et, à long terme, avoir des conséquences sur la santé mentale.

Globalement, les résultats des recherches sont mitigés en ce qui concerne le lien entre l’usage de contraceptifs oraux et le risque de dépression. Certaines études n’ont trouvé aucun lien, d’autres ont démontré que les femmes adultes prenant la pilule avaient un risque moins élevé de souffrir de dépression que celles qui n’en prenaient pas.

Mais une étude récente, la plus vaste réalisée sur le sujet - incluant plus d’un million de femmes vivant au Danemark – a conclu que celles qui prennent la pilule ou d’autres hormones contraceptives courent un risque plus élevé de souffrir de dépression. L’étude démontre également que ce lien entre contraceptif et dépression est encore plus fort à l’adolescence.

Risque accru de dépression

Notre récente étude, publiée dans le Jourmal of Child Psychology and Psychiatry, va au-delà des recherches précédentes en tentant de savoir si l’usage de la pilule augmente le risque de dépression non seulement à court terme mais également à long terme. Nous avons examiné les données de 1 236 Américaines âgées entre 20 et 39 ans ayant participé au sondage du National Health and Nutrition Examination Survey et partagé l’historique de leur usage de la pilule.

Près de la moitié de ces femmes ont commencé à prendre la pilule à l’adolescence. Et le risque de dépression chez elles (16 pour cent) a été plus élevé que chez celles qui n’avaient jamais pris la pilule (six pour cent) ou celles qui ne l’avaient prise qu’à l’âge adulte (neuf pour cent).

Ces écarts de groupe dans le risque de dépression sont resté stables – ou se sont creusés – lorsqu’on a exercé un contrôle statistique sur d’autres variables, comme l’âge des premières menstruations, l’âge du premier rapport sexuel, l’état actuel des relations amoureuses, le statut socio-économique, l’ethnicité et l’usage courant de contraceptifs.

Nos résultats suggèrent que l’usage de contraceptifs oraux durant les années de l’adolescence peut avoir un effet à long terme sur le risque de dépression chez les femmes, plusieurs années même après qu’elles aient cessé de les prendre.

Usage précédent de la pilule

Comment expliquer ces résultats contradictoires sur le lien entre l’usage de la pilule et le risque de dépression? Nous croyons que la contradiction est due à la façon dont les chercheurs ont regroupé les femmes étudiées.

Parce que la plupart des recherches s’intéressaient aux effets de la pilule à court terme, les chercheurs ont créé un groupe pour les femmes qui utilisaient la pilule à ce moment-là. Mais ils n’ont pas inclus dans ce groupe les femmes qui avaient déjà pris la pilule (et l’auraient arrêté entretemps). Nous croyons que pour cette raison, les chercheurs ont peut-être involontairement sous-estimé les effets de la pilule sur le risque de dépression.

Prenons l’exemple de l’usage du tabac. Il a des effets à long terme sur le risque de cancer du poumon. Si on n’avait comparé que les fumeurs aux non-fumeurs sans prendre en compte ceux qui avaient déjà fumé, on aurait pu conclure le contraire, à savoir qu’il n’y a pas de lien entre l’usage du tabac et le risque de cancer du poumon. Grouper les ex-fumeurs avec ceux n’ayant jamais fumé peut mener à des conclusions erronées, parce que l’état de santé de leurs poumons peut différer en raison des effets à long terme du tabac.

C’est pour la même raison que nous croyons que les recherches à venir ne devraient pas grouper les ex-usagères de la pilule avec celles qui ne l’ont jamais prise.

Choisir la pilule

Prendre la pilule est une décision très personnelle et nous endossons sans réserve la déclaration des Nations-Unies voulant que l’accessibilité à l’information et aux services en matière de contraception soit un droit universel. La pilule procure des avantages indéniables et beaucoup de femmes qui l’utilisent ne souffrent pas d’effets négatifs.

Nous croyons qu’il est urgent de mener des recherches plus poussées sur le sujet. Nous ne croyons pas que toutes les femmes subissent des effets secondaires identiques lorsqu’elles utilisent la pilule contraceptive. C’est pourquoi il serait prématuré de faire une déclaration générale sur la marche à suivre quant à la prise de contraceptifs oraux à l’adolescence.

Nous espérons toutefois que notre recherche va inciter les adolescentes et leurs parents à consulter leurs médecins quant aux risques et avantages associés aux diverses options disponibles, en particulier s’il existe un historique de dépression dans la famille ou d’autres raisons de croire qu’elles pourraient être sensibles à certains effets secondaires des contraceptifs.

Orientations futures

Il est important de comprendre que puisque notre étude s’appuie sur des corrélations, elle ne nous permet pas de conclure que la prise de la pilule se traduit nécessairement par un risque accru de dépression.

Même si nous avons exercé un contrôle statistique de toutes les variables trouvées dans les données auxquelles nous avons eu accès et dont nous pensons qu’elles pouvaient jouer un rôle dans le lien entre pilule et risque de dépression, nous ne pouvons exclure la possibilité que d’autres variables aient pu entrer en ligne de compte.

Finalement, l’étude que nous avons produite n’est qu’un élément d’un plus grand casse-tête auquel devront s’ajouter une combinaison d’autres recherches corrélationnelles et expérimentales. Chaque approche en recherche comporte ses forces et faiblesses. Il faut des données convergentes issues d’études sur des animaux et des humains, de séries de données épidémiologiques, d’essais aléatoires et contrôlés, et d’approches transversales et longitudinales.

À cette fin, nous avons lancé une recherche prospective à l’Université de la Colombie-Britannique dans le but d’examiner le sujet dans un contexte plus large. Nous allons suivre les niveaux hormonaux de centaines d’adolescentes, leur usage de contraceptifs hormonaux oraux, leur fonctionnement social et affectif, leur réactivité au stress et ce, au cours des trois à cinq prochaines années.

Nous espérons que cette recherche éclaircira davantage le dialogue et les décisions en matière contraceptive pour les adolescentes.

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Ce texte est d'abord paru sur le site franco-canadien de The Conversation. Reproduit avec permission.

«La science dans ses mots» est une tribune où des scientifiques de toutes les disciplines peuvent prendre la parole, que ce soit dans des lettres ouvertes ou des extraits de livres.

Santé

Un hygiéniste dentaire suspendu pour avoir soigné sa femme

TORONTO — Un hygiéniste dentaire dont le permis de pratique a été suspendu sous prétexte d’agression sexuelle parce qu’il a traité sa femme n’est pas parvenu à faire annuler la décision.

La décision de la Cour divisionnaire de l’Ontario confirmant la peine «sévère» infligée à Alexandru Tanase a été prise même si les régulateurs ont proposé d’autoriser les hygiénistes à traiter les conjoints comme peuvent le faire les dentistes.

«Il n’y a pas d’autre cas d’hygiéniste dentaire au Canada qui ait été reconnu coupable d’abus sexuel pour avoir traité sa femme, a noté la Cour dans sa décision. Il est en effet regrettable que le comité de discipline ait choisi de traiter la plainte.»

Amie devenue amoureuse

Une audience disciplinaire a eu lieu à la suite d’une plainte déposée auprès de l’Ordre des hygiénistes dentaires de l’Ontario par un collègue qui avait repéré une publication faite sur Facebook en juin 2016 par l’épouse de M. Tanase, identifiée par les lettres S.M., au sujet des soins qu’il lui avait prodigués.

La preuve présentée au comité de discipline indiquait que S.M. craignait les soins dentaires et qu’elle ne recevait aucun soin depuis plusieurs années lorsqu’elle est devenue une amie platonique de M. Tanase en 2012. Il lui a rapidement offert un traitement gratuit en cabinet.

Au milieu de l’année 2014, des documents du tribunal indiquent qu’ils sont devenus amoureux et qu’il a cessé de la soigner parce que les relations sexuelles sont interdites entre les professionnels de la santé et leurs patients. La province a adopté la politique de tolérance zéro en 1993 afin d’éviter que des patients soient exploités. Le consentement n’a aucune importance.

Confusion

Alors qu’il travaillait dans une clinique à Guelph, en Ontario, un collègue a indiqué à Alexandru Tanase que les hygiénistes dentaires étaient autorisées à soigner leur conjoint. En fait, le Collège a approuvé une exemption pour conjoint en septembre 2015, mais le législateur n’a jamais adopté le règlement, comme il l’a fait pour les dentistes.

Sur la base de sa compréhension erronée de la loi, M. Tanase a recommencé à traiter sa fiancée, qui se serait sinon opposée au traitement, et a continué de le faire après leur mariage au début de l’année 2016.

Le comité de discipline a décidé qu’il n’avait d’autre choix que de conclure que M. Tanase avait violé l’interdiction d’avoir des relations sexuelles avec un patient — même si la patiente était son épouse et que les relations sexuelles étaient consensuelles — et qu’il fera donc l’objet d’une suspension automatique de son permis de pratique.

«Vous avez payé un lourd tribut, a déclaré le comité. Nous espérons sincèrement vous revoir pratiquer la profession d’hygiéniste dentaire.»

M. Tanase a interjeté appel devant les tribunaux, arguant que la loi violait ses droits constitutionnels.

Dans sa décision, le comité de la Cour divisionnaire a déclaré que M. Tanase ne représentait aucun danger pour le public et a exprimé sa sympathie pour le couple, sachant que M. Tanase ne pourrait pas exercer avant au moins cinq ans.

Traitement «injuste»

Le comité a noté un cas passé dans lequel le Collège n’avait imposé aucune mesure disciplinaire contre une hygiéniste ayant traité son mari étant donné leur relation conjugale préexistante et s’était demandé pourquoi la plainte à l’égard de M. Tanase a fait tant de chemin. Le tribunal a également estimé qu’il lui semblait injuste que les dentistes puissent traiter leur conjoint, mais pas les hygiénistes.

Néanmoins, le comité a jugé que la révocation de la licence à titre d’«agresseur sexuel» et que «la stigmatisation» de l’affichage de détails de sa sanction sur le site Web du collège était constitutionnelle et ne constituait pas un châtiment cruel ou inhabituel. La loi en vigueur et les décisions judiciaires antérieures confirment la validité de l’interdiction de relations sexuelles et la sanction obligatoire pour une violation le force à agir ainsi, a soutenu le tribunal.

«Tant que le gouvernement ontarien n’aura pas approuvé le règlement proposé par l’Ordre des hygiénistes dentaires pour promulguer une exemption pour conjoint, la révocation obligatoire et les mesures accessoires imposées par le comité de discipline à l’égard des conjoints doivent être maintenues», a déclaré le comité.

Le gouvernement n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire, mais l’avocat de M. Tanase, Seth Weinstein, a déclaré que son client envisageait de demander l’autorisation d’interjeter appel devant un tribunal formé de cinq juges, car la Cour d’appel avait déjà confirmé la validité de la loi.

«De notre point de vue, la loi n’a jamais été conçue pour punir cette conduite», a déclaré M. Weinstein.

Santé

Un ex-infirmier radié pendant six mois: «Si j’avais un gun, je la tirerais»

«Si j’avais un gun et une balle, je la tirais.» Pour ces propos référant à une patiente atteinte de démence dont il avait la charge, et pour d’autres comportements contrevenant à son code de déontologie, un ex-infirmier de l’Hôpital Saint-François D’Assise sera radié de son ordre professionnel pour une période de six mois. À l’autre bout du spectre, une ex-infirmière du CLSC de Saint-Jean-sur-Richelieu s’est vu imposer une radiation de cinq ans pour avoir développé une relation amoureuse avec un de ses patients.

Les paroles et les gestes reprochés à Mohamed Islam Ben Sid El Haj, dont la première inscription au tableau de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) remonte en 2014-2015, se sont déroulés entre mai 2015 et mai 2016, dans un contexte de soins auprès d’une clientèle vulnérable. 

