Avant de réclamer un test, de prescrire ou de prendre un médicament, médecins et patients auraient intérêt à reprendre la question d'un livre populaire : En as-tu vraiment besoin?

La diplomation des futurs pharmaciens menacée

Le conflit entre Québec et les pharmaciens compromet la formation des étudiants en pharmacie, qui ont du mal à trouver des milieux de stage, faute de superviseurs pour les accueillir, a-t-on dénoncé jeudi en conférence de presse.
Le Parti québécois et des étudiants en pharmacie ont convoqué les médias jeudi matin pour réclamer aux parties de s'asseoir et de négocier une sortie de crise. «On assiste impuissants à un effet domino dangereux», a déploré le président de l'Association générale des étudiants en pharmacie de l'Université Laval, Raphaël Gagnon-Paradis.
Au total, c'est le cursus de 1500 futurs pharmaciens des deux facultés de pharmacie du Québec qui est actuellement menacé. Ceux-ci doivent effectuer 1600 heures de stage pour obtenir leur diplôme. «Si le blocage actuel persiste, la non-diplomation de finissants va réduire la qualité et la quantité des soins prodigués aux patients», a averti le président de l'Association des étudiants en pharmacie de l'Université de Montréal, Nicolas St-Onge.
Le problème, a expliqué Raphaël Gagnon-Paradis, c'est que les pharmacies n'ont plus la capacité organisationnelle de recevoir des stagiaires. «Ceux qui nous reçoivent le font bénévolement. Ils n'ont jamais été rémunérés pour le faire. Nous allons dans les pharmacies [...] donner 350 000 heures de bénévolat pour les stages, et en échange, les pharmaciens nous supervisent. C'est un échange de bons services», a expliqué M. Gagnon-Paradis.
Or au cours des derniers mois, différentes mesures adoptées par le gouvernement ont eu un impact financier sur les pharmaciens, qui sont de plus en plus nombreux à abandonner la supervision de stages. 
Invitée à commenter la situation, l'attachée de presse du ministre Gaétan Barrette, Julie White, a simplement dit trouver «déplorable que les pharmaciens prennent en otage les étudiants en pharmacie». 
Justifications
De son côté, le député péquiste Dave Turcotte, porte-parole de l'opposition officielle pour l'industrie pharmaceutique, refuse de voir dans la rareté des stages quelque moyen de pression de la part des pharmaciens. 
«La vraie raison, c'est qu'en ce moment, les pharmaciens propriétaires sont obligés de couper dans le personnel [...] et qu'ils sont eux-mêmes obligés de faire d'autres tâches plus administratives», a fait valoir M. Turcotte, qui reproche au ministre de la Santé de toujours s'en prendre aux pharmaciens.
«On l'a vu avec le projet de loi n° 28, avec le projet de loi n° 81 et plus récemment avec le projet de loi 92, le ministre s'attaque toujours à la profession des pharmaciens», mettant par ricochet en péril l'avenir même de la profession, a dénoncé le député de Saint-Jean.
Son collègue critique en matière d'éducation, Alexandre Cloutier, a réclamé l'intervention «urgente et rapide» de la ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David. «À un moment donné, il faut juste prendre le taureau par les cornes et dire : ça n'a juste pas de bon sens que ça soit les jeunes qui paient le prix des coupures du ministre Barrette envers les pharmaciens», a-t-il dit.