Le 6 avril 2016, Ben Sid El Haj a tenu des propos agressifs lors d’une intervention auprès d’une patiente atteinte de démence et qui avait l’habitude de faire de l’errance dans le corridor adjacent à la chambre qu’elle occupait, peut-on lire dans la décision du conseil de discipline de l’OIIQ rendue le 23 août dernier. 

Suivant le témoignage d’une infirmière et les conclusions d’une enquête interne, l’intimé a sollicité l’aide de sa collègue en lui disant: «Viens m’aider, parce que là, je ne suis plus capable, je ne sais pas ce que je vais lui faire, j’ai tout essayé, mais elle ne comprend rien.» Et d’ajouter: «Si j’avais un gun, je la tirerais.»

Quelques jours plus tard, soit le 19 avril 2016, l’infirmier a «fait preuve de violence physique et verbale» à l’endroit d’un autre patient présentant des «troubles psychiatriques avancés». 

«La nuit, il [le patient] mettait le capuchon de sa robe de chambre et il nous invitait à se battre, à boxer. Il jetait ses choses par terre pour que lorsqu’on les ramasse, il nous donne des coups de pieds», a témoigné la collègue de l’intimé. 

La nuit du 19 avril 2016, donc, l’intimé est intervenu auprès du patient, qui «décompensait». «Sans tenter aucune négociation ou autre forme d’approche pour essayer de le calmer, de manière autoritaire, expéditive et sans compassion, l’intimé assoit de façon brusque le client [patient] pour recourir directement à une contention abdominale au fauteuil», rapporte le conseil de discipline de l’OIIQ.

Propos inappropriés 

Le matin du 13 mai 2016, un patient en perte d’autonomie et atteint de troubles cognitifs a sonné au poste des infirmières pour qu’on l’aide à se rendre à la toilette. L’intimé lui a répondu que «c’était l’heure de dormir, qu’il avait une culotte spéciale pour uriner et de faire sa selle dedans», relate le conseil de discipline. 

La plainte déposée contre Mohamed Islam Ben Sid El Haj fait également état de propos inappropriés tenus à l’égard de plusieurs collègues. Le conseil de discipline cite notamment des propos à caractère sexuel tenus à l’endroit d’une infirmière, du genre «toi, je serais capable de te mettre enceinte». 

«À une autre occasion, il a dit à une préposée aux bénéficiaires : ‘‘Veux-tu venir vider la mienne (en parlant de sa poche) [NDLR: c’est le conseil de discipline qui précise]. Je vais te prendre contre le mur»», peut-on lire dans la décision du conseil. 

Dans une lettre datée du 6 juillet 2016, l’employeur de l’intimé, le CIUSSS de la Capitale-Nationale, lui faisait part de sa décision de le congédier le jour même. 

Maltraitance évidente

Pour le conseil de discipline de l’OIIQ, «la violence verbale et physique dont l’intimé a fait preuve est d’autant plus grave et répréhensible qu’elle est dirigée vers des personnes vulnérables, en perte d’autonomie ou souffrant d’une forme ou d’une autre de démence». 

Le conseil de discipline estime également que le fait de refuser de prodiguer de l’aide et de l’assistance à un patient qui a besoin d’aide pour aller à la salle de bains, c’est «clairement un acte qui porte atteinte à la dignité de ce dernier» et c’est «hautement répréhensible», en plus de constituer «une manifestation évidente de maltraitance». 

Quant aux propos tenus au sujet ou à l’égard de plusieurs de ses collègues de travail, le conseil de discipline les juge «inacceptables et intolérables». «Ils sont incompatibles avec l’exercice de la profession d’infirmière ou infirmier et ternissent l’image de la profession», écrit le conseil.

Pas d’explications 

Sans antécédent disciplinaire, l’intimé a plaidé coupable «à la première occasion», note le conseil. «Étant absent lors de l’audience, l’intimé n’a pas donné au Conseil sa version des faits pour l’aider à comprendre sa conduite ni les raisons pour lesquelles cela s’est produit», ajoute le conseil de discipline, précisant que l’intimé avait exprimé des regrets dans une déclaration assermentée.

«En l’absence du témoignage de l’intimé, le Conseil n’est pas en mesure d’affirmer qu’il est rassuré quant au risque de récidive de l’intimé, lors de son éventuelle réinscription au tableau des membres de l’Ordre», écrit encore le conseil avant de radier l’infirmier pour une période de six mois. La radiation sera effective à compter du 27 septembre.

Employé au privé

Vérification faite dans le site de l’OIIQ, le lieu d’exercice principal de Mohamed Islam Ben Sid El Haj est l’Auberge Boischatel, une résidence privée de 38 unités qui héberge des personnes âgées semi-autonomes, peut-on lire sur la page Facebook de l’entreprise. Il y travaille toujours, selon ce qu’il a été possible d’apprendre en téléphonant à l’Auberge. 

La responsable de la résidence ne nous avait pas rappelés au moment d’écrire ces lignes.

Santé

Québec remboursera en partie les lunettes pour les moins de 18 ans [VIDÉO]

RIVIÈRE-DU-LOUP - Le programme était déjà connu, mais il a été annoncé une fois de plus jeudi par le premier ministre François Legault: Québec va rembourser une partie des frais encourus pour procurer des lunettes aux moins de 18 ans.

Le programme, rendu public dans le dernier budget, en mars, est en fait déjà entré en vigueur depuis le 1er septembre.

Il prévoit un remboursement de 250 $ lors d’un achat de lunettes ou de lentilles cornéennes aux personnes âgées de moins de 18 ans.

Les contribuables pourraient ainsi, en théorie, devoir acquitter la somme de 36 millions $ annuellement.

Le gouvernement est d’avis que la mesure contribuera à diminuer le décrochage scolaire.

L’annonce a été faite par le premier ministre, entouré de trois de ses ministres, en marge du caucus de la rentrée parlementaire de l’équipe gouvernementale.

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Santé

Financement à l’activité: des craintes pour les soins en région et psychosociaux

Les hôpitaux situés en région et les soins psychosociaux pourraient être pénalisés si le gouvernement prend le virage du financement axé sur le patient. Un syndicat recommande à la ministre de la Santé Danielle McCann de se méfier des dérives d’une gestion axée sur les statistiques.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux a publié en juillet les détails d’un projet expérimental de collecte de données, une première étape qui mènera vers le financement axé sur le patient, aussi appelé financement à l’activité. Au lieu que chaque hôpital du Québec soit financé sur une base historique, le gouvernement voudrait calculer le nombre exact de soins qui y sont donnés et financer l’établissement à la hauteur des services ainsi rendus à la population.

«C’est clair pour nous qu’un grand hôpital qui peut se spécialiser va bénéficier de l’effet de volume et va pouvoir être plus performant. Il va avoir vraiment un avantage marqué sur les régions, qui elles doivent donner une multitude de services», commente Stephen Léger, vice-président à l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS). 

Dans un avis transmis à la ministre de la Santé Danielle McCann, l’APTS recommande qu’elle compense «les impacts négatifs» de cette réforme à venir sur le financement de la santé et des services sociaux «à l’extérieur des grands centres urbains». «Il ne faudrait pas que les régions soient pénalisées. Pour nous, ça représente un grand danger», ajoute M. Léger. 

L’APTS s’inquiète aussi que ce mode de financement s’applique aux soins psychosociaux. M. Léger évalue que «la pression est déjà grande à l’heure actuelle pour fermer des épisodes de soins» avec un patient afin de passer un autre. Il craint que cette pression s’accentue avec ce nouveau mode de financement, axé sur la performance. 

«Quand les gens font des demandes pour des services psychosociaux, c’est multifactoriel. Par exemple au départ, il y a problème de deuil. La pression est grande pour que l’intervenant traite juste ça. Mais si la personne te parle d’autres problèmes, d’abus financier, d’isolement, tu fais quoi?» demande M. Léger. 

L’APTS recommande que les centres qui offrent ce type de suivi soient retirés du projet expérimental, étant donné «qu’on peut difficilement quantifier les services psychosociaux nécessaires à un parcours de soins et des services et leur attribuer un coût». 

En douce

Le syndicat se dit d’ailleurs surpris que le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) aille de l’avant avec une telle réforme du mode de financement des hôpitaux, dont les bases ont été jetées par l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette. «À la CAQ, ils disaient lorsqu’ils sont arrivés au gouvernement que c’était fini les grandes réformes en santé. Là, c’est une réforme importante et oui, on la passe en douce actuellement», juge M. Léger. 

Si le mode actuel de financement n’est «pas parfait», M. Léger croit que le gouvernement du Québec doit éviter de ne jurer que par «les statistiques». Il ne faudrait pas selon lui adopter une approche qui ressemble trop à celle des États-Unis, où le coût de tous les soins sont calculés, afin de faciliter le remboursement par les régimes privés d’assurance. «Je ne pense pas qu’on veut faire du travail à la chaîne au Québec. On veut prendre soin de la population en général et pour ça, il faut faire de la prévention aussi», commente-t-il. 

La France a fait un pas de recul l’an dernier en rejetant certains éléments du financement axé sur le patient. Des établissements de santé étaient tentés de multiplier certains actes médicaux, qui s’avéraient parfois inutiles, afin de boucler leurs budgets. 

Au cabinet de la ministre de la Santé Danielle McCann, on rappelle que ce projet en est à ses débuts. «On entend les craintes. Par contre, on va laisser le projet expérimental suivre son cours», indique l’attaché de presse Alexandre Lahaie, sans commenter davantage. 

Santé

Heures sup obligatoires des infirmières: la FIQ demande une révision au tribunal

MONTRÉAL — La FIQ se retrouve de nouveau devant le tribunal, lundi, pour son long combat contre les heures supplémentaires obligatoires imposées aux infirmières.

La Fédération interprofessionnelle de la santé, qui représente 76 000 infirmières, infirmières auxiliaires et autres professionnelles en soins, a déposé une requête pour demander au Tribunal administratif du travail de revoir la décision qu'il avait rendue à ce sujet, en avril dernier.

Le tribunal avait alors refusé de s'ingérer dans la question du recours au fameux TSO - le Temps supplémentaire obligatoire - comme mode de gestion des ressources infirmières.

La FIQ estime que le recours au TSO est trop fréquent, que les directions d'établissements y ont recours sans chercher d'autres solutions, alors qu'il devrait n'être qu'exceptionnel ou pour les situations urgentes.

Le combat de l'organisation syndicale contre le TSO avait culminé dans une Journée nationale sans TSO, le 8 avril.

La FIQ avait du même souffle porté son combat devant le tribunal, lui demandant d'ordonner aux gestionnaires des établissements de santé de cesser de gérer «de façon négligente, fautive et abusive les ressources professionnelles», portant ainsi atteinte aux services auxquels le public a droit.

La requête de la FIQ avait toutefois été rejetée. Le Tribunal administratif du travail avait estimé qu'il n'avait pas compétence pour rendre l'ordonnance requise par la FIQ. Il avait estimé qu'il ne lui appartenait pas de se substituer aux employeurs ou à la ministre de la Santé pour déterminer quels services doivent être offerts à la population ou comment les dispenser.

Le 27 mai, la FIQ a donc déposé sa requête en révision devant le tribunal. Les audiences commençaient lundi.

L'organisation syndicale mène en même temps une campagne contre le TSO, en donnant des exemples concrets des répercussions qu'il peut avoir sur la vie familiale et personnelle des infirmières et infirmières auxiliaires.

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a déjà demandé aux directions d'établissements de «rehausser» les postes d'infirmières afin de diminuer le recours au TSO. Il s'agit par exemple de faire passer le nombre de jours de travail de deux à trois ou de trois à quatre ou de quatre à cinq, ce qui devrait permettre de stabiliser les équipes soignantes, de rendre les postes plus attrayants et de diminuer le recours aux heures supplémentaires obligatoires.

Santé

Les infections attrapées par les patients dans les hôpitaux en baisse de 30 %

Les infections attrapées par des patients à l'hôpital, qui peuvent être mortelles, comme celles causées par la bactérie C. difficile, sont en baisse de 30 %, rapportent des analyses d'un groupe de chercheurs faisant partie du Programme canadien de surveillance des infections nosocomiales (PCSIN).

Cette diminution a été constatée entre 2009 et 2017, dans toutes les régions du Canada.

«C'est certainement une bonne nouvelle», s'est exclamé en entrevue avec La Presse canadienne le docteur Geoffrey Taylor, l'auteur principal de cette étude, qui enseigne la médecine à l'Université de l'Alberta, et qui fait partie du PCSIN. Le docteur espère que ce constat va rassurer les gens.

La proportion de patients qui avaient attrapé une infection à l'hôpital en 2017 était de 7,9 %, soit une baisse de 30 % par rapport à la proportion de 11,3 % qui avait été enregistrée en 2009.

L'infection la plus courante était l'infection urinaire (32 % du total des infections — mais environ 4 % du total des patients hospitalisés), suivie de la pneumonie (23 % du total des infections recensées), des infections du site opératoire (20 %), des infections du système sanguin (15 % et des infections causées par la bactérie C. difficile (9 %).

Les conclusions de cette recherche ont été publiées lundi dans le Journal de l'Association médicale canadienne. Cette surveillance est importante, car les infections liées aux hospitalisations sont une cause courante de morbidité et de mortalité chez les patients.

Et pourquoi cette baisse en 2017?

«Il n'y a pas qu'une seule raison pour cette diminution générale de tous les types d'infections», a souligné en entrevue le Dr Taylor, qui est aussi un directeur médical à l'Hôpital de l'Université de l'Alberta.

«Cela suggère que les hôpitaux ont utilisé une variété de méthodes pour prévenir les infections, comme une amélioration du lavage des mains, de meilleurs programmes de gestion de l'utilisation des antimicrobiens, parmi d'autres mesures», dit-il.

«Et cela a été payant», se réjouit-il.

Mais un nouveau problème est toutefois apparu.

Des entérobactéries résistantes aux carbapénèmes (ERC), soit des bactéries qui sont résistantes à une classe d'antibiotiques appelée «carbapénèmes» — ce qui rend les infections extrêmement difficiles à traiter — ont été identifiées pour la première fois en 2017, une situation qui préoccupe le docteur Taylor. Il y a eu juste trois cas, dit-il, mais il faut agir maintenant.

Car bien qu'il y ait eu un déclin de la prévalence des infections liées aux soins de santé en 2017 comparativement aux années précédentes, plus de travail est nécessaire pour prévenir celles associées aux instruments médicaux et aux organismes résistants aux antibiotiques, préviennent les membres du PCSIN.

Le Dr Taylor estime qu'il faut encore plus de surveillance de ces types d'infection pour bien comprendre leurs mécanismes et aussi pour mieux orienter la recherche future.

Pour cette analyse qui s'est étalée sur plusieurs années, les chercheurs rapportent que 6747 patients y ont participé en 2002, 8902 en 2009 et 9929 en 2017.

Santé

Fonds des Millepattes: combattre ensemble les maladies rares

Jacob a tout juste 5 ans et doit vivre avec une maladie rare, l’hyper-IgD. Sa famille est bien au fait des difficultés financières, physiques ou psychologiques qu’un tel combat représente. Avec le désir d’aider et de sensibiliser, elle a organisé une première activité-bénéfice majeure dans la région.

Le Fonds des Millepattes a été créé à Sherbrooke par la famille de la jeune Abigaël Walker, atteinte de polychondrite chronique récidivante, une maladie rare qui cause l’inflammation sévère de son larynx, de sa trachée et de ses bronches. La mission se veut simple : amasser des sous pour les familles vivant avec une maladie rare ou orpheline, en plus de faire vivre des moments heureux avec l’organisation de plusieurs activités. 

«Ma conjointe avait écouté l’émission Donnez au suivant, avec Chantal Lacroix, et c’est là qu’elle a vu Abigaël et le Fonds des Millepattes. C’était l’organisme qui était le plus proche de ce qu’on vivait. Il n’y en a pas ici, à Québec. En tant que parent, on voulait offrir ce genre de soutien là ici», exprime le papa de Jacob, Pierre Savard. 

Les maladies dites rares ou orphelines sont moins connues, moins discutées. On ne voit pas les symptômes avec les maladies arthritiques. Pourtant, ceux qui en sont atteints doivent se battre avec elle tous les jours. 

Jacob avait de fortes fièvres toutes les deux semaines pendant quatre mois avant que les professionnels de la santé comprennent qu’il s’agissait de fièvre périodique. Maintenant, le jeune garçon prend des inflammatoires tous les jours pour calmer les douleurs. Il n’y a pas de traitement existant, les recherches sont difficiles et peu avancées. 

«On a approché la famille Walker et on les a rencontrés en mars dernier. Ils étaient impressionnés de voir qu’on veut s’impliquer, ils ne pensaient pas sortir de l’Estrie, c’était un fonds local. Et nous on était prêt à le faire. Ça va nous aider à faire quelque chose de plus, et éventuellement d’autres personnes dans la région pourront en bénéficier. On veut que notre entourage soit conscient que ces maladies-là existent», soutient M. Savard. 

Le Fonds des Millepattes Lévis pourra facilement s’étendre jusqu’à la rive nord. La famille Savard a pour objectif de créer un comité l’an prochain et d’amasser des fonds afin de soutenir les familles financièrement, que ce soit pour compenser l’absence au travail ou les nombreux déplacements à l’hôpital. 

«On ne retire aucun argent de ça, on n’en a pas besoin. On le fait pour une prochaine famille. Des activités comme celle-là, c’est aussi un soutien moral. Ça donne un répit, les familles sont toujours dans les hôpitaux et les activités sont limitées. Ce qu’on veut, c’est donner un mini rêve d’enfant. On veut créer la même énergie qu’à Sherbrooke.»

L’activité de dimanche se déroulait à la Cité sportive de Lévis. Maquillage, Zumba et jeux gonflables étaient les principales activités. Plusieurs commanditaires ont soutenu l’événement, et la famille a rassemblé plus de 5000 $. 

Le millepattes voyage

Il y a six ans, Stephen Walker ne pensait pas que le millepattes allait se déplacer à l’extérieur de l’Estrie.

«C’était toujours un rêve que le millepattes se déplace, il y a du monde qui a besoin d’aide partout. Juste cinq ou six ans après, déjà? C’était vraiment super. Lévis nous connaît, notre histoire et notre mission. Ça veut dire qu’on fait quelque chose de bien. On est vraiment contents», indique-t-il. 

Il tenait à être présent pour la première activité majeure de Lévis. 

Santé

Les changements climatiques, source d'«écoanxiété» chez les jeunes

MONTRÉAL — La Terre se réchauffe, les glaciers fondent, le niveau des océans augmente et la forêt amazonienne brûle : notre planète est en si mauvaise santé, et son avenir paraît si sombre, que certains commencent à perdre tout espoir et sont maintenant en proie à un phénomène relativement nouveau, «l'écoanxiété».

«C'est un concept qui est beaucoup utilisé en Europe et dans d'autres pays, et nous on commence à le voir tranquillement, a dit la docteure Jalila Jbilou, qui est professeure agrégée à l'École de psychologie de l'Université de Moncton. C'est comme une conceptualisation d'une préoccupation qui existait déjà dans le milieu. On a vraiment un terme par rapport à ça.»

Le phénomène affecte surtout les jeunes, pour des raisons évidentes, mais aussi des adultes, au point de pouvoir devenir «pathologique» chez certains, a-t-elle ajouté.

«Ça touche tout le monde, a expliqué la docteure Jbilou. Il y a une vingtaine ou une trentaine d'années, c'était plus des gens qu'on identifiait comme des hyper engagés, des hyper orthodoxes de l'écologie et de l'environnement, et là on se rend compte en fait que, dans cette masse de "revendicateurs politiques", il y a des gens qui sont vraiment anxieux et préoccupés et à la limite terrorisés par ce qui va arriver.»

On peut facilement penser à une anxiété et un désespoir extrême, poursuit-elle : l'écologie peut n'être qu'une première étape, et après tout s'effondre et ça a un effet beaucoup plus grand.

«L'anxiété c'est une préoccupation pour le futur, et ça c'est le grand point qui est avancé surtout par les gens qui se préoccupent de l'écologie : oui, tout de suite, les choses vont plus ou moins bien, mais le problème on l'a devant nous, il arrive et il s'en vient», a-t-elle dit.

Pas nouveau

Ce n'est pourtant pas d'hier que l'humain a un impact sur son environnement.

S'il n'y a aucun doute que les changements climatiques et la destruction de l'environnement constatés aujourd'hui soient de grande ampleur, et qu'ils aient tendance à s'accélérer, une vaste étude publiée récemment par le prestigieux magazine Science démontrait que l'humain a commencé à modifier son environnement il y a environ 3000 ou 4000 ans, soit beaucoup plus tôt qu'on ne le croyait jusqu'à présent.

L'étude ArchaeoGLOBE, qui a mis à contribution 255 chercheurs à travers le monde, révèle que c'est à ce moment que les humains ont commencé à domestiquer les animaux et les plantes. Les premiers agriculteurs et éleveurs ont alors notamment détruit les forêts pour faire pousser leurs récoltes ou créer des pâturages. Environ 40 % de la surface terrestre de la planète était touchée il y a 4000 ans.

«Les changements cumulatifs à long terme provoqués par les premiers producteurs de nourriture sont plus importants que plusieurs ne le réalisent», a indiqué dans un communiqué une des auteures de l'étude, Andrea Kay de l'Université du Queensland.

Ces données pourraient permettre aux chercheurs d'examiner quelles solutions avaient été adoptées par les civilisations anciennes pour mitiger les effets négatifs de la déforestation, de la rareté de la ressource en eau, et autres.

Les chercheurs croient que ces nouvelles données pourraient aussi permettre de mieux prédire le futur impact humain sur l'environnement, puisque des prédictions de qualité comparent le présent au passé et que le portrait actuel du passé sous-estime cet impact.

Responsabilité collective

Mme Jbilou se dit frappée par l'exemple de Greta Thunberg, la jeune militante environnementale suédoise qui est notamment à l'origine du mouvement des vendredis sans école qui a mobilisé des centaines de milliers d'étudiants à travers le monde.

«Parfois les médias mettent une pléthore d'informations que probablement certaines personnes ne sont pas en mesure de processer au fond d'elles-mêmes pour temporiser, et du coup ça peut devenir anxiogène, a-t-elle dit. La responsabilité collective des médias, des parents, des institutions est d'outiller les jeunes pour que ce mouvement de revendications et d'actions politiques et sociales ne devienne pas une zone d'angoisse et de stress.»

L'important, ajoute-t-elle, est de reconnaître qu'il y a dans la vie des choses sur lesquelles on peut agir seuls, des choses sur lesquelles on peut agir collectivement et des choses face auxquelles nous sommes impuissants, «et c'est l'acceptation de ces trois aspects qui fait qu'on arrive à avoir une vie équilibrée».

«Si on se concentre sur ce qu'on ne peut pas changer et qu'on en fait son cheval de bataille, c'est difficile d'avancer», a-t-elle dit.

Il est aussi crucial de remettre l'écoanxiété dans le contexte de «la vie au complet, dans toutes les sphères de vie, et notamment les sphères qui vont bien», poursuit Mme Jbilou.

«Il faut travailler sur les pensées sur ce qui ne va pas. Souvent on regarde les problèmes, mais on ne regarde pas les solutions, tout ce qui se passe de bien dans sa vie, a-t-elle expliqué . C'est un peu de déplacer la pensée par rapport à l'écologie seulement.»

«Le deuxième point, c'est l'éducation, a conclu, Mme Jbilou. "Ok, tu penses que ça ne va pas, mais tu peux y contribuer pour améliorer." On peut s'engager par rapport à l'écologie à tous les niveaux. C'est de transformer sa source d'anxiété en une source de force régénératrice : il devient maître de la pensée négative et il commence à agir dessus et il peut même éduquer d'autres personnes, donc ça transforme son inquiétude en valorisation d'action.»

Santé

Accès difficile à la pilule abortive au Québec

Alors qu’en Colombie-Britannique, 40% des femmes ayant obtenu un avortement se sont prévalues de la pilule abortive dans les 18 premiers mois suivant l’implantation du médicament, au Québec, cette proportion n’était que de 9% après la première année, révèle un rapport publié vendredi par des chercheuses de l’Université Laval. Pour l’équipe dirigée par la Dre Édith Guilbert, il reste encore au Québec «beaucoup de travail à faire pour rendre l’accès à l’avortement médical facile et équitable».

Sur la première page du rapport de recherche intitulé «La pilule abortive en 2019: pourquoi n’est-elle pas plus accessible?», on retrouve cette citation de Simone de Beauvoir: «N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.»

Dans le cadre de leur étude, les chercheuses ont interviewé 37 médecins (25 médecins de famille et 12 obstétriciennes-gynécologues), majoritairement des femmes, de l’ensemble des régions du Québec.

D’emblée, elles soulignent que le système de santé québécois a les qualités requises pour «absorber» cette innovation qu’est la pilule abortive, accessible depuis janvier 2017 au Canada et depuis janvier 2018 au Québec. 

«Le système [au Québec] évolue dans une société favorable à l’accessibilité aux services d’avortement, malgré la persistance de quelques influences anti-choix», écrivent les auteures dans leur résumé de recherche.

Sauf que les normes de pratique sont considérées «confuses et exagérées» et ne permettent pas aux cliniciens, surtout ceux pratiquant en dehors des cliniques d’avortement, d’introduire facilement la pilule abortive dans leur pratique, observent-elles.

«Les exigences du Collège des médecins du Québec concernant la formation requises étaient considérées [par les médecins interviewées] comme n’étant pas adaptées aux besoins, aux disponibilités et aux préférences des médecins. De plus, ces normes ne suivaient ni l’évolution de l’acceptation sociale de l’accès aux services d’avortement, ni la libéralisation progressive de l’avortement, ni l’évolution des pratiques médicales et de la formation médicale, ni les données scientifiques», écrivent encore les chercheuses, précisant que «le réseau de médecins ciblés par le Collège des médecins pour utiliser la pilule abortive dans leur pratique peinait également à offrir cette nouvelle alternative».

En avril dernier, soit plus d’un an après l’implantation de la pilule abortive au Québec,  23 des 49 cliniques d’avortement (moins de 50%), la plupart en milieu rural, n’offraient toujours pas le service d’avortement médical avec la pilule abortive, note-t-on. 

Le rapport indique que les services d’avortement, quoi que nombreux au Québec, montrent des signes de fragilité. Plusieurs médecins interviewées ont fait état d’un manque de ressources infirmières et d’effectifs médicaux pour absorber la nouvelle pratique de la pilule abortive. L’accès à l’échographie serait également problématique, rapportent les chercheuses.

Autre obstacle: la fusion récente des établissements, qui a eu pour effet de centraliser les processus décisionnels et de ralentir l’approbation des protocoles de soins en avortement médical. Les participantes à l’étude ont aussi évoqué un certain «embourbement» sur le plan de la gestion et de la distribution de la pilule abortive, mentionnent les chercheuses. 

Selon elles, si la situation au Québec n’est pas différente de celle vécue dans certains pays européens et en Australie, où l’introduction de la pilule abortive s’est faite avec difficulté, elle est en revanche en discordance avec l’expérience de la Colombie-Britannique et de l’Ontario, où plus de 30% des Ontariennes et 40% des Britanno-Colombiennes ayant obtenu un avortement se sont prévalues du médicament dans les 18 premiers mois suivant son implantation. Au Québec, cette proportion n’atteignait que 9% après la première année. 

Selon l’équipe de la Dre Guilbert, les nombreuses barrières à l’implantation de l’avortement médical avec la pilule abortive peuvent être réduites, pour autant qu’un leadership éclairé soit assumé par les autorités compétentes. 

«En tant que chercheures, nous ne pouvons que souhaiter que nos résultats de recherche soient utiles à notre système de santé, mais surtout qu’ils servent les intérêts des Québécoises de toutes les régions du Québec et leur permettent d’avoir un accès rapide et un choix libre et éclairé en matière d’avortement.»

Santé

L'hypertension tôt dans la vie menace la santé du cerveau

MONTRÉAL — Une pression artérielle élevée dès l'âge de 36 ans menace la santé du cerveau des dizaines d'années plus tard, ont constaté des chercheurs britanniques.

Les chercheurs ont recruté 502 sujets tous nés la même semaine en 1946 et qui ne présentaient aucun signe de démence au début de l'étude. Quatre cent soixante-cinq d'entre eux ont subi une scintigraphie du cerveau et leur pression artérielle a été mesurée à 36, 43, 53, 60-64 et 69 ans.

La scintigraphie a cherché des traces d'amyloïde, une protéine étroitement associée à la maladie d'Alzheimer; a mesuré la taille du cerveau, ce qui témoigne de sa santé; et a vérifié la présence de dommages aux vaisseaux sanguins cérébraux.

Les chercheurs ont constaté qu'une pression artérielle élevée à l'âge de 53 ans, et une hausse plus rapide de la pression entre 43 et 53 ans étaient associées à davantage de signes de dommages aux vaisseaux sanguins ou de «mini accidents vasculaires cérébraux» vers l'âge de 70 ans.

De plus, une pression artérielle plus élevée à l'âge de 43 ans, et une hausse plus rapide de la pression entre 36 et 43 ans étaient associées à des volumes cérébraux plus petits.

«Ça précise qu'il y a une période à mi-vie, entre 40, 50 et 60 ans où, lorsqu'on a une pression artérielle élevée, indépendamment rendu plus tard vers 70 ans, indépendamment de la pression artérielle à 70 ans, le fait d'avoir eu une pression plus élevée plus tôt dans la vie a un impact négatif sur la santé du cerveau», a expliqué le chercheur Patrice Brassard, du Centre de recherche de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec.

En d'autres termes, même si la pression artérielle est bien contrôlée à 70 ans, il sera possiblement déjà trop tard puisque les dégâts causés par l'hypertension plus tôt pendant la vie seront déjà présents.

«C'est certain que ceux qui restent avec une pression élevée à 70 ans, ça va être pire, mais le poids des années avec une pression artérielle élevée est définitivement négatif pour le cerveau», a ajouté M. Brassard.

En revanche, dans cette étude, la pression artérielle n'a pas été associée à la protéine amyloïde et ne semblait pas prédire la présence de problèmes de mémoire ou de raisonnement vers 70 ans.

L'auteur principal de l'étude, le professeur Jonathan Schott de l'Institut de neurologie UCL Queen Square, a expliqué par voie de communiqué que ces travaux démontrent que «la pression artérielle, même pendant la trentaine, peut avoir des répercussions sur la santé du cerveau quatre décennies plus tard».

L'hypertension est un des facteurs de risque pour les maladies cardiovasculaires les plus faciles à modifier, notamment en adoptant une meilleure alimentation, en cessant de fumer, en contrôlant le stress et en faisant de l'exercice. Les individus ayant des antécédents familiaux d'hypertension devraient aussi être particulièrement vigilants.

«Il faut prendre conscience que plus tard, même si on ne sent rien tout de suite, il peut y avoir des problèmes et c'est assez débilitant d'avoir des problèmes au niveau du cerveau, la démence..., a dit Patrice Brassard. Bien entendu, pour la personne de 35 ans qui ne sent rien, c'est difficile à comprendre, c'est difficile à percevoir tout ça.»

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal médical The Lancet Neurology.

Santé

Les pesticides fortement associés au Parkinson

MONTRÉAL — Une exposition aux pesticides est fortement associée au développement de la maladie de Parkinson, assure un mémoire qui sera présenté par Parkinson Québec à la Commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles du Québec le 26 septembre prochain.

Le mémoire va même jusqu’à évoquer un «lien de causalité» entre les pesticides et le parkinson, ce qui signifierait qu’une exposition aux pesticides serait ensuite directement responsable de l’apparition de cette maladie neurodégénérative.

«La très grande majorité des études épidémiologiques revues concluent à un doublement du risque de [maladie de Parkinson] lié à l’exposition aux pesticides, peut-on lire dans le document rendu public jeudi. Ces résultats épidémiologiques sont constants dans le temps depuis 30 ans [...].»

Le mémoire recense pas moins de huit méta-analyses qui, entre 2000 et 2019, auraient conclu que l’exposition aux pesticides double quasiment le risque de développer la maladie de Parkinson. Le document ajoute que l’exposition professionnelle, comme celle encourue par les agriculteurs, double à triple le risque de maladie.

«Dans l’ensemble de la communauté [scientifique], le lien est assez solide pour être considéré comme représentatif d’un modèle très, très solide, a commenté le professeur Michel Desjardins, un expert de la maladie de Parkinson qui enseigne au département de pathologie et biologie cellulaire de l’Université de Montréal et à qui La Presse canadienne a demandé son avis. Je ne suis pas étonné par les chiffres qu’ils avancent, compte tenu de l’effet de certains de ces produits chimiques sur la cellule.»

L’exposition résidentielle, dans les 500 mètres d’un lieu d’application d’une association de roténone, de manèbe et de zirame doublerait presque ce risque.

«Avec les données aujourd’hui, c’est évident que personne ne va s’approcher du roténone, a assuré Michel Desjardins. On le donne aux souris et elles développent des problèmes de Parkinson. C’est clair qu’il y a beaucoup plus de risques de développer la maladie de Parkinson quand on est fermier que quand on est postier.»

Exposition à l’enfance

Des tests réalisés sur des souris auraient démontré qu’une exposition pendant l’enfance multipliait jusqu’à six fois le risque de développer la maladie de Parkinson.

«Ça ne me surprend pas, a dit M. Desjardins. C’est clair que ces molécules-là vont stimuler les cellules qui vont engendrer une réponse auto-immune, et si elle se développe tôt dans la vie, ça peut effectivement mener plus rapidement, ou de façon plus significative, à la maladie de Parkinson.»

Au Québec, selon le mémoire de Parkinson Québec, 99 % des échantillons d’urine provenant d’enfants âgés de trois à sept ans présentent des métabolites de pesticides organophosphorés.

Plus de 25 000 personnes vivent avec la maladie de Parkinson au Québec.

Santé

Rémunération des médecins: Alain Dubuc de l’Institut du Québec préconise un gel

QUÉBEC - Le rattrapage salarial des médecins québécois a non seulement été atteint, mais il a été dépassé, particulièrement dans le cas des médecins de famille, selon un rapport de l’Institut du Québec (IDQ). L’auteur et ex-journaliste Alain Dubuc recommande au gouvernement Legault d’instaurer des mécanismes de correction, comme un gel ou une croissance très lente de la rémunération.

Dans son rapport de 55 pages intitulé «La rémunération des médecins: une approche économique», M. Dubuc, qui est professeur associé à HEC Montréal, revient sur le débat qui a fait rage au Québec. En campagne électorale, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) et actuel premier ministre du Québec, François Legault, s’était engagé à réduire d’un milliard $ l’enveloppe salariale des médecins spécialistes. Il a depuis décidé d’attendre les résultats de l’étude commandée à l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS).

M. Dubuc en vient à la conclusion que cette étude de l’ICIS, attendue pour l’automne 2019, ne suffira pas pour guider le Québec dans la recherche d’une rémunération juste et raisonnable pour les médecins. «En effet, une fois que nous aurons cette information, qu’est-ce qu’on fera avec? demande-t-il. L’important n’est pas de connaître l’écart actuel de la rémunération entre le Québec et le Canada, mais bien de déterminer quel écart serait approprié.»

S’appuyant sur les plus récentes données de l’ICIS, qui englobent maintenant l’ensemble des sources de revenus des médecins et non pas seulement ceux qui proviennent de la rémunération à l’acte, il affirme qu’en 2016-2017, le paiement moyen pour un généraliste équivalent temps plein au Québec s’établissait à 344 214 $. Cela dépasse de 15,7 pour cent celui des généralistes ontariens et de 7,1 pour cent la moyenne canadienne, et place les omnipraticiens québécois au deuxième rang canadien, derrière l’Alberta, «un renversement de situation majeur», selon lui.

Par ailleurs, en 2016-2017, le paiement moyen pour un spécialiste québécois équivalent temps plein, à 441 180 $, dépassait de 6,5 pour cent celui de son homologue ontarien. Cette rémunération des spécialistes est légèrement inférieure à la moyenne canadienne et se situe au septième rang des provinces canadiennes, affirme-t-il.

«Au cours de l’année 2018, les généralistes et leur fédération, la FMOQ, ont été relativement à l’abri des critiques sur la rémunération des médecins, poursuit le conseiller stratégique de l’IDQ. Ces nouvelles données, qui reposent sur une base méthodologique plus solide, risquent de faire en sorte que la rémunération des généralistes fasse également partie de ce débat public.

«Depuis que le rattrapage du revenu des médecins s’est amorcé en 2004, il y a plus de 15 ans, ni le gouvernement ni la profession médicale n’ont mis au point des outils qui auraient permis de faire un suivi du processus», ajoute-t-il, en plaidant pour l’introduction dans le débat des principes de «evidence-based policy», c’est-à-dire une approche économique qui se base sur des faits plutôt que sur le jeu des rapports de force propres aux mécanismes de négociation.

Vers une rémunération raisonnable

Alain Dubuc souhaite ainsi que le Québec se dote d’une grille d’analyse pour établir une rémunération raisonnable pour les médecins. Il propose cinq critères d’évaluation:

- une comparaison avec les rémunérations consenties dans le monde industrialisé et ailleurs au Canada;

- des critères d’équité, par rapport à l’ensemble des citoyens et des autres professionnels de la santé;

- des critères de productivité, soit l’adéquation entre la rémunération et la prestation de services;

- des critères liés aux choix de politiques de santé;

- et des critères économiques pour tenir compte du niveau de richesse et de la capacité de payer de l’État.

«Selon tous ces critères, les émoluments des médecins québécois sont actuellement très élevés, peut-on lire dans le rapport. Les médecins québécois compteraient parmi les mieux rémunérés du monde industrialisé, et l’écart par rapport au salaire moyen est l’un des plus importants. L’écart de salaire avec celui des infirmières est le plus élevé au Canada. Par ailleurs, des données de l’ICIS indiquent que le nombre de services procurés par les généralistes québécois serait inférieur à celui des autres provinces canadiennes.»

La rémunération annuelle des médecins de famille devrait plutôt s’établir dans une fourchette de 255 959 $ à 292 419 $, soutient M. Dubuc, tandis que celle des spécialistes, entre 356 127 $ et 403 631 $. Cela réduirait de façon importante l’enveloppe salariale destinée aux médecins: l’enveloppe des généralistes pourrait ainsi être réduite d’environ 505 $ millions et celle des spécialistes, de 363 $ millions.

Cependant, l’IDQ ne recommande pas au gouvernement de choisir «la voie de la récupération salariale», notamment en raison des contraintes légales et du «climat de tension et des risques de paralysie du réseau que pourrait provoquer une stratégie d’affrontement».

L’Institut suggère d’autres interventions, comme «un gel ou une croissance très lente de la rémunération, que l’on observe d’ailleurs dans les dernières ententes avec les fédérations», en plus du réaménagement des enveloppes salariales permettant à l’État d’obtenir de meilleurs résultats en matière de services pour les sommes qu’il a consenties. Il ne précise pas toutefois pendant combien d’années les «mécanismes de correction» devraient être effectifs.

Le gouvernement devrait par ailleurs utiliser le «déséquilibre dans les rémunérations» comme «levier pour accélérer des réformes nécessaires, notamment sur l’augmentation de la productivité, la pratique médicale et l’organisation des soins, le mode de rémunération et la réduction de l’opacité qui a entouré jusqu’ici le dossier de la rémunération des médecins».

Legault maintient sa position

Interrogé à ce sujet lors d’un point de presse à Québec jeudi, M. Legault a maintenu qu’un gel de la rémunération des médecins ne serait pas suffisant pour rétablir l’équilibre. «Est-ce qu’il ne doit pas y avoir des réductions?» s’est-il questionné, malgré la mise en garde de l’IDQ quant au danger d’attiser les tensions sociales.

«On est encore, malheureusement, à l’étape d’avoir le résultat des comparaisons, a-t-il poursuivi. On me dit que ça s’en vient, (le président du Conseil du trésor) Christian Dubé, je pense que c’est une question que je lui pose à chaque semaine. Donc, le Trésor, avec (la ministre de la Santé) Danielle McCann, vont faire ce qu’on a dit, encore là on va respecter notre promesse, et ce qu’on veut, c’est que les médecins au Québec aient un différentiel comparable avec leurs homologues des autres provinces à l’écart qu’il y a chez l’ensemble des professionnels.»

Santé

Décès de Louise Gareau, une infirmière hors normes

«Superinfirmière» avant l’heure, grande militante pour le droit à l’avortement et féministe-socialiste avouée, Louise Gareau, qui a consacré 50 ans de sa vie à la santé des femmes d’ici et d’ailleurs, est décédée mardi après-midi à l’âge de 79 ans, quelques semaines seulement après avoir appris être atteinte de deux cancers.

Louise Gareau a notamment participé avec cinq autres femmes à la mise sur pied, au début des années 80, du Centre de santé des femmes (CSDF) de Québec, la première clinique à faire des avortements dans la région, à une époque où la pratique était encore illégale mais néanmoins tolérée au Québec.

Situé dans l’édifice de la CSN, sur le boulevard Charest, le CSDF défendait le droit à l’avortement et à sa prise en charge par le système public de santé, mais visait aussi, plus globalement, à développer le pouvoir d’agir et l’autodétermination des femmes, résume le professeur à la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval Bernard Roy dans son livre Louise Gareau, infirmière de combats, paru en 2009.

Le Dr Henry Morgentaler, avec qui Louise Gareau a lutté pour le droit à l’avortement, dira de l’infirmière qu’elle faisait partie de ces gens «qui ont fait que je me suis senti soutenu dans le combat de ma vie pour la dignité, pour le droit des femmes à pouvoir choisir librement leur maternité et à pouvoir avoir accès librement et dignement à une interruption volontaire de grossesse dans de bonnes conditions», rapporte Bernard Roy dans son ouvrage.

L’une des femmes à l’origine de la création du CSDF et grande amie de Louise Gareau, Pauline Gingras, raconte que les cofondatrices du centre préféraient avoir leur propre établissement plutôt qu’une clinique du Dr Morgentaler à Québec, comme on le leur avait proposé. «On estimait qu’on était capables de tenir ça nous-mêmes. On a trouvé des médecins qui ont accepté de faire des avortements avec nous», relate l’ex-travailleuse sociale, qui a connu Louise Gareau dans les années 70, alors que les deux femmes faisaient partie de la toute première équipe du CLSC de la Basse-Ville de Québec. 

«Femme de conviction»

«Louise était une femme très engagée, une femme de conviction qui a toujours défendu ses idées avec ardeur, mais aussi avec un grand respect pour les autres», se souvient Pauline Gingras.

Dans une entrevue accordée au Soleil en 2009, alors qu’elle venait de recevoir le Grand Prix de l’avancement de la femme du YWCA et le prix Florence de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, Louise Gareau expliquait que le CLSC de la Basse-Ville de Québec, situé dans un secteur où la drogue, la prostitution, les MTS et la mortalité infantile étaient monnaie courante, représentait l’endroit idéal pour agir et faire une différence. 

Éprise d’autonomie, Louise Gareau voulait que les infirmières occupent la place qui leur revient. «Je n’ai jamais pensé qu’un médecin était mieux qu’une infirmière et j’ai toujours dit que c’était deux professions autonomes qui se complétaient», disait-elle à notre collègue Josianne Desloges, 10 ans avant que le gouvernement Legault autorise les infirmières praticiennes spécialisées à poser des diagnostics.

À l’international

Louise Gareau s’est aussi investie à l’international, alors qu’elle a pratiqué comme infirmière au Nicaragua à la suite de la révolution sandiniste, y faisant la promotion de mesures et de programmes visant l’amélioration de la santé des femmes et des enfants. 

Après cette expérience, elle s’impliquera comme chercheuse dans un projet de recherche sur le VIH avec Maria De Koninck, pour qui «Louise fait partie de ces femmes peu connues qui ont apporté des contributions remarquables à l’avancement [de la cause] des femmes».

L’infirmière a aussi œuvré au Rwanda au début des années 90, où elle donnera notamment de la formation sur le VIH/SIDA et les MTS. Le génocide la forcera à quitter le pays. À Bernard Roy, elle confiera avoir été habitée par un sentiment de culpabilité, estimant qu’elle «aurait dû être là, avec eux [les Rwandais], lors du génocide». 

Dans Un dimanche à la piscine à Kigali, Gil Courtemanche écrit que son livre «n’aurait pas existé sans Louise Gareau». «Nous nous sommes rencontrés pour la première fois au bar de l’Hôtel des Milles Collines à Kigali. Je ne connaissais rien du Rwanda, ni de la problématique du sida dans ce pays. […] Louise en savait tout le sang et toutes les douleurs, tous les mensonges et toutes les hypocrisies», témoigne le journaliste et écrivain. 

Ces dernières années, Louise Gareau, qui a aussi œuvré auprès de communautés autochtones, s’intéressait de près au développement de la coopérative SABSA (pour Services à bas seuil d’accessibilité), une clinique sans médecin qui soigne les patients vulnérables de la Basse-Ville de Québec, souvent désaffiliés du réseau de la santé traditionnel. «Elle suivait ce qu’on faisait, nous a toujours donné un coup de main en témoignant de son expérience», rapporte l’IPS Isabelle Têtu, pour qui Louise Gareau restera «une inspiration».

Régal

TDAH: faire de l’alimentation une alliée

Saviez-vous qu’il existe un lien entre le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et la nourriture?

C’est bien le cas. 

«En présentant mon ouvrage sur l’alimentation et le TDAH, la première réaction que bien des gens ont eue est la surprise», indique la nutritionniste Elisabeth Cerqueira, auteure de Savoir quoi manger — TDAH, le premier guide d’alimentation consacré à ce trouble au Québec.

Mme Cerqueira le précise d’emblée, nos habitudes alimentaires ne sont pas la cause du TDAH, mais elles peuvent néanmoins atténuer ou, au contraire, exacerber les symptômes.

Mère de trois enfants, dont la plus vieille âgée de 11 ans présente un TDAH, Mme Cerqueira s’intéresse depuis longtemps au développement du cerveau et c’est donc tout naturellement qu’elle s’est penchée sur ce trouble.

«C’est un problème qu’on ne comprend pas encore aujourd’hui. On sait qu’il est lié au développement, à la maturation du cerveau. Ce n’est pas un trouble permanent, parfois tout se replace à l’âge adulte», explique la nutritionniste. Il s’agit d’un trouble neurodéveloppemental qui altère certaines fonctions cérébrales.

Santé

Sept fois plus d'opioïdes au Canada qu'en Suède [VIDÉO]

VANCOUVER — Les patients canadiens et américains ont utilisé leurs prescriptions d’opioïdes à la suite d’une intervention chirurgicale mineure à un taux sept fois plus élevé qu’en Suède, révèle une nouvelle étude, qui suggère que les antidouleurs créant une forte dépendance pourraient être utilisés de manière plus judicieuse en Amérique du Nord.

Les chercheurs ont examiné les prescriptions utilisées par les patients au cours de la première semaine suivant l’une de quatre opérations à faible risque visées pour les besoins de l’étude dans les trois pays. En Suède, seulement 11 pour cent des patients ont eu recours aux opioïdes, contre 79 pour cent au Canada et 76 pour cent aux États-Unis.

Parmi ceux qui se sont prévalus d’une prescription d’opioïdes, la quantité accordée était considérablement plus élevée aux États-Unis par rapport au Canada et à la Suède, apprend-on dans l’étude publiée mercredi dans «JAMA Network Open», une revue supervisée par l’Association médicale américaine.

«Je pense qu’il y a beaucoup de données, y compris dans cette étude, qui suggèrent que les patients reçoivent plus d’opioïdes que nécessaire, même pour des interventions chirurgicales mineures», a déclaré en entrevue le docteur Karim Ladha, coauteur de l’étude et chercheur clinicien à l’Institut du savoir Li Ka Shing de l’hôpital St. Michael’s Hospital à Toronto.

«Le vrai problème, c’est que l’on contribue à augmenter l’offre d’opioïdes dans la communauté.»

En outre, l’étude soulève la question de savoir si les opioïdes sont nécessaires à la gestion de la douleur après une opération, souligne le docteur Ladha. Les chercheurs ne disposaient pas d’informations sur le niveau de douleur postopératoire ressenti par les patients, mais il semble que beaucoup de Suédois «se débrouillent» sans opioïdes après avoir subi les mêmes interventions chirurgicales, a-t-il ajouté.

«En avons-nous réellement besoin? Bien que cette étude ne puisse pas répondre à cette question, elle nous pousse vers ce que nous allons faire ensuite, soit une étude contrôlée randomisée pour véritablement tester cette hypothèse», a fait savoir le chercheur, en révélant être déjà engagé dans le processus de demande de bourse pour poursuivre la démarche.

Différences dans le type d’opioïdes prescrits

L’échantillon étudié comprenait environ 129 000 patients aux États-Unis, 85 000 au Canada et 9800 en Suède. Les sujets étaient âgés de 18 à 64 ans et avaient subi soit une ablation de la vésicule biliaire, une appendicectomie, une réparation méniscale ou le retrait d’une masse dans un sein.

La cohorte en Suède était moins nombreuse en raison de la taille de la population de ce pays et du fait que les données disponibles ne couvraient que la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, a justifié le docteur Ladha.

Les données américaines couvrent la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015, tandis que les données canadiennes couvrent la période du 1er juillet 2013 au 31 mars 2016. Les données canadiennes ont été extraites de trois bases de données ontariennes.

Le nombre de prescriptions d’opioïdes exécutées était constant pour les quatre procédures chirurgicales. Des taux très similaires ont été observés entre les États-Unis et le Canada, mais ceux-ci étaient bien inférieurs en Suède, indique l’étude.

Des différences significatives ont été observées dans le type d’opioïdes prescrits. La codéine et le tramadol étaient souvent prescrits au Canada et en Suède, mais rarement utilisés aux États-Unis, alors que des préparations combinées d’opioïdes étaient beaucoup plus répandues en Amérique du Nord.

Les résultats illustrent probablement les différences dans l’approche des médecins envers la prescription d’opioïdes d’un pays à l’autre, dans la perception du public vis-à-vis du rôle des opioïdes dans le traitement de la douleur, ainsi que dans la commercialisation et la réglementation des médicaments, estime l’étude.

La prescription postopératoire excessive d’opioïdes a été associée à des risques accrus de détournement de médicaments, à une utilisation à long terme et aux troubles de consommation d’opioïdes, note-t-on dans le document.

Près de 4500 personnes sont mortes de causes liées aux opioïdes au Canada l’an dernier.

Santé

La survie aux cancers du sang en progression, selon un nouveau rapport [VIDÉO]

Le taux de survie au cancer s’est amélioré depuis le début des années 1990, mais les hausses les plus fortes ont été observées pour les cancers du sang, notamment en raison de la contribution de la médecine de précision, démontre le rapport «Statistiques canadiennes sur le cancer 2019» rendu public mercredi.

Sur une période de 20 ans, indique le rapport, les progrès au chapitre de la survie après cinq ans pour les cancers du sang les plus fréquents ont été plus grands que pour tous les autres cancers. Depuis le début des années 1990, la survie globale au cancer a grimpé de huit points de pourcentage, passant de 55 à 63 pour cent, alors que la survie aux cancers du sang les plus communs - comme le lymphome non hodgkinien, le myélome multiple et la leucémie - a augmenté de 16 à 19 points de pourcentage.

«La médecine de précision c’est un terme un peu vague, mais ça se résume à une meilleure compréhension de la biologie des individus et de la tumeur, a expliqué le docteur Jean-Sébastien Delisle, qui est hémato-oncologue et chercheur au Centre de recherche de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Ça permet vraiment de mieux cibler les vulnérabilités des cellules tumorales et/ou de mieux adapter les traitements aux patients.»

Il ne fait aucun doute, poursuit le docteur Delisle, que les cancers du sang sont ceux qui réagissent pour le moment le mieux à la médecine de précision, qui est aussi appelée médecine personnalisée.

La médecine a d’ailleurs souvent fait ses classes auprès des cancers du sang, et ce qu’elle y a appris a ensuite été utilisé ailleurs. La polychimiothérapie, par exemple, a été développée pour combattre la leucémie infantile et la maladie de Hodgkin, avant d’être adoptée face à d’autres cancers. L’immunothérapie, qui avait été en bonne partie développée dans les cancers du sang, fait maintenant partie de l’arsenal thérapeutique, notamment en cancer du sein.

Le docteur Delisle croit que l’histoire risque de se répéter avec la médecine de précision.

«Les chiffres (du rapport) datent de 2015, a-t-il rappelé. Donc en 2019, la Société canadienne du cancer nous donne un portrait du passé récent, mais pas du présent. Il y a quand même eu depuis 2015 beaucoup d’avancées, et ça probablement qu’on le verra dans trois ou quatre ans.»

Faits saillants du rapport

Plus de 220 000 nouveaux cas de cancer devraient être diagnostiqués au Canada en 2019, poursuit le rapport. Cela signifie que chaque heure de chaque jour, environ 25 personnes recevront un diagnostic de cancer et environ neuf personnes seront emportées par la maladie. Un peu plus d’hommes (113 000) que de femmes (107 400) risquent de recevoir un diagnostic de cancer en 2019.

Les cancers colorectaux, du poumon, du sein et de la prostate devraient demeurer les cancers les plus souvent diagnostiqués, représentant 48 pour cent de tous les cancers diagnostiqués en 2019.

Le cancer du poumon est le cancer le plus souvent diagnostiqué au Canada; le nombre de cas prévus est estimé à 29 300 en 2019. Il est suivi par le cancer du sein (27 200), le cancer colorectal (26 300) et le cancer de la prostate (22 900). Les taux de mortalité par cancer du poumon chez les hommes sont les plus élevés au Québec et dans les provinces de l’Atlantique.

Le cancer du sein devrait surpasser le cancer colorectal et devenir le deuxième cancer le plus souvent diagnostiqué. Le cancer du pancréas devrait être la troisième cause de décès par cancer au Canada en 2019, supplantant le cancer du sein.

«Le cancer du pancréas est biologiquement assez complexe, a expliqué le docteur Delisle. On le détecte généralement trop tard, il est sournois. Le pancréas est un organe interne profond. Donc le cancer va causer des symptômes quand il est trop tard pour l’enlever.»

Le taux de décès par cancer a diminué de plus de 35 pour cent chez les hommes et de 20 pour cent chez les femmes depuis le sommet atteint en 1988. Les taux de mortalité dus au cancer du sein chez les femmes ont diminué d’environ 48 pour cent depuis le pic de 1986.

Le cancer du poumon

Les Canadiens sont plus susceptibles de mourir du cancer du poumon et des bronches que de tout autre type de cancer. Selon les estimations, un Canadien sur 17 mourra du cancer du poumon.

Le cancer du poumon est la principale cause de décès par cancer chez les deux sexes et représente approximativement 26 pour cent de tous les décès par cancer au Canada, suivi du cancer colorectal (12 pour cent) et du cancer du pancréas (6 pour cent).

Chez les hommes, le cancer du poumon devrait représenter 25 pour cent de tous les décès par cancer, suivi du cancer colorectal (12 pour cent) et du cancer de la prostate (10 pour cent). Chez les femmes, le cancer du poumon devrait représenter 26 pour cent de tous les décès par cancer, suivi du cancer du sein (13 pour cent) et du cancer colorectal (11 pour cent).

On prévoit qu’environ 82 100 Canadiens mourront du cancer en 2019, et qu’un décès sur quatre sera attribuable au cancer du poumon. Le taux de survie au cancer du poumon est toutefois passé de 13 pour cent à 19 pour cent depuis le début des années 1990.

Le rapport «Statistiques canadiennes sur le cancer 2019» a été élaboré par la Société canadienne du cancer, l’Agence de la santé publique du Canada et Statistique Canada, en collaboration avec les registres du cancer provinciaux et territoriaux.

Santé

250 $ de stationnement pour 20 jours d’hospitalisation

Deux cent cinquante dollars. C’est le montant qu’ont dû débourser en frais de stationnement Robert Le Parc et sa conjointe pour les 20 jours d’hospitalisation de ce dernier, plus tôt cet été. «Je ne suis pas millionnaire, je n’ai que ma pension!» dénonce l’homme de 84 ans.

Robert Le Parc, qui demeure dans une résidence pour aînés de Sainte-Foy, a dû être hospitalisé une première fois à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) pour une pneumonie, puis une deuxième fois à l’Hôpital Saint-François d’Assise pour un problème veineux à une jambe. Comme sa jambe est toujours problématique, M. Le Parc craint d’être à nouveau hospitalisé… et d’avoir à assumer d’autres frais «exhorbitants» de stationnement. 

Car lors de ses deux hospitalisations, en juin, Robert Le Parc et sa conjointe, qui est venue voir son mari tous les jours, ont dû payer au total 250 $ en frais de stationnement, le tarif maximal pour les deux hôpitaux étant de 14 $ par jour. Et c’est sans compter les frais de stationnement que le couple doit assumer lors des visites régulières de M. Le Parc au département d’ophtalmologie de l’Hôpital du Saint-Sacrement, fixés ceux-là à un maximum de 16 $ par jour, signale l’octogénaire.

«J’ai payé des impôts au provincial pendant environ 40 ans, et je ne suis jamais allé à l’hôpital. Là, j’ai 84 ans, je dois y aller et je ne suis pas millionnaire», dit M. Le Parc, qui doit déjà payer pour un appartement dans une résidence pour aînés «qui n’est pas donné».

«Quand j’étais à l’hôpital, tout le monde, les patients, le personnel dénonçaient ça, les frais de stationnement. Tout le monde trouve ça exagéré, c’est unanime», témoigne l’octogénaire, qui a écrit à sa députée, Geneviève Guilbeault, pour dénoncer la situation «au nom de tous les malades» et de leurs proches.

«Gel» des tarifs

Robert Le Parc a reçu le 10 août un accusé de réception signé par une attachée politique de Mme Guilbault. La lettre rappelle essentiellement que lors de la dernière campagne électorale, la Coalition avenir Québec (CAQ) a promis une nouvelle politique tarifaire pour le stationnement des hôpitaux, des CLSC et des CHSLD, et assure qu’il est «toujours dans l’intention» du gouvernement de réaliser cette promesse.

«Cependant, une compensation devra être déterminée et versée pour les établissements de santé en échange d’une réduction des tarifs de stationnement. Entre-temps, une directrice a été envoyée à tous les établissements du réseau pour que, dans l’intervalle, les tarifs ne soient pas augmentés cette année», précise-t-on dans la lettre.

En campagne électorale, le député caquiste François Paradis, désormais président de l’Assemblée nationale, avait promis qu’«un gouvernement de la CAQ rendrait le stationnement gratuit pour les deux premières heures et imposerait un plafond maximum de 7 à 10 $ par jour dans les établissements où les tarifs journaliers sont déjà supérieurs à ces montants».

Dans nos pages, samedi, l’Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic (AQRP) a pressé le gouvernement d’agir.

Frein aux visites

Dans certains établissements de santé de la Côte-Nord, le stationnement est gratuit. En Gaspésie, dans le Bas-Saint-Laurent, en Mauricie ou dans le Centre-du-Québec, les frais ont généralement atteint une limite de 3 $, 4 $ ou 5 $. Mais dans plusieurs régions, à Mont­réal notamment, les patients et visiteurs des hôpitaux doivent toujours débourser des montants allant jusqu’à 24 $ par jour, dénonçait l’AQRP.

Pour l’Association, les frais de stationnement élevés sont un frein aux visites et contribuent à l’isolement des personnes malades ou âgées. «L’AQRP se questionne sur la pertinence de générer des revenus avec la tarification du stationnement dans les hôpitaux. On ne devrait pas vouloir faire des profits sur le dos des gens malades ou de leurs visiteurs. Comparé au budget total de la santé, je pense qu’on pourrait trouver des mécanismes pour absorber ce manque à gagner», disait samedi la présidente de l’Association, Rose-Mary Thonney.

Le cabinet de la ministre de la Santé, Danielle McCann, a assuré de son côté que l’engagement de la CAQ serait respecté avant la fin du présent mandat.

Santé

Les surdoses continuent de faire des milliers de victimes

MONTRÉAL — Chaque mois, plus d'un millier de Québécois se retrouvent aux urgences pour une intoxication à tout type de drogue et bon nombre d'entre eux n'ont même pas la chance d'être secourus ou traités. Afin de sensibiliser la population et les consommateurs aux risques des surdoses, plusieurs organismes communautaires se sont réunis, samedi après-midi, à la Place Émilie-Gamelin, à Montréal, dans le cadre de la Journée internationale de sensibilisation aux surdoses.

L'événement a débuté vers 13h avec de la musique, des kiosques d'information et des ateliers de création. Un «tintamarre pour réveiller les morts» devait suivre à 14h30. Des discours, des témoignages et des prestations artistiques étaient prévus en fin d'après-midi, puis la journée devait prendre fin par un repas BBQ et maïs avant de clore le rassemblement vers 19 heures.

«Ça se passe un peu partout dans le monde, toujours le 31 août. On est là surtout pour commémorer les gens qui sont partis trop tôt en raison d'une surdose», a souligné Naoual Laaroussi, responsable des implications et des communications à l'Association québécoise pour la promotion de la santé des personnes utilisatrices de drogues (AQPSUD).

Elle précise que personne n'est vraiment à l'abri d'une surdose et que cette journée s'adresse donc à tout le monde. «On ne sait jamais qui consomme et qui pourrait faire une surdose, prévient Mme Laaroussi. Ça pourrait être votre grand-père qui prend de l'oxycodone pour sa maladie et qui, un jour, en prend trop. Comme ça peut aussi être quelqu'un dans la rue qui prend de l'héroïne et qui se retrouve avec du fentanyl.»

Ce rassemblement n'a pas pour but d'encourager les consommateurs à cesser de consommer, mais plutôt à être prudents.

«Si la personne arrive à gérer sa consommation, on va seulement l'aider à ne pas contracter d'ITSS, à ce qu'elle ne partage pas son matériel, à ce qu'il n'y ait pas d'autres méfaits et que sa santé se porte bien», décrit celle qui parle d'intervention sociale et humanitaire plutôt que contraignante. «Restreindre les gens, la police s'occupe déjà de ça», ajoute-t-elle.

119 décès en trois mois

D'après les données de l'Institut national de santé publique du Québec, ce sont 119 personnes qui ont perdu la vie en raison d'une surdose liée à tout type de drogue au cours des trois premiers mois de l'année. Un bilan en forte hausse par rapport au premier trimestre de 2018, où 82 personnes avaient perdu la vie dans les mêmes circonstances.

En ce qui concerne les visites aux urgences pour des intoxications liées aux opioïdes, le mois de mars 2019 a été le pire depuis septembre 2017 avec 98 admissions recensées.

De manière plus large, les intoxications à toutes formes de drogues, incluant opioïdes, psychotropes et substances non précisées, mars 2019 semblait annoncer un retour à la hausse qui coïncide avec l'arrivée du printemps comme on a pu l'observer dans les années précédentes. Un total de 1073 intoxications ont été compilées, soit sensiblement le même nombre qu'en mars 2018 et légèrement moins qu'en mars 2017.

Selon Naoual Laaroussi, les gens isolés, dans la rue, sont plus à risque de faire des surdoses parce qu'ils n'ont pas de réseau fort d'amis ou de famille pour les supporter s'il arrive quelque chose.

Elle conseille de ne pas consommer seul, de s'assurer d'avoir de la naloxone (l'antidote aux surdoses d'opioïdes) et de suivre la formation gratuite pour apprendre comment l'administrer et ranimer quelqu'un en détresse. De plus, on suggère aux consommateurs d'espacer leurs doses et de réduire la quantité lorsque l'on ne sait pas exactement ce que contient la substance.

Penser à ceux qui restent

Rencontrée à la Place Émilie-Gamelin, Emmanuelle Labelle-Sylvestre est rédactrice au journal L'injecteur, une publication «par et pour les personnes qui utilisent des drogues au Québec» produite par l'AQPSUD.

La jeune femme confie avoir perdu de nombreux amis au fil des ans et même avoir retrouvé mort, dans son propre lit, un homme qu'elle fréquentait. Elle-même dit avoir survécu à plusieurs surdoses. «Six ou sept fois», lance-t-elle alors que l'on comprend que ce n'est pas le genre de souvenir auquel on veut s'accrocher.

«On ne sait pas ce qu'il y a après la mort, mais ce sont tous ceux qui restent qui souffrent, partage-t-elle en tenant son chien à ses pieds. Et quand tu souffres et que tu consommes, tout ce que tu penses à faire c'est de te geler plus pour oublier. C'est un cercle vicieux.»

Emmanuelle Labelle-Sylvestre affirme avoir modifié son mode de consommation pour se tourner vers des médicaments sous ordonnance, dont principalement de la morphine. Un moyen d'être rassurée sur la qualité du produit et sur la dose précise des capsules.

Elle reconnaît toutefois que cette volonté de changement doit venir d'une réflexion personnelle à chacun. «Tu dois parfois te poser la question : est-ce que ma vie vaut plus que ce hit là?» mentionne la jeune femme.

Afin de s'assurer que ses amis soient également en sécurité, elle dit prendre d'autres précautions comme de les laisser consommer d'abord. «S'il se passe quelque chose et que j'ai à ranimer quelqu'un, je veux être alerte et pouvoir réagir vite», explique celle qui a vu la situation s'aggraver sérieusement depuis l'arrivée du fentanyl et du carfentanil sur le marché.

À son avis, il serait beaucoup plus sécuritaire de permettre aux gens de se faire prescrire les substances qu'ils veulent consommer. Elle dit avoir rencontré de nombreux autres consommateurs de morphine qui ont d'ailleurs commencé après avoir subi un accident et qui sont devenus dépendants.

«Si on pouvait simplement se faire prescrire notre substance, tout le monde aurait accès à des drogues sécuritaires et des doses raisonnables sans avoir à risquer d'aller en prison ou risquer sa vie pour arrêter de souffrir», croit-elle.

Sa collègue Naoual Laaroussi voit un mal profond et plus répandu qu'on ne l'imagine dans cette consommation d'opioïdes et autres substances antidouleur.

«Ça montre qu'il y a un problème de société profond, selon moi. Les gens ont besoin de ça et c'est plus profond que la douleur physique, c'est moral et mental. La société actuelle n'est pas habilitée pour aider tout le monde», conclut-elle.

Santé

Cancer du sein : les traitements de la ménopause augmentent un peu le risque, confirme une étude

PARIS — Les femmes qui suivent un traitement hormonal contre les effets de la ménopause ont un peu plus de risque de développer un cancer du sein, confirme une étude épidémiologique de grande ampleur publiée vendredi.

D’autres études ont déjà montré une telle association, mais l’article paru dans la revue britannique The Lancet innove en quantifiant le risque pour chaque type de traitement et en montrant que si ce sur-risque diminue après l’arrêt du traitement, il persiste néanmoins pendant au moins une dizaine d’années.

Ses auteurs ont passé en revue 58 études épidémiologiques sur le sujet, portant sur plus de 100.000 femmes au total.

Il s’agit pour la plupart d’études observationnelles, c’est-à-dire qu’elles mettent en évidence un lien statistique, mais ne démontrent pas de lien de cause à effet entre le cancer des femmes concernées et le traitement suivi.

Selon leurs conclusions, tous les traitements hormonaux de la ménopause (THM) sont associés à un risque accru, à l’exception des gels aux oestrogènes pour application locale.

Ainsi, une femme de cinquante ans qui suit pendant cinq ans un THM associant des oestrogènes et de la progestérone en continu a 8,3 % de probabilité de développer un cancer du sein dans les vingt années qui suivent le début du traitement, alors que le risque n’est que de 6,3 % pour les femmes du même âge n’ayant eu aucun traitement.

La proportion serait de 7,7 % pour celles ayant suivi un traitement de même durée avec oestrogènes et progestérone par intermittence (pas tous les jours), et de 6,8 % pour celles traitées par oestrogènes seuls, estiment les chercheurs.

Le risque augmente par ailleurs avec la durée du traitement: «l’utilisation d’un THM pendant 10 ans entraîne un excès de risque de cancer du sein environ deux fois plus élevé que celui associé avec un traitement de cinq ans. Mais, il apparaît que l’utilisation d’un THM pendant moins d’un an entraîne peu de risque», détaille ainsi Gillian Reeves, de l’université d’Oxford, co-auteure de l’étude.

«Envisager les risques et les bénéfices»

Au moment de la ménopause, les ovaires cessent progressivement de fonctionner, entraînant une chute des niveaux d’oestrogène et une quasi-disparition de la progestérone. Ces bouleversements hormonaux peuvent provoquer des symptômes très inconfortables (bouffées de chaleur, troubles du sommeil, sécheresse vaginale, etc.), que les traitements hormonaux substitutifs permettent de soulager.

Mais, en 2002, une étude américaine a jeté le trouble en montrant que le THM entraînait une augmentation du risque de cancer du sein.

Dans les années qui ont suivi, leur prescription a nettement reculé. Ils sont désormais réservés aux troubles gênants et prescrits aux doses les plus petites et sur la durée la plus courte possible, avec une réévaluation chaque année.

En France, alors qu’au moins un quart des femmes de 50 à 60 ans étaient traitées en 2000 et 2001, ce type de traitement a diminué de 62 % entre 2002 et 2006.

Parallèlement, l’incidence des cancers du sein a nettement baissé, de 6,6 %, entre 2003 et 2006 chez les femmes de 50 à 69 ans, un phénomène au moins en partie attribué à la raréfaction des THM.

D’autres facteurs comme la consommation d’alcool, le poids ou l’âge du premier enfant sont aussi susceptibles d’agir sur la survenue du cancer du sein.

«Les médecins doivent tenir compte du message de cette étude, mais aussi prendre en considération les symptômes de la ménopause, en envisageant soigneusement les risques et les bénéfices d’un traitement pour chaque femme», a souligné Joanne Kotsopoulos, du Women’s College Hospital de Toronto (Canada), dans un commentaire sur l’article.

«Cela peut dépendre de la sévérité des symptômes, des contre-indications au THM, de l’IMC (indice de masse corporelle, NDLR) et peut prendre en compte les préférences de la patiente», a ajouté la chercheuse spécialisée dans le cancer du sein.

Santé

Libéré de l’urgence psychiatrique, il s'en prend à ses parents

Maxime* a un trouble de la personnalité. La semaine dernière, son père a contacté les policiers pour le faire expulser de la résidence familiale. Le jeune homme dans la vingtaine était en crise, intoxiqué et complètement désorganisé. Il a été amené au CHUL, d’où il sera libéré quelques heures plus tard pour retourner auprès de ses parents… à qui il s’en prendra physiquement avant de s’enfuir et de déclencher une brève opération policière.

L’histoire se déroule le 19 août dans le secteur de Sainte-Foy. Depuis quelques mois, l’état mental de Maxime se détériore, au point où il aurait été hospitalisé à l’Institut universitaire de santé mentale de Québec (IUSMQ, anciennement l’Hôpital Robert-Giffard) pendant une semaine en juillet, selon ce qu’il a été possible d’apprendre.

Ce jour-là, donc, le jeune homme se désorganise, au point où les policiers doivent intervenir. Suivant la recommandation de l’organisme PECH (pour Programme d’encadrement clinique et d’hébergement), Maxime est conduit à l’urgence psychiatrique du CHUL en après-midi. On estime qu’il représente un danger pour lui-même ou pour autrui. Il obtiendra son congé de l’urgence moins de six heures plus tard, après avoir vu un psychiatre. 

De retour chez lui, la crise reprend de plus belle. Maxime est violent. Il s’en prend physiquement à son père et à sa mère, les menace notamment avec un couteau et un tisonnier. 

Voyant son père composer de nouveau le 9-1-1, le jeune homme prend la fuite, pour être finalement retrouvé rapidement par les policiers, nombreux à ses trousses. Maxime sera de nouveau conduit au CHUL, puis comparaîtra plus tard sous une accusation de voies de fait. Il est actuellement détenu en attendant la suite des procédures judiciaires.

De plus en plus de crises

Cette histoire, qui aurait pu connaître une issue plus dramatique, témoigne de la difficile réalité des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale et des répercussions sur leurs proches, mais aussi du quotidien des policiers de Québec, qui interviennent de plus en plus en situation de crise. 

Dans son dernier rapport annuel, le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) souligne que les interventions auprès de personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale «représentent un enjeu autant par le nombre que par la complexité de la réponse à cet effet».

Le SPVQ se déplace en moyenne pour une quinzaine d’appels de ce type par jour, chaque intervention durant généralement entre une et deux heures et nécessitant l’expertise de partenaires communautaires spécialisées en santé mentale, note l’organisation dans son rapport 2018.

Début juillet, un policier de Québec, Yannick Campagna, a lancé un cri du cœur devant le Comité de déontologie policière, dénonçant le syndrome des «portes tournantes» et «l’abandon» des patients en psychiatrie. 

Le patrouilleur avait été cité en déontologie après avoir enguirlandé les infirmiers de l’urgence de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus qui auraient refusé de voir un patient aux prises avec des problèmes de santé mentale. Il a écopé d’une journée de suspension.

Conditions difficiles

Plus tôt cet été, l’organisme PECH, le Centre de crise de Québec et le Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec ont tour à tour signalé dans nos pages une augmentation et un alourdissement des cas qui leur sont référés, notamment par les urgences psychiatriques. 

Jeudi, Le Soleil faisait état des conditions difficiles qui prévalent dans les urgences psychiatriques et les unités d’hospitalisation en psychiatrie, en surcapacité chronique depuis la fermeture de l’urgence psychiatrique de l’Hôpital du Saint-Sacrement en novembre, puis de ses lits d’hospitalisation en juin. 

Cette fermeture s’inscrivait dans le plan de réorganisation en santé mentale du CIUSSS de la Capitale-Nationale, qui vise à développer davantage de services dans la communauté et à concentrer la psychiatrie au CHUL, à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus (ultimement à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus) et à l’IUSMQ. 

Pour la région, on est passé de 26 à 23 civières à l’urgence psychiatrique (CHUL et Enfant-Jésus). Quant aux lits d’hospitalisation en psychiatrie, sur les 327 qu’il y avait à Québec au 1er avril 2017, il n’en restera plus que 257 au CHUL et à l’IUSMQ au 1er avril 2021.

*Prénom fictif 

Santé

La rougeole gagne du terrain en Europe, prévient l'OMS

MONTRÉAL — La rougeole gagne du terrain en Europe, a prévenu jeudi l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Après plusieurs années de progrès constants en vue de l'élimination de la rougeole dans la Région européenne de l'OMS, le nombre de pays ayant atteint ou maintenu l'élimination de cette maladie a diminué. Telle est la conclusion émise par la Commission régionale européenne de vérification de l'élimination de la rougeole et de la rubéole (CRV) sur la base d'une évaluation des rapports de situation annuels soumis par les 53 États membres de la Région pour 2018.

La CRV a déclaré que pour la première fois depuis le lancement du processus de vérification en 2012 dans la Région, quatre États membres (Albanie, Grèce, Royaume-Uni et Tchéquie) ont perdu leur statut de pays ayant éliminé la rougeole.

«La reprise de la transmission de la rougeole est un problème préoccupant. Si l'on ne parvient pas à établir et à maintenir une couverture vaccinale élevée dans chaque communauté, les enfants et les adultes connaîtront des souffrances inutiles, et certains seront voués à une mort tragique», a expliqué dans un communiqué le président de la CRV, le docteur Günter Pfaff.

En revanche, l'Autriche et la Suisse ont obtenu le statut d'élimination après avoir démontré l'interruption de la transmission endémique pendant au moins 36 mois.

En ce qui concerne la Région dans son ensemble, 35 pays étaient considérés à la fin de 2018 comme ayant obtenu ou maintenu l'élimination de la rougeole (contre 37 en 2017), deux avaient interrompu la transmission endémique (pendant 12 à 35 mois), 12 étaient encore confrontés à une transmission endémique, et quatre ayant précédemment éliminé la maladie devaient faire face à une reprise de la transmission de la rougeole.

L'augmentation du nombre de cas qui a commencé en 2018 s'est poursuivie en 2019 avec environ 90 000 cas signalés au cours des six premiers mois de l'année, un nombre déjà supérieur à celui enregistré pour l'ensemble de l'année 2018 (84 462 cas).

La CRV a également conclu que la situation s'est améliorée en ce qui concerne la rubéole: 39 pays ont atteint ou maintenu leur statut d'élimination (contre 37 en 2017), trois pays ont interrompu la transmission endémique (contre cinq en 2017) et 11 pays sont toujours considérés comme étant confrontés à une transmission endémique de la maladie.

Santé

Départ massif d'infirmières au département de psychiatrie du CHUL

Pas moins d’une douzaine d’infirmières quitteront le département de psychiatrie du CHUL en septembre, a appris Le Soleil. Il semble que le débordement chronique et la surcharge de travail liés à la fermeture de lits en psychiatrie ne soient pas étrangers à ce départ massif.

«Il y a beaucoup de ça, et aussi l’impossibilité d’accéder à des postes de jour», nous a confié une source, qui précise que la douzaine d’infirmières qui quitteront leur poste en psychiatrie au CHUL resteront au sein du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale (de qui relève la psychiatrie depuis 2015), mais iront pour la majorité travailler en CLSC et en réadaptation.

«Nous manquons énormément d’effectifs [en psychiatrie]. Nous sommes en TSO [temps supplémentaire obligatoire] depuis plusieurs mois et rien n’est fait pour que ça s’améliore. On nous impose toujours plus de formulaires complexes à remplir, donc moins de temps pour nos patients. Les urgences débordent et on ferme des lits sans savoir pourquoi. On nous envoie des cas qui devraient être admis au médico-légal de l’IUSMQ [Institut universitaire de santé mentale de Québec]», dénonce notre source.

Selon elle, le départ des 12 infirmières risque d’engendrer «une problématique» dont les patients «vont encore une fois payer le prix».

Depuis la fermeture des huit lits de l’urgence psychiatrique de l’Hôpital du Saint-Sacrement en novembre, puis de ses 44 lits d’hospitalisation en psychiatrie en juin, les urgences psychiatriques du CHUL et de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus débordent «sans arrêt». «On a les plus hauts taux d’entrée et de sorties jamais vus», nous dit-on.

Lorsqu’elle déborde, l’urgence psychiatrique de l’Enfant-Jésus doit parfois fermer ses portes et rediriger les patients vers le CHUL, lui-même en surcapacité. Selon notre source, l’urgence psychiatrique du CHUL se serait déjà retrouvée avec 30 patients, alors que sa capacité est de 13 civières. «Les autres restent dans le corridor de l’urgence physique», précise-t-elle.

La fermeture du département de psychiatrie de l’Hôpital du Saint-Sacrement s’inscrivait dans le plan de réorganisation en santé mentale du CIUSSS de la Capitale-Nationale, qui vise à développer davantage de services dans la communauté et à concentrer la psychiatrie au CHUL, à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus (ultimement à Saint-François d’Assise) et à l’Institut universitaire de santé mentale de Québec (IUSMQ).

Pour la région, on est passé de 26 à 23 civières à l’urgence psychiatrique (CHUL et l’Enfant-Jésus). Quant aux lits d’hospitalisation en psychiatrie, sur les 327 lits qu’il y avait à Québec au 1er avril 2017, il n’en restera plus que 257 au CHUL et à l’IUSMQ au 1er avril 2021. À l’heure actuelle, plusieurs unités d’hospitalisation au CHUL et à l’IUSMQ sont en surcapacité.

Pas de lien, selon le CIUSSS

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale ne fait pas de lien entre le départ des 12 infirmières du CHUL et les conditions qui prévalent en psychiatrie.

«C’est un mouvement qu’on voit dans l’ensemble du CIUSSS, dans toutes les directions, avec la fusion des 54 accréditations [il n’y a maintenant plus que quatre accréditations syndicales au CIUSSS]. C’est un premier affichage dans ce contexte, et ça crée une opportunité pour le personnel de se réorienter. Chacun a ses raisons de vouloir aller travailler ailleurs; ça peut être pour se rapprocher de leur domicile, ou pour avoir un poste de jour ou à temps partiel, par exemple. On ne peut pas faire de généralités sur leurs raisons de partir ou faire de lien de cause à effet», estime une porte-parole du CIUSSS, Annie Ouellet. 

Mais pour le Syndicat (FIQ) des professionnelles en soins de la Capitale Nationale, «quand il y en a plusieurs qui partent, il y a des questions à se poser». «C’est un travail qui est exigeant, où le personnel est régulièrement en surcharge de travail et en débordement, où le TSO se fait de manière régulière», souligne le vice-président du syndicat, Pierre-Olivier Bradet, selon qui la fermeture de lits en psychiatrie a eu «un effet domino».

Plus tôt en août, Le Soleil a fait état de l’expérience vécue par Simon Pichette, un jeune homme bipolaire qui, à l’instar de 600 autres patients, s’est retrouvé sans psychiatre ce printemps et qui a été hospitalisé trois fois en psychiatrie entre le 6 juillet et le 12 août.

La troisième fois, Simon Pichette est resté près d’une semaine à l’urgence psychiatrique du CHUL, faute de lits disponibles. «Ça a été contre-productif pour ma santé mentale. C’est impossible de bien dormir, tu es constamment dérangé par des facteurs extérieurs, il manque de psychiatres, le personnel est débordé», témoignait-il.

Situation «stable»

Selon la porte-parole du CIUSSS, la situation dans les urgences psychiatriques serait «stable, particulièrement depuis trois semaines».

«Tout comme dans les urgences physiques, les urgences psychiatriques peuvent connaître des pics d’achalandage, pour différentes raisons, selon la fréquentation de la population. Lorsque ça se produit, on ajoute des ressources [...] et on utilise des lits additionnels», mentionne Annie Ouellet.